BOLLYWOOD ET AVANT
Le cinéma indien est extrêmement prolifique. On compte
7 à 800 films par an, avec des pointes à plus de 900 ! 905 exactement
en 1985, par exemple. La plus grande partie de cette production est
le fait des cinémas dits régionaux, bengali, tamoul malayalam... Car
l'Inde compte 22 états et 17 langues principales. Bollywood à proprement
parler désigne les films commerciaux des studios de Bombay, tournés
en hindi. Si Bollywood n'est pas majoritaire quantitativement (environ
un quart), c'est en revanche le modèle et le grand pourvoyeur de hits
nationaux. Et un critique (Bikram Singh) a pu écrire que "le film hindi
est à l'Inde ce que le film hollywoodien est au reste du monde".
Si le surnom Bollywood date des années 70, la chose
elle-même est bien plus ancienne. Bombay a forgé sa suprématie commerciale
dès le début de l'histoire du cinéma indien, avec le premier long-métrage
(Raja Harishchandra de Dadasaheb Phalke en 1913). Mais le genre "Bollywood"
devra attendre 1931 et le parlant pour prendre vraiment consistance
. Car il n'y a pas de Bollywood sans chanson. Pour le reste, comme tout
cinéma industriel, Bollywood connaîtra des périodes novatrices (nouveaux
genres, nouvelles manières de filmer, nouvelles vedettes et parfois
vrais chefs-d'oeuvre) et des périodes d'épuisement. Au rang des premières
on compte le milieu des années 30 (avec le Devdas de PC Barua) ou les
années 50 qui voient apparaître les super-productions (dont Mugal E
Azam de Kamal Amrohi, dont le tournage dura 9 ans), d'immenses films
de grands metteurs en scène (Raj Kapoor, Bimal Roy, Guru Dutt, Mehboob
Khan ...) et les premières reconnaissances internationales (le Mother
India de M. Khan est nommé aux oscars en 1957). Mais aussi les années
70 avec les héros durs à cuire incarnés notamment par Ahmitab Bachnan,
par exemple dans le colossal succès du western (si, si !) Sholay (Ramesh
Sippy) en 1975. Les hauts et bas esthétiques n'excluent cependant pas
la continuité, affective d'abord (Mother India ou Sholay sont encore
régulièrement projeté devant des salles pleines) et narratives ensuite.
L'émerveillement des films muets
Car si Bollywood a le goût de la chanson, il a tout autant un
fort penchant pour l'exubérance narrative et le mélodrame
: on ne saurait pas compter les familles séparées puis
réunies, les vengeances, les déchéances, les rédemptions,
les amours impossibles ... Ni d'ailleurs les mutilations, les larmes
ou les coups de fouets. Cette éxubérance s'exprime aussi
dans la répétition des scénarios (Devdas a été
adapté 7 fois !), le recyclage ou le plagiat éhonté
(mais à Bollywood un film dure trois heures et pour tenir il
faut de la matière - ainsi un récent succès Kuch
Kuch Hota Hai démarque d'abord Grease , avant l'entracte, pour
basculer ensuite dans Nuits blanche à Seattle !). C'est sans
doute grâce à cette absence de complexe que Bollywood reste
capable de provoquer, entre premier et second degré, l'émerveillement
des films muets.