Compétition internationale
42e édition
20>29 novembre 2020, Nantes
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Le cinéma indien a 100 ans !

Le cinéma indien a 100 ans !

 

C’est la simple et seule passion du festival pour le cinéma indien que ce centenaire nous donne une fois encore l’occasion de célébrer. Parmi un patrimoine exceptionnel, douze films, dont deux autour desquels nous nous rassemblerons à l’ouverture et lors de la soirée du palmarès du festival, nous permettrons de renouer avec quelques noms emblématiques du cinéma indien. Nous espérons que le plaisir des retrouvailles ou l’esprit de découvertes portera le plus grand nombre d’entre vous vers Raj Kapoor, Mrinal Sen, Guru Dutt, Kumar Shahani, Shyam Benegal, Ritwick Ghatak, Satyajit Ray, Mani Ratnam, Awtar Krishna Kaul, Mani Kaul, Ritesh Batra, Sudhir Mishra.

En Inde, le cinéma occupe une place si particulière qu’on a peine désormais à imaginer le pays sans ces images qui le prolongent. Risquons-nous à dire que le cinéma participe de la réalité indienne non sous la forme d’une manifestation extérieure mais d’une pleine intégration à la vie sociale. Si depuis ces films d’où nous observons le sous-continent avec la curiosité fascinée d’un déchiffreur de formules mystérieuses, l’Inde nous apparaît aussi comme un des plus fascinants décors de cinéma, c’est parce que les films laissent traîner partout les marques repérables de leur présence (omniprésence des affiches dans les rues, du cinéma sur les chaînes de télévision, campagnes politiques conduites par d’anciennes stars de l’écran). Il s’agit d’une situation absolument particulière où le cinéma relaye, redistribue, reformule, sans relation de concurrence avec la culture traditionnelle, les principes structurels et imaginaires constitutifs de la société. Le cinéma incarne le lieu emblématique d’une adaptation aux évolutions contemporaines en même temps qu’il atteste d’une permanence de caractéristiques anthropologiques.

Serge Daney, auquel nous rendions hommage l’an passé, émettait l’hypothèse que le cinéma opère, bien plus qu’une démocratisation de l’expérience psychanalytique, un déplacement de la sphère du religieux dans l’espace social. On pourrait soutenir cet argument en montrant que le réalisme, c’est-à-dire le vraisemblable, a été la première grande question et préoccupation du cinéma occidental. L’invention d’une référence esthétique réaliste devenait la voie incontournable d’un nouveau régime de croyance. Le cinéma indien, et plus encore ceux qui le font, n’ont jamais été indifférents à l’esprit ni aux expressions du cinéma occidental. Mieux ces influences et références, dont celles-ci, ont été assimilées et fusionnées à des données ou principes irréductibles des cultures locales. En Inde, le cinéma cohabite naturellement avec le religieux. Plus précisément, il le redouble. Il faut voir un peu la longue tradition des films mythologiques qui dans tout le pays permettent aux hindous, mais aussi à d’autres, de rester en contact avec certains récits et traditions tout au long de leur vie. Ils constituent un genre cinématographique à part entière. La relation d’idolâtrie aux acteurs (qui parfois se prennent plus au jeu que les spectateurs visés) agit de même, par le biais du divertissement, comme le nouveau vêtement didactique du mythe. Le chant dans les films perpétuent les cultures musicales du pays (d’ailleurs dans les films indiens on chante partout, au champ comme à la ville) et il en va de même pour la danse dont la manifestation originelle englobe une dimension sacrée, savante, aussi bien que populaire.

De manière exagérément condensée dans ces lignes, si le cinéma préoccupe autant l’Inde qu’elle est habitée par lui, c’est qu’ici n’est jamais vraiment réglé par un principe d’étanchéité le rapport entre le monde des représentations et le monde réel. Entre ces deux pôles, une ligne suffisamment flottante, invisible, que les Indiens entrant et sortant des salles franchissent à tout moment pour retourner à la rue, manquant le début ou la fin de la projection, spectacle qui tient à la fois de l’insolite et du merveilleux. Dans les films indiens comme dans la vie, ils le savent tous, le début et la fin sont connus d’avance.

À nous qui le tenons pour important au-delà des effets de mode et d’une restriction à la franchise bollywoodienne, le cinéma indien fait une irremplaçable et excitante promesse, celle de pouvoir rester spectateur des films que nous regardons, c’est-à-dire un voyageur ouvert à tous les étonnements, désireux et ému de ce qu’il ne comprend pas immédiatement. Quoi de plus précieux ?

Jérôme Baron

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