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REGARDS SUR LE CINÉMA SUD-AFRICAIN

A la recherche d'un cinéma sud-africain
(par Philippe Jalladeau)

Le cinéma des antipodes africains
(par Trevor Steele Taylor)

Histoire du cinéma sud-africain
(Dr Martin Botha)

 

 

FILMS PRÉSENTÉS (Festival 1996)

The Magic Garden (Le jardin magique) - Donald SWANSON - 1951

Daar doer in die Bosveld (En pleine brousse) - Jamie UYS - 1951

Piet de tante - Pierre de WETT - 1959

Jannie Totsiens - Jans RAUTENBACH - 1970

U-Deliwe - Simon SABELA - 1975

The Guest (L'invité) - Ross DEVENISH - 1977

Mamza - Johan BLIGNAUT - 1985

On the Wire (Au bord du gouffre) - Elaine PROCTOR - 1990

Dust Devil (Diable de poussière) - Richard STANLEY - 1991

The School Master (L'instituteur) - Jean DEBELKE - 1993

 

 

 

 

 


REGARDS SUR LE CINÉMA SUD-AFRICAIN

Histoire du cinéma sud-africain

Le premier kinétoscope d'Afrique du Sud est arrivé à Johannesburg en 1895, six ans seulement après sa présentation à New York. C'est sous la forme de bioscopes itinérants que le cinéma fit son apparition progressive en Afrique du Sud de 1895 à 1909. Aucun film d'importance ne fut montré jusqu'à 1910. Lors des premières représentations influencées par le music-hall, le cinéma n'était qu'une attraction parmi d'autres et c'est l'utilisation des films sous la forme de vulgaires spectacles de foire qui valut aux cinémas leur célébrité, la respectabilité ne venant qu'avec l'apparition des bandes d'actualités durant la guerre des Boers.

La première salle de cinéma permanente fut construite en 1909 par Electric Theatres Limited à Durban. Au cours des cinq années suivantes, plusieurs sociétés de distribution cinématographique édifièrent des cinémas dans toute l'Afrique du Sud. En 1913, Isodore Schlesinger, né à New York, regroupa les différents distributeurs sous le contrôle de sa société, l'African Films. Il fixa les règles de l'industrie cinématographique nationale pour les 43 années à venir par le biais d'un monopole qui distribuait des films essentiellement américains. Des épopées calquées sur les films américains, notamment les récits épiques de D.W. Griffith, furent produites en Afrique du Sud par l'African Consolidated Films de Schlesinger. On peut citer par exemple "De Voortrekkers", "King Solomon's Mines" et "Allan Quartermain". Ces films sont pétris de stéréotypes raciaux à l'égard des Sud-Africains noirs et font l'objet d'un ouvrage publié récemment par Peter Davis et intitulé In Darkest Hollywood (1996).

Plus de 1 350 longs métrages sud-africains avaient été réalisés depuis 1910. 43 films de bonne qualité technique furent tournés entre 1916 et 1922 par la société de Schlesinger. Ce dernier se révéla néanmoins incapable de prendre pied tant sur le marché britannique qu'américain pour la projection de films sud-africains.

Trente ans de tranquillité furent brisés dans les années 1950 par Jamie Uys qui parvint à attirer des capitaux principalement afrikaners pour la production indépendante. Il contribua à persuader le gouvernement d'attribuer des subventions pour la production cinématographique nationale. Cette mesure mena indirectement au morcellement de notre industrie du cinéma et, en fin de compte, au cinéma de l'apartheid.

En un mot, on peut dire que la politique d'apartheid, alliée à d'inefficaces structures cinématographiques subventionnées par l'Etat, a contribué à l'importante fragmentation de notre cinéma. Depuis 1956 et l'apparition d'un système réglementé de subventions, l'Etat et les grandes entreprises privées se sont associés pour manipuler le cinéma en Afrique du Sud. L'idéologie et le capital se sont unis pour créer un cinéma national censé refléter la société sud-africaine du régime de H.F. Verwoerd. Cependant, il s'agissait au départ d'un cinéma réservé aux Blancs et parlant principalement afrikaans. Sur les 60 films réalisés entre 1956 et 1962, 43 étaient en afrikaans, 4 en version bilingue et les 13 restants en anglais. Le système de subvention récompensait les succès commerciaux. Lorsqu'un film avait recueilli des recettes d'un montant donné, il pouvait prétendre à une subvention qui permettait de rembourser un certain pourcentage des coûts de production. Ce pourcentage était, au début, plus élevé pour les films en afrikaans que pour les productions anglophones. Il est donc évident que le gouvernement de l'époque avait bien saisi l'influence potentielle que cette industrie, dominée par les Afrikaners, pourrait exercer pour la croissance et l'expansion de la langue afrikaans. A partir de 1962, les capitaux afrikaners furent un facteur déterminant pour le cinéma lorsque la compagnie d'assurances S.A.N.L.A.M. prit une participation considérable dans la société de distribution Ster-films dont l'intention explicite était d'offrir des films à des spectateurs principalement afrikaners. En 1969, eut lieu la création du S.A.T.B. (le Suid Afrikaanse Teaterbelange Beperk) ; le financement, la production et la distribution de films en Afrique du Sud se retrouvaient virtuellement aux mains d'une seule grande société (à l'exception de quelques salles appartenant à C.I.C.-Warner). Le public blanc de langue afrikaans était relativement important et très stable, de sorte que tout film en afrikaans avait la garantie de bénéficier d'une exploitation suffisamment longue pour amortir ses coûts, du moment qu'il s'agissait d'un film de divertissement traitant de la réalité et des valeurs afrikaners.

