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Sélection Officielle - Séances spéciales

Chambres d’écho

Intime : le cru 2014 explore à travers des regards variés des intérieurs et des intériorités. Non que le cinéma ne se confronte à son dehors, parfois chaotique, dépassant les quêtes des personnages tels les impressionnants tumulus funéraires de la ville éponyme de Gyeongju, de Zhang Lu. Mais les films présentés cette année refusent tous la grandiloquence et le déclamatoire, s’attachant à une certaine précision dans la restitution des rapports humains jusqu’aux tractations secrètes (Justice). Contrairement à des schémas persistants dans le tout-venant des sorties de cinéma, la famille y est rarement un havre de paix dont la recomposition signerait un happy end. Souvent, elle ne subsiste que partiellement (la mère, ses fils dans les montagnes colombiennes de Monte Adentro, les frères et sœur kazakhs de The Owners), et d’autres regroupements, plus éphémères, s’inventent, telle l’équipe de choc d’Examen d’Etat. Ces lycéens congolais exclus des cours pour cause d’impayés glissent de la classe au « plan maquis » pour décrocher leur bac.

Chaîne humaine par excellence, le couple est donc au centre de plusieurs films cette année. Et si ce centre se décline à travers plusieurs formules, il se révèle à son tour précaire : non seulement les brouillages entre présent et passé menacent les retrouvailles (GyeongjuHill of Freedom) mais même les ménages existants sont taraudés de l’intérieur, au point que l’héroïne de Love the One You Love se demande si un complot généralisé n’expliquerait pas seul la croyance répandue en l’amour. L’union reste de toute façon un accord difficile à trouver, une détermination fantasmatique. Ainsi la visiteuse parisienne en République dominicaine de Dólares de arena prend pour une romance ce qui relève d’un commerce de subsistance, et le protagoniste des Chants de ma mère est obnubilé par les doléances de sa mère au moment d’envisager sa propre descendance. Confrontation à l’autre, reconnaissance de ses propres empêchements, dissipation d’une chimérique mais vive attirance : la géographie intime joue sa musique et ses variations, et sans forcer, laisse entendre une universalité dissipant sous nos yeux l’éloignement des sociétés. Et quand tout est en cours de destruction, l’échange entre Ossama Mohammed et Simav Bedirxan dans Eau argentée réaffirme la nécessité de continuer à faire exister un fil de vie au cœur de l’horreur syrienne contemporaine. Qu’il s’agisse de se rapprocher, de se séparer ou de faire une place à l’amour dans sa vie tout en combinant avec le monde (Mauro), le point de contact entre deux subjectivités passe par une approche sensible et créative du montage, qu’elle soit comique (Hill of Freedom, construit en origami) ou tendrement élégiaque (As You Were, qui croise des voix off). L’idée de l’altérité – à accepter, à préserver comme telle – traverse ces œuvres où la chambre est aussi une chambre d’écho du monde. Un lieu où la lumière, amenuisée, impose au spectateur d’y regarder de plus près et au cinéma d’inventer encore des moyens d’abriter les hommes, leurs pensées et leurs sentiments.

Charlotte Garson & Jérôme Baron

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