TROIS GÉNÉRATONS DE CINÉMA MEXICAIN : HOMMAGE
À LA FAMILLE BRACHO
Julio
le réalisateur de près de 50 films, Jésus le décorateur
(entre autres de Bunuel), Andrea et Diana les actrices, Julio II l'acteur.
La
famille Bracho a marqué et marque la très riche histoire
du cinéma mexicain, depuis les débuts de son âge
d'or, dans les années 30. La première génération
est une fratrie : Andrea Palma, première diva mexicaine, Julio
Bracho, réalisateur et Jesus Bracho décorateur, notamment
pour Bunuel. Diana, fille de Julio, est une des grandes actrices du
Mexique depuis les années 60. Et Julio II, petit fils du même,
en est une des étoiles montantes.
Andrea
Palma, la "femme du port"
Née
en 1903 d'une famille de la haute bougeoisie mexicaine, elle tient son
premier rôle dans La mujer del puerto en 1933. Le film, un des
plus flamboyants mélos d'un cinéma qui n'est pas avare
d'excès, fait d'elle la première diva mexicaine. Sa carrière,
pratiquement sans interruption jusqu'en 1979, est constituée
de 85 rôles, pour le grand écran comme pour la télévision.
Elle est morte en 1987.
Julio
Bracho, le metteur en scène
Il
est né en 1909. Frère d'Andrea Palma et de Jesus, c'est,
avec Emilio Fernandez, un des metteurs en scène qui incarne le
mieux l'âge d'or du cinéma mexicain. D'abord metteur en
scène de théâtre, il a réalisé 50
films de 1941 à sa mort en 1978, dont quelques chefs d'oeuvres
: Distinto amanecer ou La Sombra del caudillo, que sa férocité
politique poussa le pouvoir à interdire 30 ans.
Jesus
Bracho, le décorateur
Né
en 1910, il commence sa carrière de décorateur en 1942,
pour Emilio Fernandez (Soy puro mexicano). Jusqu'en 1963, il collabore
à 85 films, travaillant notamment pour Bunuel (3 films) ou pour
le très intéressant Luis Alcoriza.
Diana
Bracho, la grande actrice
Fille
de Julio, elle est née en 1944. Ses premiers rôles lui
ont été confiés par Arturo Ripstein (Castillo de
la pureza, El santo officio). Actrice au cinéma et à la
télévision (50 rôles) mais aussi au théâtre,
elle est depuis 2002 présidente de l'Académie des sciences
et arts du cinéma.
Julio
Bracho II, la troisième génération
Né
en 1970, c'est un des petit-fils de Julio (et fils de Jorge Bracho,
qui fut le chanteur d'un groupe de rock, Los Monjes). Acteur, il est
une des étoiles montantes du Mexique.

La
famille Bracho est devenue une icône de la cinématographie
mexicaine. Originaires de Durango, trois des frères et surs
Bracho, Guadalupe, Julio et Jesus, nés au tout début du
XXe siècle, vont se consacrer au cinéma. Des années
plus tard, deux descendants de Julio, sa fille Diana et son petit-fils
Julio, continuent la légende cinématographique. Dès
son plus jeune âge, Guadalupe Bracho a appris à confectionner
des chapeaux et a travaillé à Londres au magasin La Ciudad.
Vers 1927, elle monte son propre magasin appelé Casa Andrea.
Par son métier, ayant fréquenté le milieu du théâtre,
Guadalupe, qui aimait l'interprétation, a pu débuter comme
comédienne au théâtre Arbeu dans la pièce
Maya, en remplacemment de la comédienne Isabela Corona.
Par la suite, son expérience comme modiste l'amène à
réaliser des modèles exclusifs pour la diva de Hollywood
Marlène Dietrich. A partir de là, Guadalupe poursuit sa
carrière artistique et devient, grâce à son début
dans le film " La mujer del puerto " (La Femme du port), la
première diva du cinéma mexicain : Andrea Palma.
Les deux petits frères de Andrea, Julio et Jesus Bracho se sont
distingués respectivement comme réalisateur et comme décorateur.
