LES CINEASTES ARABES
DU MOYEN-ORIENT
LIBAN
Si les origines
du cinéma libanais remontent au début des années
trente avec la réalisation des "Aventures" d'Alias
Mabrouk, premier long métrage libanais, le cinéma du Liban
n'a connu qu'une activité réduite et sporadique. Il va
sans dire que le Liban dispose des talents, de la culture, de la nature
et de l'ambition de faire des films. Il lui manque cependant les sources
de financement essentielles, qu'elles proviennent de l'Etat ou d'entités
privées.
Après l'indépendance en 1941, un certain nombre de films
ont également été produits. Il s'agissait, en général,
avant tout de comédies, et de drames romantiques, chacun de ces
genres étant motivé par le désir de toucher un
public de masse sur le modèle du cinéma égyptien.
Dans les années cinquante et au début des années
soixante, on produisit de nouveaux films libanais qui se démarquèrent
du schéma égyptien, mais ils n'eurent guère d'impact
commercial. La critique accueillit favorablement certains d'entre eux,
comme "Le Poison blanc", film policier destiné à
prévenir le public des dangers de la drogue. Georges Nasser présenta
"Où ça ?" comme le tout premier film d'art et
essai libanais. On tenta également avec sincérité,
mais en vain, d'adapter Les Ailes brisées de Khalil Gibran au
cinéma.
Au milieu des années soixante, le contexte cinématographique
libanais connut un bouleversement. En Egypte, Gamal Abdel Nasser nationalisa
les infrastructures nationales et de nombreux producteurs et financiers
se précipitèrent en masse au Liban pour y produire leurs
films. Plus de trente films furent réalisés en moins de
cinq ans, mais la plupart étaient des produits de consommation
courante dans la traditionnelle veine du cinéma commercial égyptien,
confectionnés par des metteurs en scène et des acteurs
égyptiens, parlant avec l'accent égyptien. Après
cette embellie, les réalisateurs égyptiens retournèrent
au Caire, suivis par de nombreux bailleurs de fonds libanais désireux
de produire des films égyptiens. Ceux-ci restèrent au
Caire jusqu'au début des années quatre-vingt, où
ils dominèrent le secteur privé du cinéma égyptien
en monopolisant la distribution des films réalisés en
Egypte.
La fin des années soixante et le début des années
soixante-dix représentent une période cruciale du cinéma
libanais. Au cours de cette période qui précéda
la guerre civile, nombre de films s'intéressèrent à
la situation politique. L'une des tendances principales de ce cinéma
se caractérisa par le traitement de la cause palestinienne. Si
la plupart ne relèvait que de la catégorie des films d'action
où le contexte politique n'est qu'un prétexte, ils jouèrent
néanmoins tous un rôle quant au problème de la guerre
israélo-arabe.
Pendant la guerre civile qui se déclencha en 1975, deux types
de films virent le jour : des films qui ignoraient la situation du pays,
d'autres qui évoquaient directement la guerre et son impact sur
la société libanaise. Tandis que Maroun Bagdadi attirait
l'attention du cinéma mondial (et du cinéma français,
en particulier) avec des films comme "Les Petites Guerres"
et "L'homme voilé", d'autres cinéastes s'exprimaient
médiocrement, et à usage interne, sur la guerre : parmi
ces derniers, citons Rafik Hajjar (The Hideaway) et Borhan Alawiah ("Beirut-The
Counter"). Boran Alawiah eut la possibilité de se rendre
en Europe, mais ses efforts cinématographiques restèrent
limités.
Aujourd'hui, le cinéma libanais est parvenu à un carrefour,
mais il ne sait quelle direction prendre : d'un côté, on
compte de nombreux jeunes cinéastes qui réalisent courts
et longs métrages, aussi bien documentaires que de fiction. De
l'autre, et malgré une production moyenne de deux longs métrages
par an depuis 1993, la question du financement demeure le problème
principal. Beaucoup de cinéastes sont dans l'impossibilité
de tourner des scénarios qui n'attendent plus que ça.
West Beirut, dans lequel Ziad Doueiri traite la gravité de la
guerre avec ironie, est l'un des rares succès commerciaux, tant
aux niveaux national qu'international, des sept dernières années.
Mohammed Rouda
Traduit de l'anglais par Jean-François Cornu
Séléction
1999 - Liban
Michel HAROUN -
Fleurs
rouges (Zouhour Hamra) - 1957
Georges NASSER -
Vers l'inconnu (Ila Ayn) - 1957
Alfred BAHRI - Le
muet et l'amour (Al Akhrass Wal Hob) - 1967
Borhane ALAOUIE - Beyrouth,
la rencontre (Beyrouth, El Lika) - 1981
André GÉDÉON -
Liban malgré tout (Loubnan Roughma Koula Chai) - 1982
Maroun BAGHDADI - Les
petites guerres (Houroub Saghira) - 1982