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SELECTION 1999

José REVUELTAS - Double destinée (La otra) de Roberto Gavaldon - 1946

Pedro DE URDIMALAS - Nous les pauvres (Nosotros los pobres) de Ismael Rodriguez - 1947

Alejandro GALINDO - Une famille parmi d'autres (Una familia de tantas) de Alejandro Galindo -
1948

Mauricio MAGDALENO - La villageoise (Pueblerina) de Emilio Fernandez - 1948

Alvaro CUSTODIO - Femme interdite (Sensualidad) de Alberto Gout - 1950

Juan DE LA CABADA - Le bras fort (El brazo fuerte) de Giovanni Korporal - 1958

Emilio CARBALLIDO - Macario de Roberto Gavaldon - 1959

Ricardo GARIBAY - Les frères de fer (Los hermanos del Hierro) de Ismael Rodriguez - 1961

Janet et Luis ALCORIZA - Le gangster (El gangster) de Luis Alcoriza - 1964

Julio ALEJANDRO - Simon du désert (Simon del desierto) - de Luis Buñuel - 1964

Tomas PEREZ TURRENT - Canoa de Felipe Cazals - 1975

Vicente LENERO - Mariana Mariana de Alberto Isaac - 1986

Paz Alicia GARCIADIEGO - Mensonges pieux (Mentiras piadosas) de Arturo Ripstein - 1988

Beatriz NOVARO - Danzon de Maria Novaro - 1990

Ignacio ORTIZ - La femme de Benjamin (La mujer de Benjamin) de Carlos Carrera - 1990




"Le gangster"

 

"Mensonges pieux"


LES SCENARISTES MEXICAINS - suite -

Le nom de Luis Alcoriza (1918-1992) est aussi associé à celui de Buñuel. Ancien acteur, membre d'une famille de comédiens qui pendant une des ses tournées en Amérique latine, fut surprise par la prise du pouvoir par Franco et qui de ce fait décida de rester au Mexique où Alcoriza demanda sa naturalisation en 1939. Auteur de cinéma depuis 1940 (il interpréta très souvent le rôle du Christ et ceux de nombreux saints, déjà joués au théâtre), il finit par écrire des scénari, le plus souvent avec son épouse Janet, sans pour autant abandonner son métier d'acteur. Avec "El ahijado de la muerte" (1946) (de Norman Foster, de qui il se considérait le disciple),il débuta comme scénariste au côté de Foster lui-même et de Janet Riesenfeld-Alcoriza). Sa carrière dans ce domaine comprend soixante-six films dont dix réalisés par Buñuel (parmi lesquels des oeuvres aussi connues que "Los olvidados", "El bruto", "El", "El angel exterminador"). Pendant la période mexicaine de Buñuel, Alcoriza fut son écrivain le plus important. Pour le reste, il fut toujours un écrivain professionnel et très solide, fonctionnel (Norman Foster venait d'Hollywood), discipliné et capable de toucher à tous les styles, avec une préférence pour le concret plutôt pour la théorie ou le concept, il avait un goût particulier pour les dialogues précis. Cela explique les bons rapports qu'il a entretenus avec Buñel. Parmi les films, on peut mettre en évidence, en plus de ceux de Buñuel, la comédie "El Inocente" (1955) écrite avec Janet, "El toro negro" (1959) qui fut le meilleur film jamais réalisé au Mexique sur la tauromachie, grâce à un scénario d'une grande maturité et portant un regard critique sur le mythe du succès, "El esqueleto de la señora Morales" (1959) de Rogelio Gonzalez, satire sociale, où on retrouvait l'humour noir anglo-saxon, espagnol et mexicain.
Une destruction partielle au moment de la mise en image a poussé Alcoriza à se lancer dans la réalisation, appuyé par celui qui avait été le réalisateur de ces deux derniers films. En 1960, Alcoriza débuta comme réalisateur avec "Los jovenes" et sa filmographie comprend vingt-trois films (dont deux réalisés en Espagne). Tous sauf "Amor y sexo" (1963) et le dernier "La sombra del ciprès es alargada" (1989) portent tous la trace de sa participation au scénario. De ses films se détachent "Tlayucan" (1961), "Tiburoneros" (1962), "Tarahumara" (64), Mécanica nacional" (1971), "Lo que importa es vivir" (1985). Mais avant tout, comme ce fut le cas pour Mauricio Magdaleno, il fut scénariste.

