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REGARDS SUR LE CINÉMA SUD-AFRICAIN

A la recherche d'un cinéma sud-africain
(par Philippe Jalladeau)

Le cinéma des antipodes africains
(par Trevor Steele Taylor)

Histoire du cinéma sud-africain
(Dr Martin Botha)

 

 

FILMS PRÉSENTÉS (Festival 1996)

The Magic Garden (Le jardin magique) - Donald SWANSON - 1951

Daar doer in die Bosveld (En pleine brousse) - Jamie UYS - 1951

Piet de tante - Pierre de WETT - 1959

Jannie Totsiens - Jans RAUTENBACH - 1970

U-Deliwe - Simon SABELA - 1975

The Guest (L'invité) - Ross DEVENISH - 1977

Mamza - Johan BLIGNAUT - 1985

On the Wire (Au bord du gouffre) - Elaine PROCTOR - 1990

Dust Devil (Diable de poussière) - Richard STANLEY - 1991

The School Master (L'instituteur) - Jean DEBELKE - 1993

 

 

 

 


REGARDS SUR LE CINÉMA SUD-AFRICAIN

Histoire du cinéma sud-africain - suite -

Au milieu des années 1980, le cinéma sud-africain subit une nouvelle fragmentation. Grâce à de substantielles réductions fiscales qui rendirent très attractif l'investissement dans la production de films, l'industrie du cinéma commercial connut un véritable boom. Plusieurs centaines de films furent réalisés, pour la plupart de mauvaises imitations de films de genre issus des Etats-Unis. La majorité de ces films, faits dans le seul but d'obtenir des réductions d'impôts, n'évoquaient aucune réalité socio-politique ou culture nationale. A la fin des années 1980, ce système de réductions fiscales s'effondra et les subventions furent finalement supprimées en 1995.

L'histoire de la distribution cinématographique en Afrique du Sud est tristement marquée par le racisme et la ségrégation. Ce n'est qu'en 1985 que les distributeurs sont parvenus à supprimer la ségrégation dans quelques cinémas. Pour la première fois, l'existence et l'importance de la majorité des Sud-Africains, privés à la fois socialement et économiquement de la possibilité d'aller au cinéma, étaient reconnues.

Ster-Kinekor, Nu Metro et United International Pictures (U.I.P.) contrôlent la distribution des films en Afrique du Sud. A côté de ces trois géants, les cinémas indépendants proposent essentiellement des films en seconde exclusivité (après leur exploitation dans les trois grands réseaux), où l'on peut voir deux films pour le prix d'un. Il y avait, dans les années 1990, environ 202 salles de cinéma indépendantes, dont certaines étaient sur le point de fermer. Le cinéma indépendant des années 1980, hostile à l'apartheid et bien reçu à l'étranger, fut principalement distribué dans ces salles indépendantes. Celles-ci ne pouvaient toutefois prétendre aux subventions d'Etat relatives aux recettes. Les auteurs de films hostiles à l'apartheid virent rarement leurs &brkbar;uvres diffusées par les grands réseaux de distribution. Ce sont les films américains qui dominèrent les grands circuits. Des films comme "Jobman", "Mapantsula", "Windprints", "On the Wire" et plusieurs autres exemples du renouveau du cinéma indépendant des années 1980 furent à peine vus par la majorité des Sud-Africains. Cet aspect de la production cinématographique nationale s'est trouvé confiné à l'exportation, alors qu'il traitait de la vie quotidienne des Noirs du pays.

A la fin des années 1970 et au début des années 1980, un groupe de producteurs de cinéma et de vidéo non affiliés aux sociétés ayant pignon sur rue dans le cinéma commercial réalisèrent des films sur la réalité de la majorité des Sud-Africains. La plupart de ces films furent montrés dans des festivals, des universités, des salles paroissiales, des permanences syndicales et chez les particuliers intéressés. Ces &brkbar;uvres connurent des problèmes de censure lors de l'état d'urgence décrété au milieu des années 1980. Ces films à petit budget étaient financés par les producteurs eux-mêmes, par des organisations de gauche ou grâce au système de réductions fiscales des années 1980. Ils étaient essentiellement dûs à deux mouvements qui virent le jour simultanément : des étudiants blancs opposés à l'apartheid et des travailleurs noirs désireux de voir l'imagerie indigène servir la description de la réalité sud-africaine, afin de bénéficier d'un mode d'expression et d'un espace dans la production nationale.

