Compétition internationale
44e édition
18>27 novembre 2022, Nantes
FR EN

Accueil > Éditions > Festival 2001 > Hommage à Nour El Cherif

Hommage à Nour El Cherif

Du pont Le Palais du Nil, 1963, au Festival de New Delhi, 1983 !

 

Samir Farid – Octobre 2001

Je n’oublierai jamais cette chaude journée de l’été 1963. J’étais étudiant à l’institut d’art théâtral de Zamalek. Je sortis avec Fawzi Fahmi et le Dr. Mandour, du département de la critique, qui préside actuellement l’Académie des arts. Nous décidâmes de traverser le pont du Palais du Nil à pied pour nous diriger vers le centre du Caire. Sur le célèbre pont, Fahmi me dit : « Il y a un gars formidable, il est du quartier Sayyida Zeinab. Il s’est inscrit au département d’interprétation cette année, il s’appelle Mohammed Jaber.» C’est ainsi que j’ai remarqué ce gars et que j’ai retenu son nom. C’était la première fois que j’entendais Fahmi employer le mot « formidable ». Mohammed Jaber n’est autre que Nour El Chérif qui, par la suite, s’est installé au sommet du cinéma arabe, comme une grande star parmi les siens, position qu’il occupe depuis un quart de siècle.

« Ce gars formidable » a joué au théâtre dans un rôle très court lorsqu’il était en première au lycée. En 1965, alors qu’il était en deuxième année à l’Institut, il a participé à un feuilleton célèbre. 1967, année de son diplôme, fut aussi celle de son premier film Kasr El Chawk (Le Palais du désir, nom d’un quartier du vieux Caire) de Hassan El-lmam.

J’ai suivi Nour El Chérif et j’ai remarqué sa distinction dès le début, me souvenant toujours de ce que Fahmi m’avait dit sur le pont : « C’est un gars formidable ». En 1970, il a interprété un des personnages les plus difficiles des romans de Naguib Mahfouz. Il s’agit de Kamel Rou’iyah Lash dans Le Mirage, roman adapté au cinéma par Anouar El Chenaoui. C’est un rôle de jeune homme timide, complexé même par son nom. En 1971, il a joué dans le chef-d’œuvre de Saïd Marzouq, Ma femme et le chien. Face aux deux immenses acteurs Souad Hosni et Mahmoud Morsi, il fallait un artiste de la même trempe.

En 1972, il a joué dans Al-Soukkariah (nom d’un quartier du Caire) de Hassan El-lmam, tiré du roman de Naguib Mahfouz qui constitue la troisième partie de sa célèbre trilogie. Il y interprète le rôle du personnage le plus difficile, Kamal. En1975, il a fondé avec sa femme Boussi une société de production. Il a voulu réaliser ses rêves en devenant producteur. Il ne cherchait pas à investir son argent mais il choisit de le risquer dans une aventure. Son premier film comme producteur fut Le Cercle de la vengeance de Samir Seïf. En 1977, suivit Une chatte sur le feu tiré de la pièce de Tennessee Williams, puis en 1980 Un coup de soleil, le premier film de Mohammed Khan. Seïf et Khan, qui ont été lancés par Nour et Boussi, sont aujourd’hui parmi les grands du cinéma égyptien. Nour El Chérif était aussi derrière le film Le Chauffeur de bus d’Atef El Tayeb.

Nour El Chérif ne m’avait jamais contacté pour me parler de ses films jusqu’au jour, en 1982, où il m’appela pour me dire : ” Tu étais très dur avec Atef El Tayeb dans ta critique de son premier film (La Jalousie mortelle) en 1980. «Pour moi, qui suis un admirateur de Shakespeare, lui ai-je répondu, j’ai trouvé qu’EI Tayeb avait tué le personnage d’Othello. Peut-être étais-je trop dur.» «Alors, a-t-il ajouté, je t’invite à aller voir son deuxième film, Le Chauffeur de bus, pour voir le vrai Atef El Tayeb, que tu attends depuis que tu l’as rencontré dans le bureau de Shadi Abd-al-Salam.» Ce film fut la véritable naissance artistique d’EI Tayeb, et même la naissance du réalisme dans le cinéma égyptien des années quatre-vingt.

En 1983, Nour El Chérif fut le premier acteur égyptien à obtenir le grand prix d’interprétation au festival international de New Delhi pour son rôle dans ce film. Il n’était pas présent au festival, El Tayeb non plus ; personne n’avait accompagné ce film, qui a gagné malgré cela. Parmi les membres du jury, il y avait Satyajit Ray, le plus grand des réalisateurs indiens et Lindsay Anderson, le grand réalisateur britannique et l’un des fondateurs du cinéma indépendant britannique. A cette époque, j’avais écrit dans le journal : « Au-delà de ce prix, que les diverses instances du cinéma doivent célébrer comme il le mérite, ce qui différencie Nour El Chérif d’autres acteurs talentueux, c’est qu’il cherche à bien exprimer le sens du film et non à arriver au bout du film par tous les moyens ». J’ai terminé l’article en saluant Nour El Chérif et en félicitant le cinéma égyptien.

Traduit de l’arabe par Nada Gilon

Films