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PANORAMA DES ANDES :
24 RÉALISATEURS / 24 FILMS.
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Bolivie
Chili

"Kukuli" de Luis Figueroa - 1961

 

 

 

 

 

Kukuli - Luis FIGUEROA - Pérou - 1961
Mirage (espejismo) - A. ROBLES GODOY - Pérou - 1972
Où naissent les condors (kuntur wachana) - F. GARCIA HURTADO - Pérou - 1977
La ville et les chiens (la ciudad y los perros) - Francisco J. LOMBARDI - Pérou - 1985
Alias la gringa - Alberto DURANT - Pérou - 1991

 

 

 

 

 

 

 

"Alias la gringa" de Alberto Durant - 1991


PANORAMA DU CINÉMA DES ANDES - PÉROU

(Programme du 13ème Festival des 3 Continents, Novembre 1991)

Le cinéma débute au Pérou le samedi 2 janvier 1897 lors de la première séance publique du "Vitascope d'Edison". Cette séance eut lieu à Lima en plein centre de la capitale au jardin Estraburgo en présence du Président de la République Nicolas de Piérola.
L'appareil des frères Lumière, le cinématographe, arrive avec un certain retard et fait sa première apparition en février 1897.
Le public qui voit la naissance du cinéma au Pérou fait partie de ce qu'on appelle "les enfants de la prodigalité et de l'anarchie" qui donne suite à la guerre du Pacifique et du chaos de cette époque. Ces mêmes citoyens proviennent de ce qui fut appelé "la République Aristocrate" dans laquelle 5 % de la population a le droit de vote et l'organisation du gouvernement est dans les mains des classes dirigeantes.
C'est une période dilettante pendant laquelle l'Etat de droit est imposé, bien que limité et exclusif.
L'Europe et surtout Paris ont marqué de leurs empreintes la vie quotidienne des Péruviens à tel point que Lima commence à se transformer en acquérant une physionomie française représentée par un certain art de vivre.
Le cinéma péruvien se développe très vite. Des imprésarios ambulants traversent tout le pays avec l'intention de répandre le cinéma au Pérou. En avril 1899 la projection de films sur le paysage péruvien marque le début du cinéma géographique. Ces premières images s'appellent "La Catedral de Lima" (La cathédrale de Lima), "Camino a la Orova" (Chemin vers l'Orova) et "Chanochamayo". Leurs réalisateurs restent anonymes. Par contre, on connaît le nom de Juan José Pont qui décide en 1904 de filmer divers endroits de Lima et d'en faire un montage. "La salida de Misa de la Iglesia de San Pedro" (la sortie de messe de l'église St Pedro), "El Paseo Colon" (Le passage Colon) et "El jiron de la Union" (Le lambeau d'union) ont été projetés dans plusieurs endroits à partir du 23 janvier 1904. Celles-ci sont les premières images dont on peut identifier l'auteur avec certitude.
La première décennie du siècle voit apparaître de nombreux films documentaires financés par les compagnies propriétaires des salles de cinéma. Ces documentaires passaient en avant-séance. Le plus grand producteur de ces années-là est la compagnie "Cinema Teatro". Le cinéaste le plus important est Jorge Enrique Goitizolo, un jeune photographe qui réalise les images des plus grands succès de cette époque "Ejercio de fuego de los grandes canones" (Exercice des grands canons), "La jura de la Bandera" (Le serment du drapeau) et surtout "Los Centauros Peruanos" (Les centaures péruviens).
Le 14 avril 1913 marque la première du film "Negocio al Agua" (Commerce d'eau) une comédie en cinq parties. C'est le premier film de fiction réalisé au Pérou. Financé par la compagnie "Cinema Teatro", le scénario est de Federico Blume et Corbacho et le réalisateur est Jorge Goitizolo. En juillet de cette même année la compagnie "Internationale cinématographique" présente la première de son film "Del Manicomio al Matrimonio" (De l'hôpital psychiatrique au mariage) écrit par Isabel Sanchez Concha et réalisé par Fernando Lund. Ce deuxième film de fiction s'inspire des histoires galantes typiques des films français de l'époque comme ceux d'Eclair, Gaumont et Pathé.
Ces deux films sont les seuls films de fiction réalisés pendant la deuxième décennie.
Il est probable que la 1ère guerre mondiale et le manque de pellicules soient les causes de la faible production de films pendant cette période, mais ceci est peut être dû aussi à l'aliénation du cinéma péruvien de cette époque, les films visant à reproduire ceux venant de l'étranger.
Cependant ce public exige la qualité technique des films étrangers et non pas de mauvaises reproductions péruviennes de comédies sophistiquées inspirées par l'étranger. Personne n'essaye de créer un cinéma local exprimant l'exotisme et le folklore du pays ou bien traitant du métissage et des indigènes comme on le fait dans les pays voisins. Ces derniers sont à la recherche d'un cinéma revendiquant leur propre histoire, leurs traditions ainsi que leurs rêves et leur imagination.
