RETROSPECTIVE GLAUBER ROCHA
Faire la connaissance de Glaluber Rocha - suite -
Enfin ce pauvre Glauber revient d'exil en 1976, et qu'est-ce qu'il
tourne, avant de mourir à quarante deux ans, en 1981 : deux films
seulement, un très long court-métrage, Di, et un très
long métrage, L'Age de la Terre. Deux films maudits, chaotiques,
qui saisissent comme des cauchemars, mais dont l'étoffe de rêve
est d'une suprême élégance.
Di est un chant d'amour à l'artiste brésilien, un drôle
de film érotique qui pousse l'approbation de la vie jusque dans
la mort.
Et L'Age de la Terre, si l'on en croyait l'histoire officielle du Brésil
et du Portugal serait de cinq cents ans, daté de l'année
même où elle fut « découverte » par
le portugais Pedro Alvares Cabral, 1500. Or Glauber Rocha, bien entendu,
n'a jamais été historien officiel : pour lui la terre
du Brésil existait déjà par son humanité
« indienne », avant qu'elle ne fut considérée
comme une Inde par des colons qui en avaient après ses réserves
de poivre et d'or. Et pour lui tous les sangs qui se sont mêlés
à celui du colon, - l'incroyable rencontre génétique
de l'indien, de l'européen et du nègre font de tout sujet
d'espèce humaine au Brésil une sorte de Christ au sang
mêlé. Au fond Glauber Rocha voulait reprendre ses droits
d'auteur à Pier Paolo Pasolini : il avait salué son Evangile
selon Saint Mathieu de 1964 (l'année du coup d'état militaire
qui installa vingt ans de dictature au Brésil), lui reconnaissant
le mérite d'avoir inventé un « Christ du Tiers Monde
», tellement homme qu'il blasphémait salubrement contre
tous les idéalismes réactionnaires.
Mais après la mort de Pasolini en 1975, son frère, son
double et même un peu son père, Glauber se sentit probablement
tellement retourné qu'il lui fallut inventer son propre Christ,
un peu syncrétisé avec Shangô, dieu mâle africain
de la foudre. Comme en un « sauve qui peut, la mort » il
s'immolerait d'ailleurs (on comprit si mal son message à l'époque),
comme son grand frère italien. Mais au moins ce serait, lui,
pour inventer un vrai Christ du Tiers Monde : un qui le sauverait en
le rendant premier à lui-même, au moins en tant que charbonnier
maître de sa foi.
C'est à dire reprenant les rênes, au travers de chevauchées
fantastiques dans le rêve sud-américain, de sa propre diligence
imaginaire.
Sylvie Pierre
FILMOGRAPHIE
Courts métrages
PATIO
1959
MARANHÃO
66 1966
DI
CAVALCANTI 1977
Documentaires
AMAZONAS,
AMAZONAS 1965
HISTORIA
DO BRASIL 1974
JORJAMADO
NO CINEMA 1977
Longs métrages
BARRAVENTO
1961
DEUS
E O DIABO NA TERRA DO SOL 1964
TERRA
EM TRANSE 1967
CANCER
1968 / 1972
O
DRAGO DA MALDADE CONTRA O SANTO GUERREIRO 1969
DER
LEONE HAS SEPT CABECAS 1970
CABECAS
CORTADAS 1970
CLARO
1975
IDADE
DA TERRA 1980