LES CINEASTES ARABES
DU MOYEN-ORIENT
IRAK
Les débuts
: le secteur privé 1945 - 1958
Il n'existe pas
en Irak de bases cinématographiques réelles quand le secteur
privé a entrepris de développer une production dans ce
domaine. Contrairement à certains pays arabes, on observe une
grande léthargie en Irak du côté de la création
: par exemple aucune place n'est faite aux techniques de l'audio-visuel
dans les structures de l'enseignement. La création du "Centre
de documentation du théâtre et du cinéma" en
1945 marque les débuts de la production cinématographique
en Irak. Cette initiative privée permet en 1945 la coproduction
avec l'Egypte du film "Le Caire-Bagdad". Pendant plusieurs
années, la production cinématographique n'est pas spécifiquement
irakienne mais le résultat d'une collaboration avec d'autres
pays arabes. On peut noter ainsi au Caire, les films "Fils de l'Orient"(1944)
et "Layla d'Irak" (1949) par Ahmed Kamil Moursy, produit en
collaboration avec le Liban et l'Egypte. Ce dernier film est cependant
tourné en Irak dans le premier studio de cinéma, dit "studio
de Bagdad".
Cette production n'a pas vraiment de caractéristiques locales
et subit l'influence des cinémas libanais et surtout égyptiens,
plus développés. La production de cette époque
est essentiellement commerciale, les cinéastes et producteurs
considèrent alors le cinéma comme un moyen de profit.
Entre1945 et 1950, on ne peut pourtant pas invoquer l'absence de moyens
de production pour excuser la faiblesse de la création. Créé
en 1948, ce studio possède les équipements les plus modernes
du mondes arabe. Les Turcs exploitent ce studio bénéficiant
des techniques modernes, d'une main d'oeuvre bon marché et compétente.
Arguant des principes de la collaboration, ils produisent les films
comme "Thaîr et Zahra" ou "Arza et Kanbar",
films turcs n'ayant aucune attache avec l'Irak.
Avant l'établissement du secteur public, le cinéma irakien
produit quelques films importants comme "Saïd Affendi"
de Kariman Hosni ou "Qui est responsable" de A.J. Wali.
Le secteur public
: 1958-1968
En1959 l'établissement
du premier "Organisme du cinéma et du théâtre"
est créé à peine un an après la révolution
de juillet 1958. Cependant, l'entrée en action du secteur public
n'arrête pas celle du secteur privé. Différentes
personnes poursuivent des recherches esthétiques et idéologiques
parallèlement à l'activité politique alors en pleine
effervescence et contribuent ainsi à donner à l'histoire
du cinéma irakien la plupart de ses films de qualité comme
"Al-Hâris" ("Le gardien") de Kalil Chowqui
en 1967.
Ensuite le secteur privé produit surtout des films de série
noire, des comédies, des mélodrames et des westerns de
qualité médiocre, purement commerciaux comme "Souvenirs",
"La famille médiocre", "La nuit de la douleur".
Parallèlement, le secteur public ne produit que des courts métrages
de propagande pour l'Etat. Dans ce contexte, il faut attendre1966 pour
voir la réalisation du premier long métrage financé
par des fonds publics : "Le contrôleur" de Jaffar Ali.
L'organisme produit également en 1968 "Le bien", véritable
recueil de chansons et des danses, film très critiqué
par les intellectuels. Le service public n'est donc pas efficace à
cette époque à cause des conditions politiques et socio-économiques.
En fait l'expérience du secteur public posséde dès
le début des bases mal adaptées : la production cinématographique
est rattachée à plusieurs ministères, et leur seul
but est de produire des courts métrages de propagande.
Développement
d'une production effective : 1968-1988
A partir des années
70, le cinéma irakien acquiert une ampleur nationale et un niveau
technique satisfaisant. Cette période connait des changements
politiques importants avec la révolution de 1968 menée
par le parti BAAS, qui apporte un remaniement des structures.
L'organisme du cinéma et du théâtre réalise
sa troisième et dernière production en 1969 avec "Le
Pont al-ahrar" par Diya Al-Bayati, avant de céder la place
en 1972 à l'établissement public du cinéma, du
théâtre, de la radio et de la télévision.
Entre 1968 et 1978, le secteur privé produit quatre films : "Le
virage" et "Les années de la vie" de Jaffar Ali,
"Les nuits de Bagdad" de Borhan Al-Din Jassim, "Le bateau"
de Adnan Al-Imam. Mais deux films seulement sont projetés dans
les salles de Bagdad : "Le virage" et "Le bateau".
La production privée s'affaiblit à cette époque,
essentiellement à cause de problèmes financiers.
De son côté le nouvel organisme public produit en 1972
"Les assoiffés" de Mohamed Choukri Jamil puis "L'arme
noire" du même auteur dont le tournage est interrompu.
En 1975, une loi institue la séparation entre l'organisme public
du cinéma et du théâtre d'une part, et celui de
la radio et de la télévision d'autre part et apporte au
cinéma une politique de développement cohérente.
Parmi les films réalisés après 1975, on peut retenir
"Maison dans cette ruelle" (1977) de Qassim Hawal qui met
en scène un journaliste "justicier" dans l'Irak en
crise de 1967 et "Le fleuve" film engagé de Fayçal
Al-Tohami. En 1981, Salah Abou Seif tourne en Irak "Al-Qadissiya"
le film fétiche du pays en guerre contre l'Iran qui décrit
la grande bataille de Qadissiya. En 1988, Karlo Hartyon réalise
"Un peu de force" sur fond de guerre Iran-Irak.
En 1992, le nombre de films produits s'élève à
99, date à laquelle la production cinématographique s'arrête
à cause de l'embargo. Seulement cinq films documentaires (courts
métrages) ont été produits depuis décrivant
la souffrance du peuple irakien.
Irak - Sélection
1999
Kariman HOSNI -
Monsieur
Said (Saïd Effendi) - 1957
Kalil CHOWKY - Le
gardien (Al-Hâris) - 1968
Mohamed CHOUKRI JAMEEL - Les
assoiffés (Al-Zâmiun) - 1972
Jaafar ALI - Le
virage (MounĠataf) - 1974
Faycal Al-YASSIRI - La
rivière (Al-Nahr) - 1978
Karlo HARTYON - Un
peu de force (Chai Min Al-Kuwa) - 1988