Un autre scénariste-scénariste, en plus d'être romancier, dramaturge et journaliste, se trouve être Vicente Leñero (1933) qui arriva à l'écriture de films après avoir publié plusieurs romans, livres de contes, plusieurs pièces de théâtre et des essais. Ecrivain à plusieurs facettes, il arriva au cinéma tout à fait par hasard après avoir été critique dans un journal. Le cinéaste Jorge Fons insista pour qu'il adapte son propre roman et pièce de théâtre "Los albañiles" (1976) car sa vision du cinéma populaire convenait très bien au cinéma. Ensuite vinrent "Cadena perpetua" (1978) et "La Tia Alejandra" (1979) de Arturo Ripstein, "Estudio Q" (1981) de Marcela Fernandez Violante, "Mariana, Mariana" (1987) de José Estrada, "Miroslava" (1992) de Alejandro Pelayo, "El callejón de los milagros" (1994) de Jorge Fons. Bien que ce dernier eut plus de succès, le meilleur reste "Cadena perpetua" en raison de sa compréhension précise du thriller et du monde fermé et obsessionnel de Arturo Ripstein : c'est un récit qui se passe dans la ville de Mexico (avec une partie du récit dans une île prison) et cependant l'ambiance y est aussi suffocante que si tout se passait entre quatre murs. Du point de vue de la structure et de la narration, il s'agit d'une oeuvre riche, complexe et dense.

Alejandro Galindo (1906-1999) fut aussi un scénariste-réalisateur. Il a débuté sa carrière en tant que scénariste de "La isla maldita" (1936), puis de "El baùl macabro" (1936) et de "Ave sin rumbo" (1937). Il débuta en tant que scénariste et réalisateur du court métrage "Tierra de emperadores" (1937) et immédiatement après ses débuts en tant que réalisateur et co-scénariste du long métrage "Almas rebeldes" (1937). Sa carrière fut prolifique avec une filmographie qui compte soixante-douze films en presque cinquante ans. Il fut aussi l'unique scénariste des meilleurs d'entre-eux dont "Campeón sin corona" (1945), "Esquina bajan" (1948), "Confidencias de un ruletero" (1949), "Espaldas mojadas" (1953) ainsi que de deux de ses oeuvres maîtresses "Una familia de tantas" (1948) et "Hay lugar para dos" (1949). Le fait de devoir réaliser deux à trois films par an ne lui constituait en rien un obstacle. Dans ses meilleures périodes, il fut celui qui comprit le mieux les changements de la classe moyenne urbaine ("Una familia de tantas") et celui qui a le mieux dépeint les personnages populaires tels que les chauffeurs de bus urbains, les boxeurs (et leurs complexes), les chauffeurs de taxi ainsi que les travailleurs immigrés. L'ensemble de son oeuvre brille par la perception du langage populaire et la manière de dépeindre la réalité, en particulier, la réalité urbaine (on dit qu'il se représentait la ville de Mexico comme un monument au sein duquel le cinéma ployait sous le poids de l'histoire et du paradis provincial). Sa longue carrière (1934-1985) fut naturellement inégale (dans les années soixante, on le disait boudeur et tenant des discours moralisateurs) mais on se doit de la considérer comme des plus intéressantes.

On peut dire que la carrière de Juan Bustillo Oro (1904-1989), qui en près de quarante années de travail (1927-1965) et une filmographie de soixante-deux réalisations, est très semblable à celle de Galindo, en ce sens que Juan Bustillo fut aussi scénariste : il était destiné à la comédie nostalgique (réactionnaire) qui reflétait la crainte que nourrissait la classe moyenne à l'égard de la révolution (1910-1917) plus que probable ainsi que des délices de la paix et de la dictature de Diaz. Il a touché à tous les genres, avec principalement des comédies, faisant toujours preuve d'un entrain indubitable et à la fin de sa longue carrière, il s'est contenté de refaire ses succès des années trente et quarante.

