Compétition internationale
42e édition
20>29 novembre 2020, Nantes
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Sélection Officielle - Compétition

FAMILLES DE FORTUNE

 

Qu’est-ce qui lie les hommes ? Liens du sang, amicaux, de maître à élèves, économiques… Qu’ils relèvent d’une nécessité ou d’un choix, qu’ils soient bienvenus ou subis, de l’ordre de la transmission ou du pillage, la sélection 2015 du Festival des 3 Continents révèle les multiples signes d’une crise du vivre-ensemble, mais aussi de l’élan qui pousse les hommes à se rassembler, malgré tout.

Ici ou là, les crises économiques récentes, durables, menaçant de broyer les ambitions et les rêves de la jeunesse, on se réunit pour partager le coût de la vie et s’entraider, comme les colocataires de Mekong Stories. On vit les uns sur les autres, et l’on parque les travailleurs saisonniers dans des cabines préfabriquées, comme le font les pêcheurs d’huîtres de Oyster factory. Les limites du cercle familial central deviennent poreuses : cousins, amis, voisins l’intègrent, des collègues même, formant de nouveaux schémas de familles réinventées, telle la petite communauté itinérante de Neon Bull. La périphérie des villes est souvent le refuge des laissés-pour-compte, qui tentent de se convaincre que cette promiscuité imposée est heureuse. Alors, comme le jeune homme de Thanatos, drunk, on scrute de loin la turbulence du centre-ville, où les hommes, concentrés sur leurs besoins individuels, s’abusent les uns les autres, mentent, volent, voire tuent. Certains sont alors tentés, à l’instar du moine de Dark in the white light, de suivre le parcours plus solitaire d’une spiritualité porteuse (il l’espère en tout cas) de réponses et d’apaisement, ou, comme la femme divorcée de Happy Hour, de se soustraire à une société dont les règles oppressent et enferment.

Fuite ou aventure, on roule, on fouine, à la recherche de lieux de vie moins chers et plus accueillants ou encore, on s’égare en route comme le médécin de Kaili Blues, d’abord lancé à la recherche du fils de son frère. On passe des heures dans des trains, des bus, des taxis pour rejoindre son lieu de travail, comme la jeune institutrice de Paradis, à qui l’on demande pourtant de trouver les ressources physiques et psychologiques pour être l’exemple que suivront ses jeunes élèves. Mais que peut une maîtresse d’école quand elle se retrouve figée au centre d’une communauté en crise, lorsque des liens familiaux se fissurent et que la générosité fait place à l’égoïsme ? Dans Scarecrow, la famille est anéantie par une succession de mensonges et la morale qui prévaut est celle des relations entre classes. Les masques menacent toujours de tomber, et de révéler le créancier derrière le bienfaiteur, ou le coureur de jupon derrière le mari. Mais partout on se rebelle, on refuse un héritage vicié, et les adolescentes de Nezha voient pour ce qu’il est le modèle fermé que professeurs ou parents tentent de leur imposer, et décident de choisir elles-mêmes les personnes dignes d’être leur « proche ». On choisit résolument de se construire contre.

Face au spectacle pathétique des adultes empêtrés dans des faillites inextricables, le regard pur et la pensée affranchie des enfants sont et demeurent salvateurs. Ils continueront, malgré les remontrances, à jeter dans l’eau du fleuve un téléphone au prix inestimable, ou à dire à leurs professeurs qu’ils sont des menteurs. Le cinéma, lui, continue de livrer quelques vivifiantes vérités et de veiller sur les nuits de notre monde.

Aurélie Godet et Jérôme Baron

 

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