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Présences du cinéma indien

Soufflerait-t-il sur le cinéma indien un vent de renouveau ? C’est en tous cas une impression qui, d’année en année, gagne en conviction. Des films significatifs retrouvent depuis une décennie une place perdue de longue date dans les festivals européens, même si leur audience demeure modeste et leur présence sporadique sur les écrans de nos salles. Il est sans doute un peu tôt pour expliquer les raisons de ce nouvel élan, mais on ne peut les séparer des récentes évolutions du pays tout entier.

Dixième économie mondiale, l’Inde entend désormais occuper un rôle avancé dans le concert du monde globalisé. Elle connaît depuis deux décennies une croissance caractérisée par un désir de « progrès » multiforme et transversal allant du développement urbain, technologique, industriel… au nucléaire. Bref, l’Inde entend devenir attractive et influente dans le cours du monde qui va et cela a été récemment illustré par une plus large ouverture de ses portes aux investissements étrangers. Quel rapport avec le cinéma ? Si l’on y regarde de plus près, la situation du cinéma indien demeure paradoxale dans la mesure où il poursuit de tenir son rang de premier producteur de films au monde avec une moyenne de mille deux cents longs-métrages réalisés chaque année. Bollywood, la puissante industrie cinématographique de Bombay, est devenu aux yeux du monde la synecdoque du cinéma indien au point de recouvrir une réalité industrielle complexe, plus diversifiée aussi. Cette emprise tient également au fait que les films produits à Bombay, en langue hindi, sont les seuls à connaître une diffusion étendue à l’ensemble du territoire. Les deux cent films sortant annuellement des studios de Bollywood représentent ainsi 40% du marché national de manière assez stable. N’omettons pas cependant de préciser le poids des industries cinématographiques du Bengale ou du Sud de l’Inde (tamil, telugu, malayalam et kannada) dont la synergie procède d’une vision globale appliquée pour cette partie conséquente du sous-continent formant à elle seule un dense espace de références culturelles. À l’échelle du pays et de la place conquise par le cinéma en Inde depuis son indépendance, il n’est pas erroné de penser qu’il y joue un rôle de maître en matière de culture, d’y voir le ciment de l’imaginaire de toute une nation. Les auteurs émergents ont comme leurs prédécesseurs assimilé cette réalité mais sont aussi les enfants d’une Inde engagée dans un dialogue élargi avec le monde. L’horizon même de leurs références, et par voie de conséquence de leurs aspirations, a été, comme à d’autres endroits au cours des vingt dernières années, bouleversé et influencé par la réalité numérique comme en témoigne de manière surprenante The Image Threads de Vipin Vijay. Être de son temps, en écho aux transformations en cours, c’est aussi penser des films qui depuis le monde indien d’aujourd’hui sont susceptibles de trouver une résonance amplifiée. La mondialisation du paysage festivalier et le fin maillage des réseaux de repérage des auteurs émergents qui en découlent favorisent aujourd’hui une réception débordant le cadre national. Comme pour la Chine,notre curiosité pour la grande Inde rencontre parmi les propositions de son cinéma une précieuse source d’expériences, révèle à travers le surgissement d’une multitude de scènes une vitalité  et une indépendance stimulantes des œuvres.

Ce programme ne prétend à d’autres ambitions que de désigner, parmi les signes les plus récents de cette évolution, des films qui nous permettraient d’établir les données cardinales de l’événement. S’agissant d’un mouvement sans chef d’orchestre ni mot d’ordre fédérateur, il n’est que plus difficile mais excitant à cartographier. Il n’a ni genre ni tendance dominante, il est aussi bien populaire et industriel que marginal et documentaire. En ce sens, cette vitalité multiforme peut être annonciatrice d’un mouvement de fond dont l’intensité sera plus forte encore. A contrario cet éclatement diffus sera perçu comme une faiblesse.

Jérôme Baron

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