UNE HISTOIRE DANS L'HISTOIRE
La
recherche de l'Histoire du cinéma afghan constitue une histoire en elle-même.
1979
: Naissance du Festival des 3 Continents, invasion soviétique de l'Afghanistan,
mais, pour la première fois, un article paraît sur le cinéma afghan
dans l'édition annuelle de l'International Film Guide. Il sera suivi
d'autres articles jusqu'en 1983. Donc, un cinéma afghan existe, attire
notre attention.... Pour plus tard - l'invasion soviétique nous refroidit
quelque peu.
1989
: Fin de l'invasion soviétique, l'espoir d'une rétrospective renaît,
mais le pays sombre presque aussitôt dans la guerre civile, puis tombe
sous le coup des Taliban.... qui, nous l'apprenons, brûlent tous les films
qu'ils trouvent. Nous faisons notre deuil de la rétrospective.
2002
: La presse spécialisée nous apprend que la plupart des films afghans
ont été sauvés grâce au courage de quelques personnes d'Afghan Film
(société d'Etat) restés à leur poste, qui ont caché les films. L'espoir
renaît. *
Mai
2003 : Rencontre à Cannes avec Siddiq Barmak qui présente " Osama ",
et me confirme qu'il y a matière à faire une rétrospective. Par ailleurs
la France, grâce à l'INA, s'engage à sauvegarder le patrimoine cinématographique
en transférant sur support numérisé tous les films sur support celluloïd.
Excellente nouvelle !
Avril
2004 : Mission à Kaboul. Dans une ville dévastée par la guerre, quelques
oasis où les choses semblent normales. L'Ambassade de France, Afghan
Film qui conserve les précieuses archives. Dans le bureau du président,
Engineer Latif Ahmadi, lui-même cinéaste, une très belle maquette des
studios datant de l'époque soviétique mais qui ne seront jamais construits.
Latif Ahmadi est enchanté à l'idée d'une rétrospective aux 3 Continents
2004. Il me laisse entendre que tous les films ont été sauvés (sauf
3 ou 4) et qu'il est possible de les visionner, mais aucune liste générale
des films afghans n'existe, ni dates exactes, ni durée, avec des transcriptions
et traductions de titres variables. D'où un visionnement d'une quinzaine
de courts-métrages surtout (2002-2004) et d'une trentaine de longs métrages
depuis les origines jusqu'à aujourd'hui. En fin de compte, une curieuse
impression d'un cinéma qui a suivi l'histoire politique du pays par
les thèmes et les genres abordés, mais qui témoigne aussi d'une synthèse
culturelle, entre le mélodrame indien (dominant), le réalisme soviétique
(didactique) et la comédie douce-amère (lointaine influence européenne
Nouvelle Vague), sans oublier depuis peu l'influence iranienne. Une
sélection de 10 courts-métrages et de 10 longs-métrages est faite pour
décrire l'histoire du cinéma afghan à travers 20 cinéastes.
Mai
2004 : Le transfert sur support numérique va pouvoir commencer grâce
à une machine sophistiquée apportée de Paris par l'INA. Le transfert
des films sera terminé dans un mois.
Septembre
2004 : le transfert n'est toujours pas fait. Malgré de nombreuses tentatives
et l'envoi à Kaboul de spécialistes, la machine ne peut s'accommoder
à l'environnement kabouli. Il est alors décidé de rapatrier par avion
militaire spécial, tous les films pour leur transfert en France. Octobre
2004 : Le transfert est effectué, la course contre la montre commence
pour la traduction et le sous-titrage des films. Tout doit être prêt
pour le 23 novembre...
Philippe
Jalladeau