Compétition internationale
42e édition
20>29 novembre 2020, Nantes
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Figures du héros

Figures du Héros

 

D’où viennent les héros ? Comme un écho à cette question, une image fait retour en moi, d’abord drapée d’évidence, elle dévoile bientôt sa part de trouble : le magistral plan d’ouverture de The Searchers (La prisonnière du désert, 1956) de John Ford lorsque la porte d’une maison isolée s’ouvre sur le désert indien pour voir lentement s’avancer du fond du plan la silhouette progressivement reconnaissable de John Wayne qui semble revenir d’entre les morts. L’image attendue et familière d’un héros guerrier de retour auprès des siens s’altère ici pour laisser poindre une obscure tension. Que s’est-il passé ? Quel revers l’imaginaire a-t-il bien pu subir pour nous conduire à suspecter Ethan (John Wayne, dont le frère s’appelle Aaron dans le film) de ne plus être tout à fait celui qu’on attendait de voir réapparaître ? Les désastres des champs de ruines laissés par la seconde guerre mondiale ont-ils contaminé l’image mythique du paysage de l’Ouest fordien ?

Les figures, surhumaines ou d’hommes simples, dont nous reconnaissons la valeur héroïque ont en partage de porter jusqu’à nous sous un jour exemplaire la marque des épreuves, d’un défi lancé à la mort, à l’ordre commun ou au sens de l’Histoire. À nos yeux, les héros sont les emblèmes d’une réalisation de soi portée à l’extrême, leurs trajectoires agissent comme des surimpressions de nous-mêmes, incarnent un point d’éclat imaginaire de notre humanité qui s’actualise, s’adapte, voyage, se réinvente à travers les temps, les géographies et les cultures. En faisant preuve d’abnégation au profit d’une valeur supérieure, ce qu’on appelle un idéal, le héros déborde sa condition , – il émane fréquemment du peuple – et incarne le signe intangible de notre nécessité d’admirer, un signe dont le simple rappel emballe le récit. Derrière l’attente, et les clichés qui souvent s’offrent en réponse, de quelle autonomie la figure héroïque jouit-elle au cinéma ? Plus simplement, comment le cinéma s’y prend-il pour forger avec ses propres ressources des héros ? Si le concept de héros est fréquemment galvaudé et manipulé comme un moyen efficace de faire valoir la puissance de la machine à spectacle, leur présence à l’écran ouvre parfois sur de véritables idées de cinéma et participe à une lecture renouvelée et active du monde. Ils nous informent sur les valeurs d’une époque autant que sur les inquiétudes qui l’enserrent. Cela n’est d’ailleurs pas incompatible avec le divertissement. Bruce Lee exalte par exemple la force d’un corps entraîné et performant comme aucun. Il opère une fusion d’une singularité unique entre l’acteur et son double, le personnage qu’il incarne, dans une imagerie furieuse et culte que sa légende biographique encourage jusqu’à un certain point de confusion. Une manière de revanche sur une certaine Amérique.

Un samouraï flanqué d’une princesse et deux idiots (ils sont nombreux chez Akira Kurosawa), un explorateur espagnol de 16ème siècle, un adolescent sans peur, un tueur à gages brésilien qui passe du côté du peuple, un femme en lutte contre l’excision, un cinéaste israélien aux prises avec les violences présentes et des mythes fondateurs, le destin de quatre péons mexicains en quête de justice sociale ralliant les troupes de Pancho Villa … Ce programme se donne pour projet de faire voyager cette question parmi un ensemble très hétérogène de films, du cinéma d’action à l’épopée historique et collective, de destins individuels sans gloire aux métamorphoses les plus signifiantes. Une manière de dire encore malgré des différences qui n’échapperont à personne quelle nécessité nous avons tous de croiser ici ou là quelques héros.

Jérôme Baron

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