UNE HISTOIRE DU CINÉMA
MAROCAIN
(Programme du 24ème
Festival des 3 Continents, Novembre 2002)
La plupart des chercheurs
et des critiques s'accorde à dire que la véritable histoire
du cinéma marocain a débuté avec la production
du film Wechma de Hamid Bennani en 1970. Les films produits avant cette
date ne sont que des copies marocanisées de mélodrames
égyptiens. Wechma est à l'origine d'un nouveau courant
cinématographique. Ce courant appelé « modernité
cinématographique » se base sur les principes suivants
:
1. le cinéma est un moyen de changer la réalité
et non pas seulement de l'expliquer ;
2. le cinéma est un art, une pensée et une culture et
non pas un simple moyen de divertissement ;
3. le cinéma est une langue et une nouvelle écriture basée
sur les signes et usant de l'espace et des lieux selon une esthétique
nouvelle ;
4. il privilégie l'individu au sein de la société
et tente de le libérer de ses superstitions, de ses tabous et
de l'autorité répressive ;
5. le cinéaste est un artiste, un intellectuel, témoin
de la période politique et historique dans laquelle il vit.
Le respect et l'application
de ces principes, d'une manière consciente et inconsciente, ont
permis à certains films de rester dans nos mémoires grâce
à leurs qualités artistiques : Mille et une mains de Souheil
Ben Barka, El Chergui de Moumen Smihi, Des jours et des jours d'Ahmed
El Maanouni, Le mirage de Hamed Bouani, Les poupées de roseau
de Jillali Ferhati, Le coiffeur du quartier des pauvres de Mohamed Reggab,
Badis de Mohamed Abderhamane Tazi, Le cheval de vent de Daoud Aoulad-Syad.
Ces films ont été,
pour la plupart d'entre eux, produits dans les années 1970 et
au début des années 1980 avant que l'Etat ne finance la
production cinématographique marocaine. Ces réalisateurs
ont été leur propre producteur, investissant leur argent
personnel et prenant ainsi des risques pour que leur film voie le jour.
La philosophie du cinéma d'auteur a permis à certains
réalisateurs marocains de ne pas tomber dans le piège
du cinéma populiste. Signalons, à la fin de ce bref aperçu,
que l'Etat a fait de grands efforts pour soutenir la production cinématographique
qui est ainsi passée de 1 à 2 films par an (années
1970 et début des années 1980) à 12 films par an
à la fin des années 1980 et dans les années 1990.
Cependant, la problématique actuelle est que les principes énumérés
précédemment ne sont plus pris en compte par les producteurs
qui cherchent des recettes rapides pour satisfaire la demande locale.
Ceci est une des causes de la disparition de films aux qualités
artistiques et esthétiques, qui malgré ces conditions
restent présents dans nos mémoires comme le sont Wechma
et Mille et une mains.
C'est la question qui se pose aux cinéastes d'aujourd'hui qui,
grâce à leurs courts métrages, ont su donner un
nouveau souffle au cinéma marocain qui commence à s'imposer
sur le plan national et international.
Hamadi Gueroum
Consultez le programme
marocain du 24ème Festival des 3 Continents, Novembre 2002