(Programme du 11ème Festival des 3 Continents,
Novembre 1989)
Ceux qui suivent le Festival des 3 Continents depuis
plusieurs années ont pu déja se faire une opinion sur
le cinéaste coréen Im Kwon-taek. En effet dans le cadre
de la rétrospective du cinéma coréen organisée
en 1986 deux films d'lm Kwon-taek avaient éte programmés,
suivis en 1987 par "Sibaji" (Mère porteuse) et en 1988
par "Adada". En voyant ces 4 films nous pouvions déjà
dire que nous étions en présence d'un cinéaste
important. Il m'est alors apparu évident d'en savoir plus sur
ce réalisateur et ce fut alors pour moi une surprise de découvrir
qu'il avait réalisé 90 films. L'or plus grande et sérieuse
approche de ce réalisateur s'imposait et c'est lors d'un deuxième
voyage Séoul en Avril 1989 que j'ai pu sur place vérifier
l'importance d'lm Kwon-taek dans le cinéma coréen mais
aussi dans toute l'Asie du Sud-Est. Malheureusement je n'ai pu comme
je l'aurais souhaité visionner la majorité de ses films,
la plupart n'existant qu'en support négatif. Mais malgré
cela j'ai pu sélectionner 13 films dont le dernier est présenté
en compéti tion. J'espère que vous partager le plaisir
que j'ai eu à voir ces films et que comme moi, vous reconnaîtrez
l'immense talent de ce cinéaste prolifique
Alain Jalladeau
Il est difficile de découvrir la véritable
personnalité de lm Kwon-taek, car son expérience de la
réalisation s'étend sur plusieurs genres et diverses tendances
films d'amour, films historiques, films de guerre, films littéraires,
films anti-japonais etc. En premier lieu, il faut voir le caractère
cohérent des oeuvres. Les films de guerre évoquent l'importance
de la femme et l'affirmation du soldat en tant qu'individu victime de
l'idéologie. Ces films tendent à mettre en cause le monde
extérieur inhumain à travers le regard des enfants. Les
films anti-japonais accordent plus d'importance aux rapports humains
qu'aux conflits idéologiques. Les films littéraires traitent
de la femme et de l'amour maternel les femmes qui surmontent les difficultés
de la pauvreté. de la société, le chagrin des femmes
au destin brisé et celles qui veulent sortir de leurs tâches
ménagères. Les films d'amour dépeignent les efforts
de survie à travers la pauvreté. Ce qui impressionne dans
ce genre de film, c'est que les personnages n'ont pas de haine à
l'égard des gens qui les empêchent de dépasser leur
condition, marquée par la fatalité : c'est l'attitude
contemplative devant la vie et la tentative de compréhension
positive de l'homme. Ces esquisses rendent possible la découverte
de caractères communs à tous les genres de films. Tout
d'abord, l'existence de la femme et l'amour maternel apparaissent essentiels.
La relation entre les personnages se base sur l'humanité, ce
qui signifie que la plupart des oeuvres se terminent par une fin heureuse.
Ces films soulignent la sensibilité coréenne et surtout
la fidélité de la femme. Ils s'éloignent des succès
commer- ciaux érotiques. Le signe particulier des films de ce
réalisateur est le regard positif qu'il a sur tous ses personnages.
Bien qu'ils souffrent par les autres, ils ne détestent pas l'adversaire.
Ils gardent le juste milieu et veulent vivre ensemble en harmonie. Les
conflits n'éclatent donc pas dans le paroxysme, c'est pourquoi
les personnages subissent silencieusement leurs souffrances. Les interprètes
principaux et les acteurs qui ont un rôle secondaire n'ont pas
de personnalité très marquée. Cette façon
de mettre en scène, propre à Im Kwon-taek rend secondaire
la structure dramatique de ses films. Im Kwon-taek, humaniste et idéaliste
est aussi un poète. La plupart de ses films finissent par une
scène où le personnage part sur la route pour découvrir
un autre monde. Son film commence véritablement par le mot "Fin".
"Au début de ma carrière, au début
des années 60, j'ai réalisé des films très
différents, j 'ai dirige des comédies, des films de gangsters
et même quelques westerns... Mais ensuite je me suis consacré
toujours davantage à ce qui me tenait à coeur, c'est à
dire au drame à caractère historique avec un contenu social.
Ce qui m'intéresse, c'est d'exprimer d'une manière originale,
les vrais problèmes des gens de mon pavs, en apportant ma contribution
de cinéaste, en aidant les gens à trouver des solutions.
La façon de penser de mes compatriotes m'intéresse leurs
émotions, leurs sentiments... Ce que j'essaie de faire, c'est
de traduire dans une forme cinématographique le rythme de la
vie de mon pays. Je veux étre un auteur coréen et m'exprimer
authentiquement.
"Parfois on me demande ce que je suis. Chaque fois, je me rends
compte que le sens de ma vie est le même que celui de mon travail
faire des films".
Im Kwon-taek