Dans son travail, Jesus a suivi l'enseignement de Manuel Fontanals,
le décorateur le plus réputé du Mexique. Parmi
les films dont la décoration a été conçue
par Jesus Bracho, on compte " Doña Bárbara "
de Fernando de Fuentes, " Tiburoneros " (Pêcheurs de
requins) et " Tlayucan ", les deux de Luis Alcoriza, "
El ángel exterminador " (L'Ange exterminateur) et "
Ensayo de un crimen " (La Vie criminelle d'Archibald de La Cruz)
de Luis Buñuel, et " Cantaclaro ", " La cobarde
", " Historia de un corazón ", " Inmaculada
", " Llévame en tus brazos ", " María
la voz ", " La mujer de todos " (La Femme de tous), "
Mujeres que trabajan ", " Paraíso robado ", "
Rosenda ", " San Felipe de Jesus " et " La sombra
del caudillo ", films réalisés par son frère
Julio Bracho, qui a révolutionné le théâtre
au Mexique dans les années trente et qui a été
l'un des réalisateurs les plus prestigieux de l'âge d'or
du cinéma national. Ses films se caractérisent par leurs
qualités esthétiques, par les gros-plans de stars, et
portent toujours sa touche personnelle qui peut être la présence
de trains - " Distinto amanecer " (Aube différente),
" Rosenda ", " Rostros olvidados ", " Paraíso
robado " - la corruption des syndicats - " Distinto amanecer
" (Aube différente), " Llévame en tus brazos
", " Espejismo de la ciudad "- ou la présence
de différents genres de musique, car Julio Bracho était
un mélomane.
La fille de Julio, Diana Bracho, après avoir suivi des études
de philosophie et lettres à New York, décide de tenter
sa chance comme actrice. En 1973, alors qu'elle participe à un
atelier d'interprétation avec José Luis Ibáñez,
Diana est appelée par le cinéaste Arturo Ripstein pour
participer à son film " El castillo de la pureza "
(Le château de la pureté).
Depuis, elle continue à jouer dans des films sous la direction
des plus prestigieux réalisateurs des années 70, comme
" El Santo Oficio " (L'Inquisition), de Ripstein également,
" El cumpleaños del perro " de Jaime Humberto Hermosillo,
" Actas de Marusia " de Miguel Littin et " Las Poquianchis
" de Felipe Cazals, parmi beaucoup d'autres, devenant ainsi l'un
des visages les plus côtés du cinéma de ces années.
Plus tard, Diana Bracho deviendra la première comédienne
du théâtre mexicain, actuellement présidente, pour
deux mandats consécutifs, l'Académie mexicaine de Sciences
et Arts cinématographiques. Récemment, le neveu de Diana,
Julio, fils de son frère Jorge, s'est tourné lui aussi
vers l'interprétation, ayant participé de façon
remarquable à des films comme " ¿De qué lado
estás? " de Eva López Sánchez et " Zapata
" de Alfonso Arau, et à plusieurs courts-métrages,
assurant ainsi la continuité de la dynastie Bracho.
Jesús Ibarra Texte traduit de l'espagnol par Inès Introcaso
On a souvent dit que le cinéma était une affaire de famille.
Tout a peut-être commencé avec les frères Lumière.
Le couple " cinématographique " participe d'une certaine logique,
une rencontre possible " avec plus, si affinités " : les réalisateurs
et les actrices le plus souvent, mais parfois, aussi courant, le couple
réalisateur-réalisatrice. La filiation relève sans
doute d'une osmose environnementale.
On pourra citer les couples Varda-Demy, Bergman-Rossellini, Minnelli-Garland
et leurs descendants, Mathieu, Isabella, Lisa, mais aussi les pères
et fils (ou filles) Chaplin, Depardieu, Stévenin et d'autres.
Les frères et surs ont des liens professionnels moins évidents
a priori ; on trouvera Francis et John Ford, les célèbres
Marx Brothers (4 au départ), les non moins célèbres
frères Warner, Taviani, les moins connus frères Kaufman
(dont l'un est Dziga Vertov), les surs Breillat, Poliakoff (Marina
Vlady et Odile Versois), Dorléac (Catherine Deneuve et Françoise
Dorléac) Bardot (Brigitte et Mijanou), Gish... dont la célébrité
de l'un (ou de l'une) dépasse souvent celle de l'autre. Dans
l'ensemble, cela relève d'une ou de deux générations.
Mais il est un cas quasi unique dans l'histoire du cinéma mondial
: la famille Bracho qui durant 3 générations a donné
des acteurs, actrices, cinéastes, décorateurs parmi les
plus célèbres : depuis l'époque du muet (Ramon
Novarro) et jusqu'à nos jours (le jeune acteur Julio Bracho Jr,
célèbre star de télénovelas mexicains),
en passant par ceux qui illustrèrent l'âge d'or du cinéma
mexicain : le réalisateur Julio Bracho, les actrices Dolorès
del Rio et Andréa Palma, le décorateur Jesus Bracho et
plus récemment Diana Bracho qui débuta brillamment chez
Arturo Ripstein.
Philippe Jalladeau