Les années 20 commencent avec la première du film "Camino de la Verganza" (Chemin de la vengeance) en 1922, production de "Lima Films", réalisé par Luis Ugarte. C'est le film le plus long qui ait été réalisé jusqu'à cette date. Toutefois le premier long métrage ayant des critères techniques occidentaux est "Paginas Heroicas" (Les pages héroïques). Malheureusement le film est censuré et interdit dès la première en décembre 1926. Les autorités craignent que le film affecte les relations diplomatiques avec le Chili, délicates depuis la guerre du Pacifique. Ce film exprime les attitudes sentimentales et nationalistes des femmes péruviennes qui assistèrent le blessé au front. Le premier long métrage réalisé au Pérou n'a donc jamais été montré au public.
En 1927, "Luis Pardo" apparaît sur les écrans. Ce film réalisé par Enrique Cornejo Villanueva rencontre un grand succès public. C'est l'histoire d'un bandit, Luis Pardo, qui vole aux riches pour donner aux pauvres. Cette histoire fait partie des légendes populaires et Villanueva ajoute des éléments romantiques et picaresques typiques des films d'aventure hollywoodiens de l'époque.
En 1928 "La Perricholi" de Enzo Longhi est la biographie imaginaire de l'actrice métisse Micaela Villegas alias Perricholi. D'après l'histoire elle séduit le vice-roi catalan Manuel de Amat et ]unient. Sa projection lors de l'Exposition Universelle à Séville en 1928 lui apporte beaucoup de prestige car on l'associe aux grands spectacles d'Ernst Lubitsch de l'époque. C'est le premier film péruvien projeté et apprécié à l'étranger.
Le nom le plus important de la période du cinéma muet est celui du chilien Alberto Santana qui fonde une compagnie de production "Patria Films".
Avec celle-ci il réalise des films dans le but de créer les fondements d'une industrie filmique. Ceci n'a jamais pu se concrétiser au Pérou.
1929 "Los abismos de la Vida" (Les abîmes de la vie), "Como Chaplin" (Comme Chaplin), 1930 "Mientras Lima Duerme" (Pendant qu'on dort à Lima), "Alma Peruana" (L'âme péruvienne), "La chicas del jiron de la Union" (Les filles du lambeau d'union), 1933 "Yo perdi mi corazon en Lima" (J'ai perdu mon coeur à Lima), 1934 "Como seran vuestros hijos" (Comment seront vos enfants) sont les titres qui rencontrent l'adhésion massive du public. Santana fait appel au mélodrame et à la comédie typiques du cinéma américain qui domine le marché péruvien. La chute de 1929 et la récession qui suit, diminuent la fréquentation des salles de cinéma, le projet de Santana s'écroule.
Le premier film sonore réalisé au Pérou est en 1934 "Rescasa" de Santana. Ce film est sonorisé avec des disques. Le son optique est utilisé dans "Buscando Olvido" en 1936.
En 1937, la compagnie "Amauta Films" acquiert la technologie nécessaire à la réalisation de films sonores, alors débute une période durant laquelle 14 films longs métrages sont réalisés.
C'est une période importante du "cinéma créole" fait avec des moyens précaires mais rencontrant un succès économique remarquable. Des films comme "La bailarina loca" (La ballerine folle) 1937, "Gallo de mi Galpon" (Le coq de mon hangar) 1938, "El guapo del Pueblo" (Le beau garçon du village) 1938 ou "Palomillas del Rimac" (Les petits pigeons du rimac) évoquent tous les gestes et coutumes des habitants des quartiers traditionnels de Lima en voie de disparition.
Ces films sont réalisés selon les critères du cinéma mexicain de l'époque qui cherche une identité nationale en utilisant la musique et des personnages d'inspiration populaire et qui sont un point de rencontre et de dissolution de tous les conflits sociaux.
Avec Amauta Films débute une période de films à thèmes sociaux.
Ce genre de film s'appelle la "Comédie de la vie". Ils sont fait de chansons et d'anecdotes de la vie quotidienne, et utilisent les caractéristiques des comédies de "canaille" qui racontent toutes les misères, les sentiments et les ambitions du milieu populaire. On y voit tous les personnages inspirés par le paysan: "El guapo et el gallo" (Le beau et le coq) et "El palomillo" (Le petit pigeon).
Toute la "couleur" des quartiers populaires, les drames quotidiens et la 'Jarana" (fête populaire) sont utilisés par les réalisateurs d'Amauta films comme Ricardo Villarain et Sigifredo Sales. Manuel Trullen, un photographe et Francisco Diumenjo, un ingénieur du son contribuent à la réalisation de ces films. Amauta films crée une "sociologie filmique" des quartiers populaires du Lima des années 30.