Julio Bracho fut moins prolifique : en effet, en trente-six années de carrière professionnelle (1941-1977), il réalisa quarante-cinq films, la plupart d'entre eux en qualité de scénariste. Qui plus est, il a débuté dans le monde du cinéma en 1938 et dans ces années-là il a fait preuve d'un travail constant au sein du théâtre d'avant-garde, fondateur de troupes de théâtre scolaire, du théâtre d'orientation des beaux arts, du théâtre des travailleurs et du premier théâtre universitaire. Deux de ses films se distinguent de l'ensemble de ses oeuvres : "Rosenda" (1948), pour lequel Bracho adapta à l'écran un roman sur la province sans folklore et y a dépeint un sentiment tragique. La seconde de ses adaptations "La sombra del caudillo" (1960), fut interdite par le pouvoir, qui en acheta l'ensemble des copies et détruit le négatif. Le film a survécu grâce à la cinémathèque de l'UNAM qui a sauvé une copie en 16 mm. Elle a été rendue publique pour la première fois en 1990 : une adaptation modèle, une oeuvre très importante constituant une réflexion sur le militarisme autoritaire, la corruption et tous les vices hérités de la révolution de 1910, d'un point de vue historique et d'un point de vue cinématographique.

Deux mots aussi au sujet de Ismael Rodriguez et de sa trilogie délirante sur les pauvres, sommet du mélodrame mexicain habillé de néoréalisme : "Nosotros los pobres" (1947), "Ustedes los ricos" (1948) et "Pepe el toro" (1952). Elle constitue encore aujourd'hui une référence obligée.

Quant à la nouvelle génération, un nombre important de scénaristes fait son apparition même s'ils ne pourront jamais rivaliser avec les chiffres des générations passées. Dans les années cinquante, la moyenne annuelle était de cent films, ces quinze dernières années, huit à dix films ont été réalisés par an.
De manière générale, un scénariste peut voir de nombreuses années s'écouler sans que son travail ne soit monté. Cela n'a pas empêché des travaux de très bonne qualité, comme ceux de Ignacio Ortiz (1960), diplômé du C.C.C (Centre de Capacité Cinématographique), qui à l'issue de sa formation scolaire, a débuté avec "La mujer de Benjamin" (1991), remarquable opéra de Carlos Carrera, puis a poursuivi sa carrière avec "La vida conyugal" (1992), "Desiertos mares" (1994) de José Luis Garcia-Agraz , a écrit et réalisé ensuite le court métrage "Hombre que no escuchaba boleros" (1994), et fut l'auteur et le réalisateur de "La orilla de la tierra" (1995), une oeuvre insolite sur Oaxaca et le laisser-aller des habitants mâles, qui donne une vision de la fin du monde. Ortiz posséde un don inné du récit cinématographique et de son langage elliptique.

Le cinéma a traditionnellement été un domaine fermé aux femmes (sauf en ce qui concerne les actrices, maquilleuses, costumières et autres fonctions) ; c'est un monde machiste et misogyne. C'est la raison pour laquelle on peut remarquer l'émergence d'un groupe de scénaristes doués, qui ont débuté avec Paz Alicia Garciadiego, écrivain, inspiratrice pour ses six derniers films d'Arturo Ripstein de qui elle devint l'épouse (en plus d'un épisode de "Ciudad de ciegos" (1990) de Alberto Cortès). Elle comprenait si bien Ripstein, son univers et ses obsessions.
Sabina Bergman est à l'origine dramaturge, romancière, conteuse et poète. Elle débuta au cinéma comme co-scénariste avec Vincente Leñero dans "La tía Alejandra" (Ripstein, 1979), comme scénariste et co-réalisatrice du court métrage "El arbol de la mùsica" (1994) et comme adaptatrice de sa propre pièce "Entre Pancho Villa y una mujer desnuda" (Isabel Tardàn, 1995).
Beatriz Novaro, romancière et auteur de nombreux récits, débuta dans le monde du scénario avec "Azul" (1988), court métrage de Maria Novaro, "Lola" (1989), le remarquable "Danzon" (1990) et "El jardin del Edèn" (1995), tous de Maria Novaro.
Marcela Fuentes Berain est l'auteur de l'étonnant scénario de "Hasta morir" (Fernando Sariñana, 1993) et a à son actif deux scénari intelligents ayant déjà un metteur en scène mais aucun producteur. Le dernière venue est Maria Amparo Escandón, d'origine mexicaine mais vivant à Los Angeles depuis de nombreuses années. Ses débuts dans "Santitos" (Alejandro Springall, 1999) ont été présentés comme étant l'événement majeur du cinéma mexicain contemporain ; elle base son histoire sur les croyances et la religiosité des mexicains avec beaucoup de force et de simplicité. Le domaine est riche.

Tomas Pérez Turrent
Traduit de l'espagnol par Loïk Allain


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