A quelques exceptions près, ces films sont sans grand intérêt. Les Afrikaners blancs souhaitaient y voir représentés leurs idéaux. Ce conservatisme idéaliste se caractérisait par un attachement au passé, à des idéaux de pureté linguistique et raciale et à des valeurs religieuses et morales. Les films devaient se conformer à ces valeurs conservatrices afin de connaître le succès commercial. Ils tentaient rarement d'analyser la psychologie culturelle nationale. En tant que tel, ce cinéma constituait un lieu clos, fait par des Afrikaners pour des Afrikaners, où l'on ne se souciait guère du potentiel qu'il représentait pour s'exprimer de façon significative sur la société sud-africaine à l'intention d'un public international.

On prenait soin d'éviter un réalisme qui aurait analysé la culture afrikaner de manière critique. On avait, au contraire, recours aux stéréotypes populaires où l'Afrikaner était un aimable bavard au grand c&brkbar;ur dans la tradition de la comédie, ou bien un être tourmenté par des problèmes sentimentaux qui n'avaient pas grand-chose à voir avec la société, mais relevaient plutôt des ficelles des mélodrames occidentaux dans lesquels des couples mal assortis finissent par trouver l'amour véritable après avoir surmonté nombre d'obstacles. Ces films ne se préoccupaient ni des troubles socio-politiques, ni de la réalité vécue par les Sud-Africains noirs.

Les films de Jans Rautenbach et Emil Nofal, notamment "Die Kandidaat", "Katrina" et "Jannie Totsiens", furent d'heureuses alternatives aux nombreux films d'évasion des années 1960 et du début des années 1970. Rautenbach fut le premier réalisateur sud-africain à étudier le monde afrikaner dans le contexte d'une Afrique du Sud multiculturelle. Avec l'avènement de la télévision en 1976, certains cinéastes de langue afrikaans comme Manie van Rensburg réalisèrent d'excellentes fictions et séries pour la télévision nationale. Van Rensburg se spécialisa même dans la chronique de la psychologie afrikaner avec des fictions révisionnistes telles que "Verspeelde Lente" et "Die Perdesmous". Il a étudié les racines fascistes et racistes du nationalisme afrikaner dans des films et des séries télévisées comme "Heroes", "The Native Who Caused All the Trouble" et "The Fourth Reich".

Le cinéma en langue afrikaans, à de rares exceptions près ("Broer Matie" de Rautenbach, "Mamza" de Johan Blignaut et "Fiela se Kind" de Katinka Heyns, ainsi que des fictions et séries télévisées comme "Veldslag" [1990]), connut une période de stagnation durant trente ans avant de disparaître dans les années 1980.

La création d'une industrie du cinéma bantou au cours des années 1970 joua également un grand rôle dans le morcellement du cinéma national. Cette impulsion donnée au cinéma noir permit la réalisation d'un grand nombre de films médiocres en langues ethniques, projetés dans des églises, des écoles, des salles municipales et des buvettes. L'implantation de cinémas noirs dans les zones urbaines blanches était contraire à la politique gouvernementale, car elle aurait eu valeur de reconnaissance de la citoyenneté des citadins noirs. L'urbanisation des noirs était dépeinte de façon uniformément négative, tandis que la vie dans les bantoustans était présentée comme plus appropriée. A cette époque, les publics noir et blanc étaient traités différemment. Les publics étaient séparés, chacun étant doté de ses propres règles, modes de fonctionnement, films et cinémas. Tout film qui parvenait à voir le jour et reflétait d'une manière ou d'une autre l'agitation de la société sud-africaine était interdit par l'Etat ou ne bénéficiait d'aucune distribution et ne pouvait donc prétendre à aucun type de subvention. Le cinéma bantou ne donna donc pas naissance à un véritable cinéma national : il ne s'agit que de quelques piètres films paternalistes réalisés pour le public noir principalement par des Blancs.

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