Compétition internationale
44e édition
18>27 novembre 2022, Nantes
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Akram Zaatari

Six itinéraires autour de l’œuvre d’Akram Zaatari

Dans le faisceau d’une actualité récente aux conséquences encore vives, ce travail de co-programmation et de présentation des œuvres du vidéaste libanais Akram Zaatari prenait le risque d’être perçu comme un opportunisme. Aussi, notre vigilance s’est renforcée autour de l’attention que nous avons voulu ensemble et avant toute chose témoigner à des œuvres et aux questionnements qu’elles déploient.

Sans doute, il ne saurait y avoir d’art qui ignore le réel. Ni l’œuvre d’Akram Zaatari ni la jeune et très vive scène libanaise de la création vidéographique ne imperméables à ce qui les entoure. Néanmoins, en se soustrayant à la fois à l’état inconstant de la réalité et au régime dominant de sa visibilité, il appartient à l’art de chercher à redisposer le réel, tenant pour nécessité indissociable son rendu sensible et le mouvement autonome d’une pensée. Les images médiatiques que nous fréquentons y touche le plus souvent à travers un principe d’automaticité : filmer suffit à toucher, toucher équivaut refléter, le reflet est confondu avec la chose même. Les miroirs, c’est bien connu, ne touchent pas les choses qu’ils reflètent. Ils ne sont pas plus affectés par elles qu’ils ne les pensent. Il ne leurs appartient pas de crever la peau des choses (Henri Michaux), de forger les possibles d’une expérience singulière à laquelle nous invite certaines œuvres.

D’Akram Zaatari, on peut dire qu’il est un créateur intéressé aux images des autres. Co-fondateur en 1997 de la FAI (Fondation Arabe pour l’Image) qui s’est donnée pour mission de collecter, d’archiver, de restaurer et de présenter sous différentes formes (livres, expositions) le patrimoine photographique en péril du monde arabe, un des gestes fondamental de son travail consiste à se ressaisir dans le vif du présent qui l’entoure de certaines images du passé. Soucieux de la nature originelle du matériau qu’il convoque, Akram Zaatari amplifie sur un mode aussi subjectif que méthodique, l’écho d une reconnaissance intime, intérieure, qui marque aussi l’engagement d’une réflexion sur le statut du document (images, sons, écrits…), toujours mouvant entre art, information, actualité, et la technologie qui le produit, le reproduit et le rend accessible.

La dimension laborale de cette démarche artistique trouve son aboutissement dans le geste d’exposer qu’il tient aujourd’hui pour opération inséparable de l’acte de création. En ce sens, nous avons tenu à restaurer et souligner l’affinité pour ne pas dire l’analogie, si souvent évacuée par les normes de la diffusion, entre exposition et programmation. Ainsi, les six itinéraires que nous avons élaborés (Présence des images, Signes déterrés, Conflit, d’ici et d’ailleurs, Troublantes versions des faits, Anatomie(s) du désir, Matières de la mémoire) tout en faisant apparaître les lignes de force d’une œuvre, encourageront, nous l’espérons, la circulation de la pensée et la mise en évidence de correspondances et de tensions. A travers la présence d’autres artistes et cinéastes dans les différents programmes (Shadi Abdel Salam, Jean Eustache, Walid Raad, Anne-Marie Miéville et Jean-Luc Godard, Mona Hatoum, Rabih Mroué) il nous fallait affirmer autour de ces six motifs l’existence d’un réel espace de dialogue dont les créations ne sont plus les instruments mais les centres ordonnateurs à distance aussi de tout découpage culturaliste.

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