MEXIQUE : LAS RUMBERAS
(Programme du
14ème Festival des 3 Continents, Novembre 1992)
1,3,4,5,6,7,8..........
Mambo !
Le cinéma mexicain de l'époque dorée est d'une
richesse et d'une diversité étonnante et c'est pour cette
raison qu'il est préférable de le découvrir par
parcelles. Le cinéma mexicain de lÕépoque émigré
des thèmes bucoliques vers les cabarets.
Pour cette raison, le Festival des 3 Continents a décidé
de mettre l'accent sur un genre pratiquement inconnu en France : las
rumberas, cinéma des cabarets des bas-fonds dans lequel de belles
femmes dansent au rythme de la rumba, du mambo, de la conga et autres
sons des Tropiques.
Le cinéma de rumberas, comparable en importance aux comédies
musicales américaines, scandaleux à son époque
par son impudeur, est redécouvert aujourd'hui.
Il était à l'époque d'emblée rejeté
par les classes aisées qui ne daignaient pas le regarder, aveuglé
par la présence des films américains et européens.
Cette situation a entraîné le goût de l'interdit
: secrètement les jeunes sans distinction de classe allaient
dans les salles de cinéma populaires et rêvaient aux rumberas.
Ce "sous-genre" cinématographique - contradiction entre la musique
très joyeuse et les tragédies qu'il provoque - est présenté
sous forme de comédie ou de mélodrame et se déroule
dans un lieu nocturne. La protagoniste est généralement
une femme qui, par plaisir, ou poussée par les circonstances,
est obligée de danser aux sons afro-cubains pour gagner sa vie.
Cette héroïne doit trouver le salut à travers la
danse, sinon elle est entraînée dans l'abîme de la
perdition.
Certes, prolixe, le cinéma de rumberas prend vite de l'élan
et une identité propre, au fur et à mesure qu'il est créé.
Les chiffres qui suivent donnent une idée de son essor : 3 films
en 1946, 13 en 1947, 25 en 1948, 47 en 1949 et 50 en 1950.
Le cycle présenté nous fait découvrir la première
rumba, dans un cortège funèbre dans le film "La mujer
del Puerto". Juan Orol impose ce genre et fait de Maria Antonieta Pons
le prototype de la rumbera dans "Siboney". D'autres réalisateurs
comme Alberto Gout, Tito Davison, Femando Mendez, Jose Diaz Morales,
Alfonso Patino Gomez vont s'y attaquer selon leur propre style, ainsi
que le Grand Gilberto Martinez Solares dans le genre "comédie".
L'une des premières interprètes, Mapy Cortès, "par
son coup de hanches", entraîne avec elle, dès les années
40 les étoiles de la danse cubaine qui se produisent au Mexique
: Amalia Aguilar, la "bombe cubaine" ; Rosita Fornes, la diva de la
danse, Rosa Carmina, sensuelle et inaccessible; l'inquiétante
Ninon sevilla et Meche Barba, I'unique mexicaine, qui font danser et
rêver les masses dans des films qui ont touché profondément
l'inconscient collectif des jeunes de I'époque.
Le cinéma de Rumberas, contient beaucoup d'éléments
"kitsch", non seulement par la diversité de sa musique mais aussi
par la structure parfaite des mélodrames que seuls les cinéastes
de cette période pouvaient faire avec tant de maîtrise
et désinvolture. Les rumberas évoquent une époque
incroyable où l'on donnait des mouchoirs en papier à l'entrée
des salles et ou I'on remboursait tous ceux qui ne s'en étaient
pas servis ; une époque ou le public était capable de
détruire une salle de cinéma si le projectionniste ne
leur repassait pas la bobine dans laquelle il y avait des numéros
de danse.....
Monica Reina
Rumba, Mambo... Rumberas
"Tania la belle
sauvage", alias "Sandra la femme de feu", "Mûlatresse", "Femme
du port", "Voyageuse", "Aventurière", "Victime du péché",
"Perdue", dans "Une nuit de perdition", c'est Rosa Carmina, star des
années 50 qui danse "Au son du mambo" avec Resortes le danseur
élastique, dirigés de main de maître par Alberto
Gout, Juan Orol ou Martinez Solares. En un mot un cinéma de désir,
dont nous avons aujourd'hui perdu le sens. J'ai été séduit
à Mexico par Ies rumberas, j'espère qu'elles sauront franchir
I'atlantique avec leur séduction intacte.
