GRANDE OTELO
- 15ème Festival des 3 Continents, Novembre 1993 -
Sebastiao Prata dit Grande Otelo est né en 1915 dans l'Etat de Minas-Gerais.
Enfant, il voit "The Kid" de Chaplin et décide de devenir vedette de
cinéma comme Jackie Coogan.
En 60 ans de carrière artistique, il a joué dans plusieurs dizaines
de spectacles de revues, et dans plus de quatre-vingts films. Pendant
quelques années, Otelo a une vie difficile : "Quand j'avais de l'argent,
je dormais dans une pension et quand je n'en avais pas, je dormais sur
un banc public. C'est à cette époque que j'ai appris à connaître la
ville, les bas- fonds". C'est là qu'il vit des aventures et rencontre
les personnages qui inspireront une grande partie de son répertoire.
Orson Welles arrive à Rio en 1942 pour y tourner un film. Il s'enthousiasme
pour le Brésil populaire, la samba, et.... Grande Otelo. Celui-ci a
un rôle important dans "It's all true", tourné à Rio et au Ceara. Mais
les producteurs américains n'apprécient pas l'acuité du regard que Welles
porte sur la réalité brésilienne. Les trois-quarts du film finiront
au fond des mers.
Il obtient son premier grand rôle dans "Moleque Tiao" (Le gosse Sebastiao)
de José Carlos Burle (productions "Atlantida") qui retrace sa propre
histoire.
En 1949, le même réalisateur lui confie un nouveau rôle dramatique
dans "Tambien somas irmaos" (Nous sommes aussi frères), sans doute un
des premiers films à aborder le problème du racisme.
Les grands succès des productions "Atlantida" sont les Chanchadas,
comédies avec des numéros chantés et dansés. Il doit surtout sa popularité
au tandem comique qu'il forme avec Oscarito.
Bien qu'en 1957, il tourne dans "Rio Zona Norte" de Nelson Pereira
dos Santos, la chanchada, où Otelo a triomphé et qu'il a toujours aimé,
le marque aux yeux des jeunes réalisateurs qui, au début des années
60, entreprennent de "révolutionner" le cinéma novo.
Le cinéma novo s'amorce sur un double mouvement : le retour au réel
et la recherche de l'imaginaire brésilien, le terrain d'élection étant
le Nordeste. Otelo ne pouvant être accepté par Glauber Rocha et ses
amis qui voulaient faire peau neuve, le Noir du cinéma novo sera donc
Antonio Pitanga.
Otelo est tout d'abord tenu à l'écart. Il continue de faire des chanchadas...
pourtant il s'impose de façon fulgurante dans les films : "Assalto ao
trem pagador" (L'attaque du train postal) de Roberto Farian (1962) et
"Macunaïma" de Joaquim Pedro de Andrade (1969). A partir des années
70, il est invité à jouer des rôles courts dans de nombreux films :
comédies, drames politico-policiers, comédies underground etc. puis
il devient guest star de nombreux films dont "Fitzcarraldo" de Werner
Herzog.
Actuellement dans la crise que vient de traverser le cinéma brésilien
il travaille sutout pour la télévision : télénovelas, émissions de variétés,
magazines, et il continue à faire des spectacles de revues. Otelo est
aussi compositeur et il a même écrit les musiques de certains films
de chanchadas.
Extrait d'un texte de Ariel de Bigault