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Continent J

Continent J

 

Si depuis des années la programmation jeune public Continent J permet aux élèves de prendre conscience d’autres réalités et d’ouvrir les yeux sur des horizons lointains, c’est souvent par une intrigue grave qui enjoint l’enfant à se soumettre aux contraintes imposées par l’implacable monde des adultes. Cette forme de violence est souvent atténuée par la capacité même de l’enfant à réinventer la légèreté et à trouver en lui-même la possibilité d’un ailleurs (par le jeu, le rêve), souvent libérateur, qui peut aussi représenter l’enjeu dramaturgique principal du film : sa poésie, sa sensibilité politique, sa résistance par l’image. Dans ce cas, le « héros » est plutôt passif, première victime de son territoire, prisonnier de son environnement ; l’affranchissement des difficultés de son monde n’en est que plus magnifique.

La programmation 2010 de la sélection Continent J inverse cette position du héros et le préfère en acteur volontaire de son monde. Que ce soit les rockeurs iraniens des Chats persans (2009) qui traversent Téhéran en quête d’un espace pour faire exister leur pratique artistique, ou la jeune A Qiu de la Rizière (2010) qui se rêve écrivain alors que ses parents doivent entretenir de force le geste traditionnel de la plantation du riz, tous agissent en frondeurs de leur société, dans l’affirmation de leurs convictions et passions. Leurs revendications sont personnelles et artistiques. Celles de Nasri, Omar, Malek, Binj ou Dando, citoyens agités du quartier d’Ajami (2009) en Israël tiennent de la survie. Leurs violences sont les conditions sine qua non de leur existence sur ce territoire ; l’inaction serait funeste. À Taiwan, le jeune Xiang, figure inoubliable du troublant The Fourth Portrait reconstruit sa jeune vie d’orphelin à force de curiosité et pacifisme, apprenant au passage aux adultes qui le regardent lutter contre le deuil la voie d’une rédemption encore possible. L’action est dans tous ces cas synonyme d’affirmation de soi et, même si la réalité semble encore brutale, est simplement positive.

La représentation de l’enfance de cette sélection 2010 place les jeunes gens à la hauteur de décideurs parce qu’ils interrogent ce qui les entoure. Non sans tension, ils se demandent comment ils peuvent grandir, comment les considérations politiques peuvent s’estomper quelques instants, afin de libérer l’expression de leurs désirs simples ? L’initiation du jeune Natan d’Alamar est une réponse emblématique à ces questions graves, et évidemment universelles. L’immensité de la mer devant lui révèle l’ouverture infinie de nouveaux rêves et amène le jeune garçon à repositionner son regard sur le monde, à construire son « ailleurs » qui n’a plus besoin de l’imagination ou de la rêverie de l’enfance pour l’inventer, mais juste de ses yeux. Peut-être Continent J ressemble ici une invitation pour chaque enfant à trouver son océan et y cultiver sa révolution secrète, ce qui le grandit en profondeur.

Guillaume Mainguet

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