Philippe Jalladeau
Alberto Martinez
Resortes
Il est né
le 25 janvier 1916 a Mexico dans le célèbre et populaire
quartier de Tepito. En 1931 il débute avec un petit rôle
dans le piece "Tierra y Libertad" dans le vieux théatre Hidalgo.
Depuis il a joue dans tous les théâtres de variété
sous les chapiteaux et aussi dans de petit cabarets des bas-fonds de
Mexico. En 1943, il est a la tête de la Compagnie "Pachucos Review"
qui fait une tournée a succès à travers le Mexique
et les Etats-Unis. Il débute dans le cinéma dans le films
"Voces de primavera" en 1946. Il est un des plus grands danseurs que
le Mexique ait connu; aussi souple qu'un resort il fut surnommé
Resortes. Depuis il a tourné 96 films et a reçu les prix
Heraldo de Mexico, Diosa de Plata, et celui des critiques de New York.
En 1981 on lui a remis une médaille d'or pour ses cinquante ans
de carrière artistique.
Rosa Carmina
Rosa Carmina par
elle même : "Au cours de la fête de fin d'études
de ma soeur Juanita, j'ai chanté et dansé. Enrique Brion,
un assistant de Juan Orol, qui cherchait une nouvelle chanteuse et actrice
cubaine pour son prochain film "Una mujer de Oriente", m'a repérée.
Le lendemain on a fait connaissance et Juan Orol, qui m'a trouvé
je ne sais quoi d'asiatique, m'a élue pour son film. Je suis
arrivée au Mexique en mars de 1946. J'ai tourné "Tania,
la Bella Salvaje" mon deuxième film. Depuis, j'ai joué
dans beaucoup de films. J'ai fait du théatre de revue et souvent
pour la Première des films, je montais des numéros. Juan
Orol m'a permis de signer un contrat avec la maison de production des
Rosas Priego. Je me souviens des foules à l'entrée des
salles. Le public criait dans les cinémas pour que le projectionniste
passe de nouveau le rouleau ou il y avait les numéros musicaux.
C'était une belle époque..." Actuellement, Rosa Carmina
joue dans des feuilleutons pour la television mexicaine et envisage
tourner d'autres films.
Gilberto Martinez
Solares
Né au Mexique
le 19 janvier 1906. Il a fait des études de droit mais vers la
fin des années vingt, il essaie de créer un studio de
photographie avec son condisciple et ami Cabriel Figueroa. En 1927 il
va a Hollywood où il il tente de reprendre son travail de photographe.
"]e voulais travailler comme photographe mais il y avait tellement de
problèmes avec les syndicats que je n'ai jamais réussi
a exercer". En même temps, il fait de la figuration dans des productions
américaines "pour apprendre leur technique et leur méthode
de travail. Comme figurant, j'avais assez de temps pour observer et
j'avais souvent le plaisir de travailler à côté
de Greta Carbo". Il rentre au Mexique et se marie avec Diana Cantli,
fille du célèbre peintre Federico Cantu. Ils partent pour
un an a Paris. Il rentre au Mexique pour les débuts du cinéma
parlant. En 1935, il est pour la première fois chef-opérateur
dans Rosario de Miguel Zacarias. Il continue a travailler comme chef-opérateur
dans quinze films jusqu' en 1938 où il dirige son premier film
"El Senor Alcalde". Depuis il a dirigé près de deux cents
films dont il a écrit la plupart des scénarios. Il découvre
le comique Tin Tan et tourne Calabacitas tiemas, ay que bonitas piemas
! "Tin Tan était un grand comique et avait beaucoup de talent
pour faire des improvisations. Il pouvait faire n'importe quoi : boxeur,
catcheur, joueur de base-ball, car il était un bon athlète
et excellent danseur et chanteur". A l'époque Tin Tan n'était
pas aimé par la critique à cause de sa condition de Pachuco,
maintenant il est reconnu commele meilleur comique de tous les temps.
Le cinéma de Martinez Solares, d'origine populaire, a pour but
de faire passer un bon moment au public d'où l'énorme
quantité de comédies qu'il a tournées. A 86 ans,
il a toujours des projets de films.