"J'ai tourné mon premier film, Pather Panchali, parce que je
pensais pouvoir m'exprimer dans un langage audiovisuel. J'étais
d'ailleurs un fervent cinéphile depuis l'école, et j'avais
lu de nombreux ouvrages sur le cinéma. Mon père et mon
grand-père étaient l'un et l'autre peintres, écrivains
et poètes, en sorte que j'ai éprouvé le besoin
d'utiliser un moyen d'expression qu'ils n'avaients pas exploré.
Ainsi, je me suis tout naturellement tourné vers le cinéma,
alors qu'en fait j'exerçais la profession de dessinateur".
Satyajit Ray
HOMMAGE A SATYAJIT RAY - INDE
Trois
filles (teen kanya) - 1961
Kanchanjungna
- 1962
La
grande cité (mahanagar) - 1963
Charulata
- 1964
Rabindranah
Tagore - 1961
The
Inner Eye (L'oeil interne) - 1972
Bala
- 1976
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(Programme du 13ème Festival des 3 Continents, Novembre 1991)
L'ARTISTE AU TRAVAIL
Présenter Satyajit Ray réalisateur est inutile. Des films comme "Le
salon de musique", "La maison et le monde", ceux de la trilogie d'Apu,
parmi d'autres, ont assis sa réputation. Ray novelliste commence aussi
à être connu, plusieurs de ses nouvelles ayant été notamment publiées
en français. Pour enfin découvrir d'autres aspects rayens, une exposition
de photographies et une photo-biographie - préfacée par Henri CartierBresson
et parue aux Editions Eiffel à Bruxelles - ont pour but de montrer l'éclectisme
de l'Artiste au travail. Satyajit Ray écrit, dirige, réalise, mais aussi
dessine. Et surprise, on le découvre derrière la caméra, au montage
et même en train de composer de la musique. Nemai Ghosh, son photographe
de plateau depuis 1968, se partage entre cinéma et théâtre. Il possède
dans ses tiroirs plus de 100 000 photographies de Ray et de son équipe.
La photo-biographie met en rapport ces portraits, dressés par quelqu'un
devenu intime, avec des témoignages "Contributions" de diverses personnes,
personnalités même, qui, à travers le monde, ont eu un rapport avec
Ray ou son oeuvre.
Pour essayer d'appréhender les facettes de l'artiste, il faudrait retourner
dans l'histoire de sa famille, de son enfance, de ses lectures. Musique,
littérature, dessins n'avaient pas de secrets pour son grand-père et
son père, proches de Tagore. Fils unique, Raya perdu son père lorsqu'il
avait deux ans et a vécu une enfance heureuse mais solitaire. Enfant,
il allait déjà au cinéma (il avait déjà vu des Lubitsch vers l'âge de
20 ans). Adolescent, il découvre ce qui va devenir une obsession: la
musique classique occidentale. A un âge où les jeunes Bengalis écrivaient
des poèmes, Satyajit collectionnait des disques et prenait l'étude de
la musique à coeur. Enfin, ses lectures étaient fictions en anglais,
Jules Verne, Conan Doyle...... Bref, il n'avait point conscience de
ses racines bengalies. Après avoir terminé un graduate en économie à
Calcutta, il décida d'aller étudier à Santiniketan, l'université de
Tagore, pour répondre surtout à un souhait de sa mère. Il s'inscrivit
en section peinture, sans aucun souhait de devenir peintre, mais parce
qu'il était doué pour le dessin déjà dès son plus jeune âge - don certainement
hérité de son père. Etudes qu'il abandonne après deux ans et demi. Mais
ce passage obligé lui avait non seulement permis de retrouver une tradition
indienne, mais surtout appris à regarder peinture et nature. De retour
à Calcutta, Ray qui adore la ville dans toutes ses agitations et turbulences,
allait enfin retrouver ses cinémas et ses rues grouillantes. Il allait
travailler comme artiste dans une agence de publicité. La seconde guerre
mondiale avait fait venir ses soldats étrangers et leurs films - Chaplin,
Keaton mais aussi Capra, Ford, Wyler, ... Et la corrélation entre musique
classique et cinéma allait s'affirmer auprès de lui: rythme, contraste,
temps, état d'esprit... Musique occidentale et non indienne, qui elle
est improvisée, la structure en étant décorative et non dramatique.
Il remarqua aussi que tous les pionniers du cinéma, ceux qui en ont
créé le langage et la grammaire, étaient sensibles à la musique: Griffith,
Abel Gance, Eisenstein; l'intérêt qu'il portait au cinéma l'amena à
créer la Calcutta Film Society en 1947, mais aussi à écrire des scénarios.
Pendant ce temps-Ià, il illustrait aussi des histoires et préparait
des couvertures de livres pour une jeune maison d'édition. C'est d'ailleurs
en illustrant "Pather Panchali" qu'il eut l'idée d'en faire un film.
Deux évènements, feront basculer sa carrière de directeur artistique
d'une agence de publicité vers le cinéma à temps plein: la rencontre
avec Jean Renoir, venu à Calcutta pour le tournage du "Fleuve" (1948-50)
et, un an plus tard, "Le voleur de bicyclette" de De Sica, qu'il voyait
pour la première fois à Londres. Une révélation qui allait confirmer
son désir de devenir réalisateur.
Après plusieurs films, c'est seulement en 1961 qu'il relance Sandesh,
la revue pour enfants créée par son père en 1913 (magazine qui après
13 années d'existence allait être réédité en 31-32 pour quelques années
et ensuite disparaître). Rédacteur en chef, Ray y écrit aussi des nouvelles
qu'il illustre.
Et ainsi, ces trente dernières années, Raya consacré et consacre son
temps à ses films, à ses nouvelles, à ses dessins et à la musique qu'il
compose pour ses films.
Alok b. Nandi
Bruxelles le 28.10.91
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