Vendredi 12 juin 2009 - 22h35
Programmation de courts-métrages d'animation
proposée par Les 3 Continents pour la Longue Nuit du Court 2009
C'est une proposition singulière que fait l'association Les 3 Continents, à l'occasion de la 10ème Longue Nuit du Court, le 12 juin 2009, au Grand T, à Nantes. Il a en effet été décidé de se focaliser sur le cinéma d'animation pour élaborer une programmation d'une cinquantaine de minutes, incluant des films courts provenant d'Asie et d'Afrique (en intégrant le Moyen Orient), intitulée « Seuls », et composée de métrages sans dialogue, à l'exception du dernier film, dans lequel la parole se déploie sous forme de voix-off permanente et à la diction originale.
Le choix de l'animation a été déterminé par la conviction qu'il s'agit d'un domaine d'expression majeur et trop souvent mésestimé, qui ouvre par ailleurs sur un champ de représentations imaginaires autant que réalistes, c'est-à-dire permettant d'envisager des espaces mentaux de la même manière que des environnements plus concrets. D'autre part, cette programmation prolonge et relance un intérêt pour l'animation déjà affirmé lors de la Longue Nuit du Court en 2006, avec une approche du travail du cinéaste japonais Koji Yamamura, puis lors du Festival des 3 Continents la même année, avec un focus sur le Studio 4°C, basé à Tokyo.
L'enjeu de cette programmation est également exploratoire. Si l'animation nippone est ainsi largement développée (et commence à être connue et reconnue dans le monde de par sa qualité, sa diversité et son inventivité), d'autres territoires en ont une production récente, voire balbutiante. Aussi, la diffusion de films d'animation issus de Taïwan, de Corée, de Madagascar et d'Iran a pour ambition de faire découvrir des cinématographies naissantes, d'en relever les premiers signes, et ainsi de reconsidérer l'animation comme une forme qui n'émane plus exclusivement d'Extrême-Orient, d'Europe et des Etats-Unis, mais s'étend à l'échelle de la planète entière.
L'absence de dialogue dans les films choisis (évidente au regard de celle d'interlocuteur pour les protagonistes) permet de mesurer encore plus nettement la dimension centrale et les spécificités esthétiques de la bande-son du cinéma d'animation. Par ailleurs, en faisant délibérément abstraction des particularités orales, de la musicalité et la variété des langues, pourtant si chère aux 3 Continents, l'accent est mis sur la dimension universelle et la capacité de ce cinéma à évoquer des situations transculturelles. C'est également en ce sens que sont données à voir des techniques d'animation multiples, qui toutes confèrent à l'image une texture forte et évocatrice (images de synthèse, papier découpé ou encore dessin animé).
La formulation paradoxale du thème liant les œuvres (être seul au pluriel) en augure les déclinaisons possibles. Directement inscrite dans le titre des deux premiers films, la solitude peut y revêtir un caractère allégorique sur la nécessité de la prise de risque et la relativité de la condition humaine (Solitude de Mehrdad Sheikhan) ou se référer aux traumatismes de l'enfance et à une traversée du miroir proche de celle de Lewis Carroll (Invisible loneliness de Jung-Hsien Lin). Dans Le savoir de Ridha Andriantomanga, la solitude est avant tout culturelle, née de la rencontre entre le rural et l'urbain. Elle revêt dans Victim de Nattaporn Yiamchawee et Nattapol Narkngen et Me of me de Hyun-Sook Lim une tournure plus introspective, confrontant les personnages à leurs démons et questionnements identitaires. Dans Le mont chef de Koji Yamamura, enfin, cette même solitude est un volontaire retrait du monde, un désir d'autarcie, réduit à néant du fait d'une sociabilité forcée.
Nicolas Thévenin, co-programmateur
SEULS - Un programme de films d'animation d'Afrique et d'Asie
Durée : 49'
Solitude
de Mehrdad Sheikhan / Iran
DVD - 10'- 2008
Depuis plusieurs milliers d'années, un colosse de pierre mène une vie solitaire sur une planète aride. Lassé de sa situation, il décide de prendre en mains son destin.
Invisible Loneliness
de Jung-Hsien Lin / Taiwan
DVD - 12'- 2009
Depuis que son père a accroché une clé autour de son cou, une petite fille se sent encore plus isolée, et espère son retour. Sur un ton lyrique, Invisible Loneliness mêle réalité, rêve et mémoire, amenant le spectateur à un monde de solitude.
Le Savoir
de Ridha Andriantomanga / Madagascar
DVD - 3'- 2008
Un paysan vient en ville et tombe dans l'angoisse quand il remarque qu'il est différent des citadins.
Victim
de Nattaporn Yiamchawee, Nattapol Narkngen / Thaïlande
DVD - 10'- 2008
Un homme est incarcéré dans une cellule de confinement minuscule, carrée, sans porte, avec un filet de lumière provenant du plafond. Avec le temps, il perd le sens des réalités.
Me of Me
de Hyun-Sook Lim / Corée du Sud
DVD - 4'- 2008
Une réflexion graphique, ludique et introspective sur l'identité et le rapport à autrui et au monde.
Le Mont chef
de Koji Yamamura / Japon
DVD - 10'- 2002 - Vostfr -
Un homme radin voit un cerisier lui pousser au sommet du crâne. D'abord intrigué, il est vite irrité par l'afflux de badauds venant profiter de sa floraison. Le Mont chef est une interprétation moderne d'un conte traditionnel du Japon.





