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Compétition

La sélection 2010 de cette 32ème édition du Festival des 3 Continents vient confirmer qu’en dépit des cassandres invoquant le numérique ou la crise économique mondiale pour prédire sa fin prochaine, le cinéma des trois continents demeure vivant et vivace. Fruit d’une convergence de regards subjectifs et actualité des formes cinématographiques, la compétition (des longs métrages en première françaises) et la sélection officielle hors-compétition (des longs métrages récents inédits en salle) sont toutes deux revigorées par ce que l’on pourrait appeler une « pulsion documentaire ». Jamais en effet le réalisme cinématographique ne s’est autant approprié les outils, les modes de tournage et l’esthétique du cinéma du réel. Faut-il y voir un manque d’imagination des scénaristes et des réalisateurs ?  Puiser dans le matériau documentaire a au contraire permis à leur créativité de varier ses formes, ses approches. En témoigne par exemple les longs métrages chinois – documentaires ou fiction – qui situent leur intrigue dans un espace urbain filmé avec une précision telle qu’il joue bien plus qu’un rôle de simple décor. On vérifierait aisément la capacité historique du cinéma à se revigorer d’interférences provoquées ou accidentelles entre fiction et documentaire.

Quelle que soit leur origine, les jeunes cinéastes de fiction semblent ainsi faire retour vers le réel pour se déprendre de l’artificialité qui affecte parfois certains scénarios, techniques de jeu ou genres cinématographiques. Les conventions admises du réalisme cinématographique sont dès lors trahies par des opérations qui les contournent sans nécessairement s’en distancier. Les récits, plus linéaires qu’à l’accoutumée, se trouvent comme décapés, remis à neuf dans ce cinéma qui, peu soucieux des fioritures, va directement « à l’os » des émotions et des corps. Inversement, le documentaire, attiré par les territoires de l’imaginaire, s’est lui aussi libéré de ses obligations informatives. Il s’ouvre désormais au romanesque, voire au mythe : dans Los Abrazos del rio de Nicolas Rincon Gille (compétition), les récits de paysans colombiens harcelés par les paramilitaires n’ont rien à envier aux esprits du fleuve de leur mythologie, et quand le héros éponyme de Jean Gentil (compétition) s’enfonce dans une forêt luxuriante de la République dominicaine, son destin prend un temps des allures de conte. Même dans le cas de documentaires à la première personne (Cuchillo del Palo ou Port of Memory, respectivement en compétition et hors-compétition), le plus familier et le plus proche sont toujours susceptibles de glisser vers l’inattendu, charge au cinéma de crever « la peau des choses » (H. Michaux), de mettre à jour par-delà ce qui se donne immédiatement à voir, la belle et inquiète fragilité du vivant comme moteur de la fiction (Mundane History).

La surprise tient enfin dans la force plastique des œuvres retenues. La modestie des budgets n’est plus synonyme d’approximations techniques. Dans des films comme Novena (en compétition), la rigueur du cadrage et le travail sur la couleur acquièrent une puissance toute picturale. La présence à Nantes des réalisateurs et les échanges qu’elle permettra le confirmera : qu’il se tourne encore sur pellicule 35 millimètres ou explore les possibilités du numérique haute-définition, qu’il invente ou qu’il enregistre, le cinéma de la sélection officielle du F3C est en prise sur notre époque, sur la complexité des territoires et celle des hommes qui les habitent.

Ch. Garson et J. Baron

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