Avec Pakeezah, Kamal Amrohi transforme le mélodrame en monde de signes, de décors et de corps où le désir se heurte aux frontières de la caste et de la respectabilité. Le destin de Sahibjaan, danseuse et courtisane, est pris entre l’héritage d’une mère rejetée et l’impossibilité d’être reconnue comme épouse. Mais le film ne se réduit pas à cette opposition : sa démesure visuelle fait de la contrainte elle-même une matière de cinéma en l’étirant dans les décors, les gestes et les chansons, jusqu’à faire du spectacle l’espace même de l’enfermement. Achevé après quatorze années de tournage, Pakeezah est aussi l’œuvre d’un cinéaste qui fait de l’artifice une forme de vérité.
Jérôme Baron
Copie restaurée
SAM 21 > 14h

