NAIMA AKEF
- 17ème Festival des 3 Continents, Novembre 1995 -
C'est ma jeunesse... c'est mes débuts au cinéma... c'est un nom qui a affiché
"complet" à la sortie de son premier film "Le pain et le sel".
A l'époque, j'avais cherché à comprendre... à comprendre le secret du
succès... le secret qui fait d'une personne une "star"...
Et les années passèrent... Je faisais des films... Elle en faisait aussi...
On ne se connaissait pas... Et un jour, on me demande de mettre en scène
un "remake" du "Comte de Monte Christo" que j'avais tourné dans les
années cinquante avec Samia Gamal... Je pense à Naïma.
Et ce fut notre première rencontre : la rencontre avec la douceur... la
docilité... l'amour du travail... J'ai rencontré la vedette qui n'a pas
d'autre souci que collaborer avec son metteur en scène... pour "faire
mieux".
Actrice... c'est la comédienne moyenne... Danseuse... c'est la classe. La
grande danseuse sans vulgarité... décente... gracieuse... interprétant la
musique orientale comme elle doit être interprétée. Avec Tahia Carioca
et Samia Gamal, elle formait le trio de la "danse orientale".
On m'a dit... C'est normal... C'est normal... Elle vient du cirque où elle
a travaillé avec sa famille... On m'a dit... On m'a dit...
Ce que je sais... C'est que j'ai rencontré une fille adorable qui se
tuait pour faire mieux... qui avait en elle une beauté qui voulait se
manifester...
Et c'est peut-être ça qui a fait d'elle une "star".
Henri Barakat,
Réalisateur
Elle est la première danseuse orientale que le monde arabe a vu en
couleur à l'écran, dans "Papa se marie", premier film égyptien en technicolor
réalisé en 1950 par Hussein Fawzi, qui deviendra par la suite son mari.
Au contraire de ses célèbres collègues, Samia Gamal et Tahia Carioca,
Naïma Akef ne vient pas des cabarets du Caire. Son apprentissage de
la danse s'est fait en même temps que celui de l'acrobatie, dans le
cirque Akef, tenu par sa famille. Fille de saltimbanques, avec une petite
expérience dans la comédie-théâtrale, Naïma Akef bouscule les habitudes
de ses aînées, dès son apparition à l'écran en 1949 dans "Le pain et
le sel" de Hussein Fawzi. Consciente de ses atoûts acrobatiques, elle
place d'emblée la danse orientale sous le signe de la performance physique.
Il ne lui suffisait plus d'être aimée pour la beauté de son corps et
de la création d'une chorégraphie aux multiples formes, elle rendait
en permanence hommage à son public, en lui offrant l'inattendu d'un
geste qui force l'admiration. Cette volonté d'être toujours spectaculaire,
à l'image d'un footballeur-dribbleur, a permis à Naïma Akef de défendre
une conception constamment instinctive de la danse orientale. Elle fera
école. Dans les années soixante, elle a eu des émules, dont Zoheir Zaki,
celle qui a inventé le geste limite dans la danse arabe. Jusqu'au bout
la vie de Naïma Akef a été faite de panache ; elle sera la seule danseuse
orientale morte à l'âge de la retraite, à 37 ans, en 1966.
Nidam Abdi,
Journaliste à Libération