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Djibril Diop Mambéty, une intégrale

Sept soleil et quelques hyènes : Djibril Diop-Mambéty, une intégrale

 

L’expression « cinéma africain » peut involontairement sonner comme un aveu. En suspendant à deux mots les cinématographies de tout un continent, elle dénonce les vitesses contrariées avec lesquelles les films s’y font depuis les indépendances. En outre, chacun se rangera vite à l’évidence que sur un plan historique, culturel et social, il y a loin du Maghreb à l’Afrique du sud, de l’Égypte à l’Angola. En conséquence, dans ce vaste monde africain, portons plutôt notre attention sur quelques singularités, et, sachant qu’y faire un film tient déjà de la performance notre admiration sera irréductible pour ceux qui y forgent de vraies oeuvres.

De Djibril Diop Mambety nous dirons qu’il est assez africain pour être Sénégalais, et plus précisément Kolobanais, du nom d’un quartier de Dakar qu’il n’a cessé d’arpenter et de filmer. En regardant dans l’ordre chronologique ses sept films réalisés à intervalles irréguliers entre 1968 et 1998, il semble bien que nous suivions à la trace une seule et même marche vagabonde, entêtée. Mais quelle histoire nous raconte-t-elle ? Il n’est pas simple de la suspendre à quelques mots, les films de notre auteur procédant volontiers par différés, court-circuits, détours. De marche à suivre et de contre-pied, il est question dès le début pour Djibril Diop Mambety. Un temps apprenti puis acteur au Théâtre Daniel Sorano de Dakar, il n’aurait pas su, semble-t-il, se plier à la logique d’une discipline qu’on attendait de lui. Sans formation, il choisit de devenir cinéaste et tourne à vingt-trois ans Contras’City un premier court-métrage documentaire à la verve toute satirique. Mambety transporte le cinéma sur ses terres, aux côtés d’un peuple de parias grouillant à la marge d’une grande ville qui peu à peu le dévore pour mieux le recracher. Mais les petites gens de ses grands films veulent tous leurs vies. D’un film à l’autre, claudiquant du jour au lendemain, ils portent de rêves en désillusions, d’entorses à la morale en tableaux somptueux, les aberrations d’un monde aliéné.

Sous l’oeil bienveillant de Ya Dikone, robin des bois des temps nouveaux et seigneur de Kolobane, Mambety leurs file le train, défait la syntaxe mesurée du cinéma sénégalais, se tient sur le haut bout de la table d’une meute de hyènes qui guettent les signes d’une chance à saisir. Le tracé jamais rectiligne des films de Mambety dans ce monde qui se bouffe la queue affirme une précision à la fois acide et intempestive. Il abolit la ligne d’un partage convenu entre lutte et fraternité des déshérités du post-colonialisme, pousse ses personnages dans une danse éreintante où chacun revêt le costume et le masque qu’il peut. Mais ici tout est imaginaire, les couleurs, la boue, les corps, les mots, les rires, les morts, et la musique qui les emporte. Nous savons bien que le monde n’est pas un bordel.

Jérôme Baron

 

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