HOME-VIDEOS NIGERIANES
(Programme
du 25ème Festival des 3 Continents, Novembre 2003)
Le
phénomène est apparu au début des années
90 : une production très vite croissante de films tournés
en vidéo et distribués en VHS ou VCD. En moins de dix
ans, le Nigéria, dont le cinéma était à
l'abandon (plus de salles et pas plus de films), s'est mis à
produire plusieurs centaines de fictions par an. Des films bon marché,
faits dans l'espoir d'un profit immédiat. D'abord destinée
au marché intérieur (le Nigéria, avec 120 millions
d'habitants, est le pays le plus peuplé d'Afrique), cette production
s'exporte de plus en plus en Afrique et dans la diaspora nigériane.
Le succès commercial et l'assurance de profits élevés
ont d'abord été tels que la production est devenue pléthorique,
au point que les producteurs se sont imposés au début
de 2002 une pause de 3 mois, pour assainir le marché. On parle
désormais de 2 à 3 000 films par an.
Des
fictions à la chaîne et quelques personnalités marquantes
Financées
essentiellement par les distributeurs, à l'écart des circuits
de coproduction internationale et de la télévision, les
vidéos nigérianes sont incontestablement des films de
genre commerciaux, inspirés par un spectre très large
qui va des telenovelas brésiliennes aux films indiens ou de Hong-Kong.
Les conditions de production sont le plus souvent très précaires
: quelques jours de tournage, cadrages sans imagination, effets spéciaux
vidéos antédiluviens, comédiens amateurs... Les
scénarios sont le plus souvent tout aussi sommaires : adultères,
violence, magie. Pourtant, il se dégage de tout cela une énergie
étonnante qui fait parfois penser aux premiers pas d'Hollywood.
Il émerge de cet ensemble quelques films mêlant adroitement
portée générale du conte et prise en compte directe
de la réalité nigériane. "Thunderbolt"
de Tunde Kelani (qui ne tourne, avec soin, que deux films par an !),
par exemple, est une chronique extrêmement vivante, menée
par une remarquable comédienne. De cette industrie en formation,
unique au monde par sa vigueur, pourrait bien sortir un nouvel avenir
pour le cinéma africain.
Thunderbolt
- Tunde Kelani - 2001
Hostages
1 et 2 - Tade Odigan - 1997
The
Adulteress - Simisela Opeluwa - 2003
White
Handkerchief - Tunde Kelani - 2000
A
place called home - Mahmood Ali-Balogun - 1998
Twins
of the rain forest - Odion P. Agboh - 1998
Something
Else - Seke Somulu - 2003