La difficulté de trouver des matériaux cinématographiques durant la seconde guerre mondiale, la concurrence du cinéma mexicain et l'étroitesse du marché péruvien arrêtent l'expérience de Amauta Films. Une fois de plus, la possibilité de créer une industrie cinématographique au Pérou disparaît.
A part quelques mauvais films ne remportant que peu de succès, le cinéma péruvien s'arrête jusqu'aux années 50. Dès lors commence l'expérience cinématographique que Georges Sadoul appelle "L'Ecole de Cusco". En décembre 1955 le ciné-club de Cusco commence des séances dans le but de répandre la culture cinématographique et la réalisation de films. Dans la capitale, ancien siège de l'Empire inca, les animateurs du cinéclub Cusco dont Manuel et Victor Chambi, Luis Figueroa et Eulogio Nishiyama font des films qui lient le thème du monde indigène et de ses habitants aux critères du cinéma péruvien. Manuel Chambi réalise le documentaire le plus remarquable sur le thème indigène avec des films comme "Carnaval de Kanas" (1956), "Lucero de nieve" (L'étoile des neiges) (1956), "Noche y alba" (Nuit et aube) (1959), "Las nieves" (La fête des neiges) (1960), "Estampas del carnaval de Kanas" (Empreintes du carnaval de Kanas) (1963).
La contribution la plus importante des cinéastes de l'Ecole de Cusco est la réalisation du long métrage de fiction "Kukuli" (1960) de Luis Figueroa, Eulogio Nishiyama et César Villanueva. Ces derniers réalisent également "Jarawi" en 1966.
La contribution de ces cinéastes est d'une grande importance dans la mesure où elle fait prendre conscience d'un aspect de la réalité péruvienne, celle des indigènes. Pour la première fois au Pérou, le cinéma devient un moyen d'expression de sa propre culture, d'autant plus qu'il rend hommage aux marginaux: les Indiens.
Le cinéma prend une place aussi importante que la littérature ou les arts plastiques.
Les années 60 voient la naissance de "Parlons de cinéma", l'une des revues de langue espagnole la plus répandue avec 77 éditions. Cette revue naît de l'idée de Armando Robles Godoy qui en 1965, réalise son premier long métrage "Ganaras el Pan" (Gagneras-tu le pain), alors qu'au Pérou les films ne se faisaient qu'en co-productions avec le Mexique.
L'importance de Robles Godoy est remarquable. C'est le premier réalisateur à faire preuve d'une conscience professionnelle dans tous ses films. "En la salva no hay estrellas" (Il n'y a pas d'étoiles dans la jungle) (1967), "La Muralla verde" (La muraille verte) (1970), "Espejismo" (Mirage) (1973) et "Sonata soledad" (Sonate de la solitude) (1987), tous exposent une réalité abstraite et mentale de l'univers présenté. Robles marque son empreinte en créant un style cinématographique propre. C'est un style kaléidoscopique fait avec des fragments de périodes et des transitions abruptes.
Robles est aussi un militant dans la mesure où il réussit à mettre en place une législation cinématographique. En 1972, un décret donne un stimulant décisif au cinéma péruvien. Grâce à cette loi tous les films courts et longs métrages doivent être projetés obligatoirement dans toutes les salles du pays et les producteurs doivent récupérer un pourcentage sur les impôts des salles. Ceci permet la réalisation de presque 1000 courts métrages et 50 longs métrages sur 20 ans.
Des cinéastes comme Federico Garcia ("Kuntur wachana", "El Caso Huayanay : Testimonio de parte", "Tupac Amaru", "El Socio de Dios" etc...), groupe Chaski ("Gregorio, Juliana"), Luis Llosa ("Mision en los Andes", "Calles peligrosas"), José Carlos Huayhuaca ("Profesion : Detective) ou Francisco Lombardi ("Muerte al amanecer", "Muerte de un magnate", "Maruja en el infierno", "La ciudad y los perros", "La Boca del lobo", "Caidos del cielo") ont commencé et continuent une carrière qui leur donne une reconnaissance dans leur pays et des prix dans des festivals étrangers.
Lima et sa campagne, le présent et l'histoire ainsi que la situation catastrophique du pays, la violence et le terrorisme de ces dernières années traités de près par l'ensemble de ces cinéastes, la vision politique du conflit dans les Andes qui sont les thèmes de plusieurs films de Garcia alternent avec les problèmes de la ville et de la dramaturgie citadine que traite Lombardi, ce sont les cinéastes les plus prolifiques.
Malgré tout, la crise économique des années 80 menace l'existence du cinéma péruvien. La fermeture massive des salles de cinéma (en 1988, 229 salles, en 1990 à peine 179), la baisse de fréquentation des salles, l'impossibilité de trouver des moyens de financement interne et la diminution de l'aide de l'Etat ont amené le cinéma péruvien à une situation très compromise. Seul l'avenir dissipera l'incertitude des réelles possibilités de continuer cette activité passionnante.

Ricardo Bedoya

 



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