Ce remarquable processus de communication interculturelle donna naissance à un mouvement de masse rassemblant ouvriers, étudiants et membres d'organisations de jeunes, sportives et religieuses qui s'unirent dans leur opposition à l'apartheid. La production de documents audiovisuels Ñ forme de communication qui nécessite des qualifications spécifiques et des fonds dont ne disposait pas forcément la classe ouvrière noire Ñ montre à quel point ce processus se mettait en place. Il s'ensuivit, en septembre 1988, la création de la Film and Allied Workers Organisation (F.A.W.O.), organisation des employés du cinéma et assimilés. L'un des buts de la F.A.W.O. fut de rassembler tous les cinéastes d'Afrique du Sud pour l'avènement d'une société démocratique.

Outre de nombreux documentaires, des vidéos d'information générale et l'apparition de la production de courts métrages et de films d'animation, des longs métrages tels que "Mapantsula" marquèrent les débuts d'un nouveau cinéma sud-africain critique. C'est ce que j'appelle le mouvement cinématographique alternatif des années 1980. Il est évident que ce nouveau cinéma s'appuie sur des éléments audiovisuels reflétant la réalité de la majorité noire. Il constitue un aspect solide de notre cinématographie nationale. C'est de ces films que proviennent les symboles d'un cinéma national, plutôt que des déviations produites par le cinéma afrikaner, l'industrie du cinéma bantou et les films réalisés pour des raisons fiscales dans les années 1980.

Ces longs métrages se caractérisent par trois éléments principaux :
- ils furent produits grâce à des coproductions ou avec l'aide solidaire de sympathisants étrangers progressistes;
- des Sud-Africains participèrent de manière significative à tous (ou presque tous) les niveaux de production, contrairement aux films hollywoodiens sur l'apartheid;
- la distribution et l'exploitation de ces films, notamment les vidéos d'information générale et les documentaires sur les méfaits de l'apartheid, furent particulièrement problématiques.

Ainsi, l'interdiction qui pesait sur "Mapantsula" et "The Stick" n'a été levée qu'après 1990 et "Jobman" n'a toujours pas été distribué commercialement dans notre pays. La plupart de ces films ont été projetés dans des salles de cinéma improvisées (salles municipales et paroissiales dans les townships), dans certains festivals de cinéma et même chez des particuliers.

On peut considérer ces films comme des &brkbar;uvres progressistes, car ils font tous preuve d'une critique ouverte de l'apartheid, dans un contexte historique ("Fiela se Kind", "Jobman") ou plus contemporain (l'Afrique du Sud des années 1980 de "Mapantsula"). Ils traitent de la vie quotidienne et de la lutte du peuple dans un pays en développement et sont essentiellement associés aux mouvements de libération combattant pour une Afrique du Sud non raciale.

"Mapantsula" est un exemple de film anti-apartheid, expression d'une résistance qui trouve son écho dans la culture et la mémoire de la majorité des Sud-Africains. Jusqu'à 1990, l'évocation des conditions de vie dans les townships était strictement censurée et absente des médias. Les mécanismes de la loi sur le contrôle des publications (Publication Control Act), combinés à l'état d'urgence et aux réglementations afférentes, constituaient deux des moyens les plus flagrants d'imposer ce silence des médias. Les longs métrages que sont "Mapantsula", "Jobman" et "On the Wire" sont intervenus de manière critique et nécessaire dans la représentation d'une réalité habituellement absente des écrans sud-africains. Ces films, de même que le court métrage "Come See the Bioscope", tentent de recouvrer la mémoire populaire. Ils abordent des événements dont furent commodément exempts les livres d'histoire sud-africains officiels ou, dans un contexte contemporain, les journaux télévisés de la télévision nationale. Ils sont donc devenus les gardiens de la mémoire populaire dans le processus socio-politique de notre pays.

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