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LES CINEASTES ARABES DU MOYEN-ORIENT

SYRIE

Le cinéma syrien, 70 ans. : Toujours une naissance par césarienne.

Au début du siècle, pendant plus de vingt ans, les Syriens ont patiemment attendu, de 1908 - date de la première projection cinématographique locale - à 1928, date à laquelle Ayoub Badry, eut l'idée de produire et de jouer, avec des amis, dans le premier film muet.Il fut aidé par un photographe qui avait déjà travaillé dans un film documentaire. Le rêve s'accomplit. Le premier film cinématographique syrien "L'accusé innocent" voit le jour, trente trois ans après la naissance du cinématographe.
Projeté dans les salles, ce film fut une relative réussite. Personne, pourtant, n'a eu le courage de soutenir, financièrement ou techniquement, cette expérience. C'est pourquoi, on peut dire que, chaque pellicule, des deux cents films réalisés jusqu'à présent, a été développée avec très peu d'argent et beaucoup de sueur et de larmes par des cinéastes passionnés par cette aventure dans un jeu amer semblable à une césarienne, qui, chaque fois, réinvente localement, l'art cinématographique.
"Sous le ciel de Damas" (1931), fut le plus important parmi les premiers films muets surpris par l'arrivée du cinéma arabe parlant, venant d'Egypte, dans les salles de cinéma syriennes. Ce film exprima les premières larges aspirations cinématographiques de Ismail Anzur, premier scénariste et réalisateur syrien qui introduisit la technique cinématographique dans le cinéma syrien. Les expériences qui suivirent n'ont pas pu aller plus loin malgré l'acharnement de leurs auteurs à rivaliser avec les films importés. Nos films ont trébuché dans la course aux moyens techniques jusqu'en 1947, année au cours de laquelle, le cinéma syrien devient parlant grâce à Nasih' Chah'bandar, qui mérite le titre de "Lumière" du cinéma syrien, par son film "Clair obscur". Pourtant, il a fallu attendre vingt autres années pour que le milieu financier local se rende compte de l'importance de ce marché. Depuis, plusieurs films syriens commencent à affluer sur le marché local, imitant tous le style du cinéma égyptien -qui, à son tour, imitait un style du cinéma étranger- en lui empruntant ses sujets, ses façons de jouer, et parfois même, ses réalisateurs, ses vedettes et dialectes !
Ces films, qui ont pu résister jusqu'au début des années quatre vingt à la concurrence de la télévision, meilleur terrain d'investissement, avaient déjà leurs salles et leur public. Ces cinéastes ont même pu imposer un certain nombre de comédiens (Doureid Lahham et Nih'ad Kal'ii) au marché du cinéma arabe, et ont réussi à faire connaître leurs soucis, leurs spécificités et leur propre vision.
Après 1963, avec le changement des orientations socio-politiques, et le développement du secteur public, l'Organisation Nationale du Cinéma voit le jour. Ce fut, avec les quelques films réalisés alors, une deuxième naissance du cinéma syrien doté d'un ton différent grâce à des cinéastes ayant fait des études académiques en France, en Egypte, en Europe orientale, et en ex-URSS. Cette renaissance a débuté avec la trilogie "Des hommes sous le soleil", "Le léopard" (1972), réalisés par Nabil Al Maleh. "Le léopard" est considéré comme le premier film syrien contemporain doté d'éléments intellectuels et artistiques complémentaires. ÒLe couteauÓ de Khaled Hamadeh, novateur sur le plan de l'image expressive reste une référence pour ces années.
Les années soixante dix ont vu l'augmentation de la production cinématographique syrienne. Malgré cette augmentation, il a été impossible de créer une tradition pour une industrie locale du cinéma. Le secteur privé dont les films ont été taxés de commerciaux, a rivalisé avec le secteur public dont les films subventionnés par l'Etat s'illustrent par leur sérieux et leur sens aigu de traiter les sujets politiques et sociaux. Les intellectuels qui composent le public de ces films y ont trouvé quelques unes de leurs aspirations, de leurs idées et leur quête pour une identité du cinéma syrien.
Pendant les années soixante-dix, cette identité n'avait pas vraiment réussi à trouver son expression artistique, à cause de la rareté des films produits par l'Organisation nationale du cinéma, de la censure, de la prédominance de l'intellectuel sur l'artistique, et à cause d'une production qui n'a pas réussi à tirer profit de son expérience. Ces films, surtout des documentaires (ceux d'Omar Amirala'y, Nabil Maleh...) ont pourtant réussi à se frayer un chemin dans le cinéma des années quatre-vingt grâce à plusieurs cinéastes (comme Samir Zikra, Mohamed Malas, Oussama Mohammed). Leurs films qui ont abordé différemment le climat socio-politique et l'héritage historique, en concordance avec les préoccupations réelles de la société, ont un caractère visionnaire. Ces films de grandes qualités intellectuelles et artistiques ont été reconnu internationalement, et ont obtenu des prix et des appréciations dans plusieurs festivals de cinéma. Par leurs qualités propres, ces films ont enrichi le cinéma arabe et l'ont marqué, comme certains films égyptiens et tunisiens.
"Les rêves de la ville", "L'incident du demi-mètre" et "Les étoiles de la nuit", titres importants du cinéma des années quatre vingt et repères dans l'histoire du cinéma syrien, sont pourtant restés des voix isolées et n'ont pas réussi à créer un courant artistique. On ne peut qu'observer que chaque film a son propre succès, et chaque réalisateur a sa particularité qui ne se renouvelle pas, et ne s'instaure pas non plus.
Les années quatre-vingt-dix ont apporté des nouvelles voies, des nouvelles manières de traiter le cinéma, tout en renforçant le modèle du compositeur-réalisateur, adopté auparavant : Raymond Boutros dans ses tragédies "Les gourmands" et "Les déplacements", Abdellatif Abdelhamid dans ses comédies noires teintées d'un certain surréalisme "Les nuits du chacal", "Messages oraux" et "La montée de la pluie", Ryad Chaya dans ses tristes contemplations esthétiques d'ÓAllajatÓ, Maher Gaddo avec sa quête du poétique à l'intérieur de l'image cinématographique dans "Le périple", Mohammad Malas et Babil Al-Maleh, chacun tentant des nouvelles expériences "La nuit" et "Comparse".
On peut résumer ainsi l'histoire du cinéma syrien, un cinéma qui a atteint tardivement l'âge artistique adulte. Il avait, à chaque fois, réussi à renaître de ses cendres, par une opération césarienne (un film par an)... Son nouveau-né est souvent beau, complet, attirant les lumières, comme un enfant prodige.

Amar Alexan

 

Séléction 1999 - Palestine

Ismail ANZOUR - Sous le ciel de Damas (Tahta Simaa Dimashk) - 1931

Khaled HAMADEH - Le couteau (Al-Sikkîn) - 1972

Nabil MALEH - Le léopard (Al-Fahd) - 1972

Mohammed MALASS - Les rêves de la ville (Ahlam El-Madina) - 1984

Oussama MOHAMMAD - Etoiles de jour (Nujûm Al'Nahâr) - 1988

Abdellatif ABDELHAMID - Les nuits du chacal (Layali Ibn Awa) - 1989

Mustafa AL-RACHED - Les amoureux de la ligne de pluie (Oshak Khat Al-Mattar) - 1992

 

 



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