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Les cinéastes arabes du Moyen-Orient :

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LES CINEASTES ARABES DU MOYEN-ORIENT

LES PAYS DU GOLFE

Le cinéma des pays du Golfe n'est aujourd'hui confronté qu'à un seul problème principal : le manque d'intérêt. Les huit pays et Etats du Golfe Ñ Arabie Saoudite, Koweït, Bahreïn, Emirats arabes unis, Oman, Qatar, Yémen et Irak Ñ connaissent la crise du "manque d'intérêt". Les secteurs public et privé en sont responsables à parts égales. Cette absence d'intérêt pour le fonctionnement d'une industrie cinématographique dans cette région du monde est la cause essentielle de l'absence de tout financement. En conséquence, la quantité de films réalisés depuis environ trente ans reste négligeable.

Pourtant, on notera que chacun des pays de la région s'est intéressé au problème de manières variées au fil des ans et on compte aujourd'hui quelques figures qui tentent de faire l'impossible, c'est-à-dire faire des films.

Au Koweït par exemple, Khalid Siddik est entré dans l'histoire en réalisant "Bas ya Bahr" en 1972, très belle fable en noir et blanc sur les hommes, les femmes, la mer et la société. Bien que le premier film de fiction koweïtien ait été tourné sept ans plus tôt (le très méconnu "The Storm" de Mohammed Al-Sanousi), "Bas ya Bahr" marque la naissance du cinéma koweïtien. D'autres films furent réalisés par la suite, dont deux signés Khalid Siddik, mais aucun ne renouvela ce premier succès international.

A Bahreïn, Bassam Al-Zeidi, diplômé d'une école de cinéma au Caire en 1982 et qui travaille aujourd'hui encore pour la télévision, brisa le silence avec "The Barrier" en 1990. Dans les Emirats arabes unis, les tentatives se limitèrent à quelques courts métrages, situation analogue au Qatar, au Yémen et à Oman. Mais en Arabie Saoudite, Abdullah Moheissin parvint à rompre la tradition en s'imposant avec succès sur la scène arabe en tant que documentariste : il a à son actif trois longs métrages documentaires réalisés dans les années quatre-vingt, ainsi qu'un court métrage d'animation.

Quant à l'Irak, la guerre a mis un terme à une période très prolifique. Le cinéma irakien est né dans les années quarante et cinquante. La fréquentation des salles de Bagdad était la plus forte des villes arabes, conséquence de l'ouverture de la société irakienne. Après l'arrivée au pouvoir du parti Baas, une fondation publique du cinéma fut instituée : elle produisit de nombreux films de toutes sortes, mais la plupart ne furent que des outils de propagande.

Bien que la guerre du Golfe ait affecté de nombreux pays de la région (mais pas tous), le fait que les populations locales n'aspirent à aucun changement culturel profond constitue un véritable problème. Les produits américains et égyptiens répondent aux attentes des spectateurs qui ne semblent guère se soucier de voir leurs cinémas nationaux présentés à parts égales sur les écrans. Ces dernières années, de nouvelles salles de cinéma ont ouvert leurs portes au Qatar, au Koweït, dans les Emirats arabes unis et à Bahreïn, mais elles ne laissent entrer que des produits hollywoodiens. Les distributeurs nationaux n'ont pas d'hésitation quant à ce qui est commercialement viable, tandis que les investisseurs ne se pressent pas pour investir dans une industrie dont ils ignorent tout. En outre, le nombre de spectateurs habitués à regarder un film (ancien ou relativement récent) à la télévision s'est accru avec l'expansion récente des chaînes de télévision par satellite.

Dans un tel contexte, les cinéastes, qui ont pour la plupart appris le cinéma aux Etats-Unis ou en Egypte sans être parvenus à s'imposer dans leur pays, ont fondé une association pour la promotion et la réalisation de leurs films dans la région. Abdullah Moheissin en a pris la tête et elle compte parmi ses membres Bassam Al-Zowadi. Cette association se donne pour but la production collective de films, mais ne dispose pas des moyens financiers nécessaires pour y parvenir. Le facteur très encourageant vient de la nouvelle génération d'intellectuels du cinéma, les lecteurs d'ouvrages théoriques et critiques sur le cinéma et les amateurs de bons films, quand bien même ils ne peuvent les voir qu'en vidéo. Certains ont exprimé le souhait de pouvoir découvrir des films du monde entier, pas uniquement sortis des usines hollywoodiennes ou cairotes. Il est à espérer que tous ces éléments dispersés réussissent à se rassembler dans un avenir proche, afin de faire naître un vrai cinéma du Golfe. Si sa taille peut rester modeste, il aura néanmoins besoin des efforts collectifs de tous les participants.

Mohammed Rouda
Traduit de l'anglais par Jean-François Cornu

 

Séléction 1999 - Koweit

Khalid SIDDIK - Mer cruelle (Bas Ya Bahr) - 1971

 



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