RÉTROSPECTIVE
DU CINÉMA VIETNAMIEN
(Programme du
14ème Festival des 3 Continents, Novembre 1992)
Existe-t-il un cinema vietnamien ?
Depuis la récente
apparition sur nos écrans de films tels que "l'amant" de Jean-Jacques
Annaud, "Dien Ben Phu" de Pierre Schoendorffer ou bien encore "Indochine"
de Régis Wargnier (la liste n'est pas close, devraient suivre
: "les guerres d'Indochine" de Jacques Perrin, "le retour de Frank"
d'Alain Robbe Grillet, "la voie royale" de Andrei Mikhalkov-Konchalovski,
"les sacrifies" de Jean-Claude Brisseau, "l'odeur de la papaye verte",
etcÉ), auxquels il faut ajouter bien sûr les émissions
de télévision, on n'a jamais autant parlé du Vietnam.
Une fois de plus, et je le déplore beaucoup, cela s'est efféctué
dans un seul et unique sens, celui comme toujours de l'étranger
qui va dans un pays y chercher les images dont il a besoin. Si une telle
attitude ne choque personne, personnellement elle me gêne, dans
la mesure ou elle peut totalement occulter une cinématographie
existante, A tel point que pour la majorité des occidentaux le
cinéma vietnamien n'existe pas.
Depuis la création,
en 1979, du Festival des 3 continents, nous savions, ayant assez régulièrement
programmé des films en provenance du Vietnam, que de très
nombreux films avaient été réalises tant au Nord
qu'au Sud et aussi sous les différents régimes que le
Vietnam a connus mais sans beaucoup de précisions, les diverses
informations que nous pouvions obtenir étant trop vagues. Souhaitant
en savoir plus il fallait donc aller sur place avec l'idée bien
sûr de séléctionner, si cela en valait la peine,
une quinzaine de films pour un "Panorama du cinéma vietnamien".
Après un sejour de 10 jours a Hanoi pendant lequel j'ai pu visionner
environ 40 films, le projet d'un panorama du cinéma vietnamien
pour l'édition 92 du Festival des 3 Continents m'a paru totalement
réalisable, le nombre de films de qualité étant
très largement suffisant pour une bonne séléction.
Choisir 15 films
parmi les 375 produits approximativement entre 1959 et 1992 auxquels
il faut ajouter près de 200 films réalisés à
Saïgon de 1954 a 1975 n'était pas évident mais en
privilégiant la forme au fond mes choix ont été
plus faciles et plus conformes à mes goûts en matière
de cinéma. C'est donc très subjectivement que j'ai arrêté
une séléction de 14 films, facilitée aussi par
le fait que sur les 575 films produits une grande majorité n'était
pas disponible (negatifs disparus ou positifs inutilisables) sans omettre
que malgré des promesses il ne m'a été possible
de visionner les films réalisés dans le Sud après
1954 parmi lesquels se trouvaient les films de propagande anticommuniste
produits d'abord sous le régime de Diem puis sous celui de Thieu).
Une séléction
aussi restreinte ne peut en aucun cas refléter les diverses tendances
du cinéma vietnamien mais donnera tout de même un aperçu
d'une production ou la guerre de libération suivie par la reconstruction
du pays avec l'instauration du socialisme occupe une place prépondérante.
J'espère
que la sélection proposée permettra de découvrir
une véritable cinématographie qui malheureusement a toujours
manqué, et cela ne semble pas actuellement s'améliorer,
d'un réel manque de moyens. II est évident et je le conçois
très bien que dans un pays comme le Vietnam ou le produit national
brut est toujours très faible il existe des priorités
autres que celles d'aider le cinéma mais d'un autre côté
il est dommage que des cinéastes de talent tels Nguyen Hong Sen,
Dang Nhat Minh ou Viet linh qui seront d'ailleurs présents à
Nantes soient contraints d'exercer d'autres activités, sans parler
des très nombreux jeunes cinéastes que j'ai rencontrés
qui attendent avec impatience la possibilté de réaliser
leur premier film.
Pour conclure souhaitons
que ce panorama du cinéma vietnamien à Nantes permettra
de mieux faire connaitre dans le Monde l'existence de la cinématographie
vietnamienne et surtout de satisfaire la très grande demande
de tous les cinéastes vietnamiens.
Alain Jalladeau
Novembre 1992
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