Compétition internationale
43e édition
19>28 novembre 2021, Nantes
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L’amour en fuite, à propos de Tsai Ming-liang

11 Mars 2021 Archives
Tsai Ming Liang ©Chang Jhong-Yuan
Tsai Ming-liang ©Chang Jhong-Yuan
Lee Kang-sheng et Tsaï Ming-liang accompagné par Alain Jalladeau, à Nantes en 1994
Lee Kang-sheng, Tsai Ming-liang et Alain Jalladeau, 1994
Days
Days, 2020
Your Face
Your Face, 2018
La Rivière
La Rivière, 1997
Vive l'amour
Vive l'amour, 1994
Les Rebelles du Dieu Néon
Les Rebelles du Dieu Néon, 1992

Un coffret DVD des trois premiers films du cinéaste taiwanais vient de sortir chez Survivance.

En 2018, Tsai Ming-liang revenait à Nantes présenter Your Face demeuré à ce jour orphelin d’une distribution française. Le cinéaste, rétif à la parole, y essentialisait son attirance pour l’expressivité du visage approfondissant avec une simplicité radicale un geste de cinéma où l’apparition de quelques anonymes (exception faite de Lee Kang-sheng) invitait à une ressaisie de la vigueur primitive du gros plan en nous rappelant la puissance de récit et d’émotion du visage.  

En novembre, la 42ème édition des 3 Continents devait, elle, accueillir après sa diffusion à l’automne dernier sur Arte, la première projection en salle de Days (2020). Le festival ayant dû battre en retraite suite à la décision d’un reconfinement étendu à tout le territoire, nous avions bon espoir en décembre et janvier de voir  avec la complicité du cinéaste et de quelques salles désireuses de porter un des plus beaux films de l’année écoulée, Days parvenir au public.  Il n’en fut pas ainsi malgré les volontés rassemblées et nous poursuivons d’espérer malgré le nombre de films qui attendent encore leur sortie retardée que le dernier Tsai Ming-liang trouvera bientôt un chemin de traverse et portera sa marche patiente vers le sublime d’une précarité amoureuse élevée à un rare degré d’intensité au cinéma. 

Il a beau donner le sentiment parfois d’œuvrer aux limites du cinéma, la certitude demeure qu’il est un des rares encore à rendre perceptible hors de toutes hautaines espérances le corps même de cet art. Il n’y a dans l’œuvre de Tsai rien d’autre qu’une fidélité à elle-même, l’étendue d’une ondulation qui coule d’un film sur l’autre, une sorte de lente mutation d’un désir de cinéma dont chaque film (toutes durées confondues) serait la prise de pouls, l’actualité sidérante et fragile d’existences suspendues à l’hypothèse d’une tendresse que la dureté du monde a recouverte.

Le récent coffret édité par Survivance des premiers films du cinéaste, Les Rebelles du Dieu Néon (1992), Vive l’amour (1994), La Rivière (1997) dans leur version restaurée est une belle occasion de vérifier, tenons-nous le pour dit, que Tsai Ming-liang a été un des événements les plus marquants du cinéma contemporain et ces trois œuvres en témoignent avec une intensité qui jaunissent instantanément leurs nombreux avatars. Devant les blocs de temps morts ou de sens suspendus de Tsai Ming-liang nous trouverons assurément à conjurer ou à regarder autrement du côté d’un présent qui nous ordonne la patience depuis de longs mois.

Jérôme Baron

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