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REGARDS SUR LE CINÉMA SUD-AFRICAIN

A la recherche d'un cinéma sud-africain
(par Philippe Jalladeau)

Le cinéma des antipodes africains
(par Trevor Steele Taylor)

Histoire du cinéma sud-africain
(Dr Martin Botha)

 

 

FILMS PRÉSENTÉS (Festival 1996)

The Magic Garden (Le jardin magique) - Donald SWANSON - 1951

Daar doer in die Bosveld (En pleine brousse) - Jamie UYS - 1951

Piet de tante - Pierre de WETT - 1959

Jannie Totsiens - Jans RAUTENBACH - 1970

U-Deliwe - Simon SABELA - 1975

The Guest (L'invité) - Ross DEVENISH - 1977

Mamza - Johan BLIGNAUT - 1985

On the Wire (Au bord du gouffre) - Elaine PROCTOR - 1990

Dust Devil (Diable de poussière) - Richard STANLEY - 1991

The School Master (L'instituteur) - Jean DEBELKE - 1993

 

 

 


REGARDS SUR LE CINÉMA SUD-AFRICAIN

Histoire du cinéma sud-africain - fin -

Ces films sont des critiques de la réalité sud-africaine. Les mythes et stéréotypes associés à l'apartheid y sont remis en cause et analysés, leur fausseté est mise à jour. La réalité sud-africaine y est observée principalement du point des Sud-Africains noirs. Depuis trop longtemps, de nombreux Blancs de ce pays refusent de prêter attention aux valeurs de leurs compatriotes sud-africains.

Depuis la réalisation de films comme "Mapantsula", les cinéastes sud-africains tentent d'éviter certains stéréotypes culturels : la brutalité des forces de police, les Afrikaners racistes, la souffrance des victimes noires de l'apartheid sont devenus des clichés, du moins sur les écrans sud-africains. Les comédies traitant des problèmes multiculturels de notre société ont remporté un grand succès : Taxi to Soweto de Manie van Rensburg est, en la matière, un film pionnier. Grâce à son traitement généralement sensible des personnages, Van Rensburg dépeint tous les personnages de ce film avec humanité en dépit de leur couleur de peau, leur sensibilité politique (gauche, droite ou centre), leur classe ou leurs valeurs. Darrell Roodt a réalisé une adaptation des plus humaines de "Pleure, ô pays bien-aimé", le célèbre roman d'Alan Paton sur la réconciliation entre un Blanc et un Noir. Dans ce film, pas de personnage mauvais à part entière, bien qu'il s'agisse de l'aube de l'apartheid. Cette oeuvre n'en est pas moins critique de l'apartheid en ce qu'elle tente d'éviter les stéréotypes culturels.

Autre exemple passionnant de l'évolution récente du cinéma sud-africain, l'augmentation de la production nationale de courts métrages, présentée annuellement au grand public dans la compétition de courts métrages du Festival de Cinéma Weekly Mail/Guardian, jusqu'en 1994. Ces dernières années, le public du festival a été ébahi par des films tels que Sales Talk et le film d'animation de William Kentridge; Sacrifice, sur la désintégration d'une famille afrikaner et The Boxer de Guy Spiller sur les craintes de la classe ouvrière blanche face aux changements politiques. En 1993, 37 courts métrages ont été présentés au festival. The Clay Ox de Catherine Meyburgh, dans lequel des Sud-Africains blancs tentent de redéfinir leur rôle dans la société de l'apartheid et d'accepter leur histoire et leur patrimoine, a permis d'espérer la renaissance d'un cinéma national innovateur.

Le réseau national de télévision à péage M-Net a financé la réalisation de films de 30 minutes dans le cadre de sa série New Directions : "The Rhythm of Our Lives". "The Children and I" de Kenneth Kaplan, "The Apology" de Rozelle Vogelman, "Come See the Bioscope" de Lance Gewer et Zaharia Rapola et Learning the Hard Way de Peni Flascas ont été diffusés sur cette chaîne en février 1994. Cette série constitue une importante vitrine de jeunes talents sud-africains, en particulier "The Apology", sur le comportement d'élèves d'une école face à une affaire d'avortement et le très évocateur "Come See the Bioscope", consacré à Sol Plaatje, membre de l'A.N.C. qui tenta d'éduquer politiquement les Noirs des campagnes. De nouveaux courts métrages ont été réalisés en 1995 parmi lesquels "The Pink Leather Chair et Angel", remarquable tranche de vie d'une marginale au Cap.

Plus de 200 courts métrages de fiction et documentaires ont été réalisés en Afrique du Sud depuis 1980. Les premiers courts métrages des années 1980 étaient principalement des films anti-apartheid (non dénués, en outre, de divers stéréotypes culturels), mais les films qui suivirent se voulurent des descriptions lyriques et sensibles de la destruction des cultures indigènes et des déplacements forcés de population dûs aux lois de l'apartheid. Certains films tentèrent également d'analyser des aspects de l'histoire négligés par les ouvrages officiels.

A la fin des années 1980, surtout grâce au Festival Weekly Mail, de nouveaux thèmes furent abordés dans les courts métrages comme, par exemple, l'homosexualité et les efforts de la population dans son adaptation aux changements vécus par l'Afrique du Sud. Citons également les films d'animation dont ceux de William Kentridge.

Ces courts métrages font partie intégrante d'un nouvel art cinématographique critique en Afrique du Sud, art né dans la deuxième moitié des années 1980 et dont on espère qu'il contribuera à un cinéma sud-africain capable d'aborder la complexité multiculturelle de notre société sans avoir nécessairement recours aux stéréotypes, aux oppositions et aux mythes binaires lorsqu'il s'agit de dépeindre les Sud-Africains.

Dr Martin Botha Département de Communication
Université d'Afrique du Sud

Traduit de l'anglais par Jean-François Cornu

 



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