REGARDS SUR LE CINÉMA
SUD-AFRICAIN
Histoire du cinéma
sud-africain - fin -
Ces films sont
des critiques de la réalité sud-africaine. Les mythes
et stéréotypes associés à l'apartheid y
sont remis en cause et analysés, leur fausseté est mise
à jour. La réalité sud-africaine y est observée
principalement du point des Sud-Africains noirs. Depuis trop longtemps,
de nombreux Blancs de ce pays refusent de prêter attention aux
valeurs de leurs compatriotes sud-africains.
Depuis la réalisation de films comme "Mapantsula",
les cinéastes sud-africains tentent d'éviter certains
stéréotypes culturels : la brutalité des forces
de police, les Afrikaners racistes, la souffrance des victimes noires
de l'apartheid sont devenus des clichés, du moins sur les écrans
sud-africains. Les comédies traitant des problèmes multiculturels
de notre société ont remporté un grand succès
: Taxi to Soweto de Manie van Rensburg est, en la matière, un
film pionnier. Grâce à son traitement généralement
sensible des personnages, Van Rensburg dépeint tous les personnages
de ce film avec humanité en dépit de leur couleur de peau,
leur sensibilité politique (gauche, droite ou centre), leur classe
ou leurs valeurs. Darrell Roodt a réalisé une adaptation
des plus humaines de "Pleure, ô pays bien-aimé",
le célèbre roman d'Alan Paton sur la réconciliation
entre un Blanc et un Noir. Dans ce film, pas de personnage mauvais à
part entière, bien qu'il s'agisse de l'aube de l'apartheid. Cette
oeuvre n'en est pas moins critique de l'apartheid en ce qu'elle tente
d'éviter les stéréotypes culturels.
Autre exemple passionnant de l'évolution récente du cinéma
sud-africain, l'augmentation de la production nationale de courts métrages,
présentée annuellement au grand public dans la compétition
de courts métrages du Festival de Cinéma Weekly Mail/Guardian,
jusqu'en 1994. Ces dernières années, le public du festival
a été ébahi par des films tels que Sales Talk et
le film d'animation de William Kentridge; Sacrifice, sur la désintégration
d'une famille afrikaner et The Boxer de Guy Spiller sur les craintes
de la classe ouvrière blanche face aux changements politiques.
En 1993, 37 courts métrages ont été présentés
au festival. The Clay Ox de Catherine Meyburgh, dans lequel des Sud-Africains
blancs tentent de redéfinir leur rôle dans la société
de l'apartheid et d'accepter leur histoire et leur patrimoine, a permis
d'espérer la renaissance d'un cinéma national innovateur.
Le réseau national de télévision à péage
M-Net a financé la réalisation de films de 30 minutes
dans le cadre de sa série New Directions : "The Rhythm of
Our Lives". "The Children and I" de Kenneth Kaplan, "The
Apology" de Rozelle Vogelman, "Come See the Bioscope"
de Lance Gewer et Zaharia Rapola et Learning the Hard Way de Peni Flascas
ont été diffusés sur cette chaîne en février
1994. Cette série constitue une importante vitrine de jeunes
talents sud-africains, en particulier "The Apology", sur le
comportement d'élèves d'une école face à
une affaire d'avortement et le très évocateur "Come
See the Bioscope", consacré à Sol Plaatje, membre
de l'A.N.C. qui tenta d'éduquer politiquement les Noirs des campagnes.
De nouveaux courts métrages ont été réalisés
en 1995 parmi lesquels "The Pink Leather Chair et Angel",
remarquable tranche de vie d'une marginale au Cap.
Plus de 200 courts métrages de fiction et documentaires ont été
réalisés en Afrique du Sud depuis 1980. Les premiers courts
métrages des années 1980 étaient principalement
des films anti-apartheid (non dénués, en outre, de divers
stéréotypes culturels), mais les films qui suivirent se
voulurent des descriptions lyriques et sensibles de la destruction des
cultures indigènes et des déplacements forcés de
population dûs aux lois de l'apartheid. Certains films tentèrent
également d'analyser des aspects de l'histoire négligés
par les ouvrages officiels.
A la fin des années 1980, surtout grâce au Festival Weekly
Mail, de nouveaux thèmes furent abordés dans les courts
métrages comme, par exemple, l'homosexualité et les efforts
de la population dans son adaptation aux changements vécus par
l'Afrique du Sud. Citons également les films d'animation dont
ceux de William Kentridge.
Ces courts métrages font partie intégrante d'un nouvel
art cinématographique critique en Afrique du Sud, art né
dans la deuxième moitié des années 1980 et dont
on espère qu'il contribuera à un cinéma sud-africain
capable d'aborder la complexité multiculturelle de notre société
sans avoir nécessairement recours aux stéréotypes,
aux oppositions et aux mythes binaires lorsqu'il s'agit de dépeindre
les Sud-Africains.
Dr Martin Botha
Département de Communication
Université d'Afrique du Sud
Traduit de l'anglais par Jean-François Cornu