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Li Han-hsiang : le maître oublié

Si le nom de Li Han-hsiang est familier des passionnés de cinéma hongkongais, la connaissance de son œuvre en Europe reste au mieux insuffisante, suspendue à d’épisodiques projections ici ou là, et à la circulation de quelques titres sur VCD. L’envergure de ce programme ne peut se donner pour mission de combler cette lacune, et peut-être même ajoutera-t-il à la frustration de certains de ne pas en voir davantage, de ne pas pouvoir sillonner l’œuvre plus en creux. Néanmoins, les six films que nous proposons devraient permettre d’en éclairer certains traits caractéristiques, traits dont nous nous risquerons à dire qu’ils ont peut-être participé de la négligence distanciée dont le cinéaste a fait l’objet.

De la même génération que King Hu, avec lequel il se lia d’amitié dès les années 50, Li Han-hsiang est comme lui originaire du Nord de la Chine. Les deux cinéastes sont l’un et l’autre imprégnés
d’une culture artistique issue de la tradition chinoise mandarine au centre de laquelle l’opéra de Pékin occupe une place essentielle, au point d’être un fondement de leurs esthétiques cinématographiques respectives. Bien que les premiers pas de King Hu n’aient pas toujours été facilités, ses films ont rapidement suscité l’enthousiasme et l’adhésion d’une large catégorie du public incluant la critique et les universitaires. Son œuvre ne recense qu’une grosse quinzaine de films, réalisés avec un soin méticuleux, perfectionniste, au cours de trente années de carrière. La situation de Li Han-hsiang est moins bien ordonnée et son abondance – il est impliqué dans une centaine de films comme réalisateur ou producteur – le rend plus difficile à cerner. Le nombre rend nécessairement l’œuvre inégale et la diversité des genres abordés peut donner une impression de fatras et de désinvolture. Certains genres auxquels Li Han-hsiang a largement contribué, comme le wenyi (film romantique inspiré de romans populaires), les fengyue (comédies érotiques qui dominent sa filmographie des années 70) ou encore ses contes sur le jeu, ont sans doute servi de repoussoir et peu incité à porter sur son œuvre l’attention qu’elle mérite. Si la vision unificatrice et cohérente dont témoignent les films de King Hu est une évidence, la trajectoire de Li Han-hsiang aurait pour caractéristique stimulante d’être contradictoire et parfois même énigmatique.

Novateur, metteur en scène visionnaire et controversé, Li Han-hsiang occupe une place pionnière et centrale dans l’histoire du cinéma hongkongais. Parce qu’elle est également une des plus hautes  expressions de la culture mandarine au cinéma, manquer la case Li Han-hsiang constituerait une transgression inexcusable. Passionné par la dynastie Qing et les antiquités chinoises, ses activités s’étendaient à l’écriture et à la peinture, le tout irriguant les films de manière experte. Mêlant un sens admirable de la composition privilégiant les plans d’ensemble, un usage savant de la couleur, un goût pour l’épique hérité de cette tradition, les films de Li Han-hsiang attestent d’une prééminence des personnages féminins dans un répertoire étendu et nuancé. Sur ce dernier point, les comédies érotiques réalisées par Li Han-hsiang à son retour dans la giron de la Shaw Brother en 1972, après dix années passées à Taïwan, prêtent à l’équivoque. Produites par la firme à des fins mercantiles(1), elles ont suscité la controverse. Mais au regard de l’œuvre tout entière, il n’est pas impertinent de ressaisir depuis ces films l’intérêt continu que le cinéaste porte aux femmes, à la diversité comme à l’évolution de leur condition. L’érudition de Li Han-hsiang rencontrerait ici une motivation inséparable de son talent de découvreur d’actrices et de pourvoyeur de rôles(2). Sa maîtrise du tournage en studio lui offre la possibilité de relire et redisposer, à travers une suite d’emblématiques destins féminins, une tradition qui survivrait, depuis la moderne cité hongkongaise, aux yeux des communautés chinoises du monde entier. Il s’agirait là du legs le plus précieux du cinéaste. C’est du moins avec cette idée en tête, celle d’une Chine retrouvée à l’écran, que nous voulons inviter à rencontrer les films. Au début des années 80, au prix d’une longue négociation, Li Han-hsiang délaissera ponctuellement le studio pour tourner consécutivement deux films dans le décor réel de la Cité interdite : Burning the Imperial Palace (1982) et Reign Behind the Curtain (1983).

Si Chang Cheh, King Hu ou Lau Kar-leu ont imposé leurs noms comme emblème du premier âge d’or du cinéma hongkongais, nous sommes tentés, en reprenant le fil de l’œuvre, de rendre un modeste hommage à celui qui, comme nul autre, aura maintenu l’étendue de la Chine à portée de notre regard.

Jérôme Baron

 

(1)  Sans toutefois confondre la nature de ces productions, on notera que le phénomène se généralise, dans ce début des années 70 de la production pornographique américaine et européenne, aux fameux romans-pornos japonais produits au sein de la Nikkatsu.

(2) De nombreuses actrices propulsées au rang de superstars bénéficieront de leur passage dans les films de Li Han-hsiang. Nombreuses sont également celles qui viennent de Taïwan. Citons parmi tant d’autres : Li Lihua, Linda Lin Dai, Hu Chin, Lily Ho, Yvi Ling Po, Chen Chen, Li Xiaoqing…

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