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Sélection Officielle - Compétition internationale

Ce que peut le cinéma

Dureté et délicatesse : les films de la sélection 2013 combinent de manière a priori paradoxale une porosité au monde, à ses violences, et un goût sophistiqué pour les approches obliques, les plaisirs de l’indirect. Corruption d’Etat dont les conséquences s’insinuent jusque dans le corps familial (El Mudo), oppression d’une génération par une autre (Bending the Rules), confusion entre l’institution psychiatrique et la claustration mentale (Til Madness Do Us Part), gangstérisme (Poor Folk), clandestinité forcée des migrants (L’Escale, Rêves d’or), violence incomprise à l’adolescence (Leçons d’harmonie) : nul besoin de s’en tenir au documentaire pour trouver des portraits d’hommes et de femmes en lutte, en résistance, ou simplement en situation de survie. Sans plier devant la sécheresse hautaine du constat ou les conventions naturalistes, la fiction elle aussi cherche à porter des visions qui disent encore ce que peut le cinéma.

De l’ensemble du programme émane pourtant un souci récurrent – et enthousiasmant – de tenir ensemble matière filmée et mise en scène. Même dans Sopro, ode contemplative à un mode de vie presque disparu, cadrage et montage dépassent la seule exposition d’un « sujet ». Inversement, chassés-croisés amoureux de Hong Sangsoo (Our Sunhi) et Koji Fukada (Au revoir l’été) comme ceux des premiers films 36 ou Les Jours d’avant ne correspondent jamais à un désengagement du monde. Leur modestie formelle ne doit pas tromper : la « petite forme » y est l’habit bien ajusté d’une acuité psychologique et existentielle qui n’a que faire d’effets ostentatoires. Il y a par ailleurs dans les deux derniers titres cités une habileté à faire interférer l’émotion du souvenir et la fragilité des formes qui construisent notre mémoire.

C’est dans cette patience sensible que les cinéastes les plus expérimentés qui nous rendent visite cette année retrouvent les gestes des débutants. Là où le jeune Yang Zhengfan s’appuie sur la durée dans le cadre strict de l’unité du plan (Distant), son aîné Wang Bing (Montgolfière d’Or 2012 pour Three Sisters) utilise la durée pour atteindre, dans un lieu de pur enfermement (un asile psychiatrique), une bouleversante immersion dans l’intimité d’hommes perdus pour la société. Tsaï Ming-liang, qui annonce Stray Dogs comme son dernier opus, tient à distance l’idée même de récit en plaçant au centre de son film une fresque murale qui vaut à la fois comme l’ailleurs du cinéma et comme sa ruine splendide ; entre les deux, une famille perdue dans un monde qui ne la reconnaît plus. La présence conjointe de nouveaux talents et de réalisateurs qui ont marqué l’histoire du festival – et du cinéma en général – promet un échange fructueux dont, on l’espère, le public nantais sera une fois encore partie prenante.

Jérôme Baron et Charlotte Garson

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