width="33" height="1" valign="top">
3continents.com


 

 

 

 

 

 

HOMMAGE A AYAKO WAKAO - JAPON

Les musiciens de Gion (gion bayashi) - Kenji MIZOGUCHI - 1953
Chambre de punition (shokei no heya) - Kon ICHIKAWA - 1956
Le pont Nihon (nihonbashi) - Kon ICHIKAWA - 1956
La lueur des lucioles (hotarubi) - Heinosuke GOSHO - 1958
Herbes flottantes (ukigusa) - Yasujiro OZU - 1959
Un gars dans la bourrasque (karakkaze yaro) - Yasuzo MASUMARA - 1960
Confessions d'une épouse (tsuma wa kokuhaku suru) - Yasuzo MASUMARA - 1961
Le temple des oies sauvages (gan no tera) - Yuzo KAWASHIMA - 1962
La vengeance d'un acteur (yukinojo henge) - Kon ICHIKAWA - 1963
La poupée brisée (echizen take ningyo) - Kozaburo YOSHIMURA - 1963
Svastika (manji) - Yasuzo MASUMARA - 1964
La femme de Seisaku (seisaku no tsuma) - Yasuzo MASUMARA - 1965
L'ange rouge (akai tenshi) - Yasuzo MASUMARA - 1966
L'épouse de Seishu Hanaoka (hanaoka seishu no tsuma) - Yasuzo MASUMARA - 1967

 

 

Ayako Wakao avec Kenji Mizoguchi

 

 


Ayako Wakao ou la beauté fatale
- 12ème Festival des 3 Continents, Novembre 1990 -

En 1953 sortait sur les écrans japonais un film de Kenji Mizoguchi, "Gion hayashi" (connu en France sous le titre "Les musiciens de Gion") dans lequel une jeune "maiko" (geisha débutante) frappait par le rayonnement d'une beauté pure et la fraîcheur de la jeunesse. C'était Ayako Wakao, et elle avait à peine vingt ans. Elle tenait là son premier rôle vraiment important depuis qu'elle avait été choisie parmi les jeunes actrices issues de l'école de la Cie Daiei, et, dit-on par son président en personne, Masaichi Nagata. Son extrême beauté, et notamment le parfait ovale de son visage, l'avait naturellement aidé dans ses débuts, et elle était rapidement devenue l'une des actrices les plus prisées des jeunes spectateurs japonais, mais, grâce à ferme direction de Mizoguchi et de quelques autres excellents metteurs en scène, (Gosho, Kawashima, Ichikawa, et surtout Yasuzo Masumura), elle prouva rapidement qu'elle pouvait être aussi une interprète de premier plan. Mizoguchi la choisit de nouveau pour incarner la frêle Yasumi, une jeune prostituée qui a besoin d'argent pour sortir son père de prison, dans son dernier film, "La rue de la honte" (Akasen chitai, 1956), aux côtés de la superstar de la Daiei, Machiko Kyo.
Et déjà, Kon Ichikawa s'en empare dans certains films de sa meilleure période, celle des années cinquante : on la voit clans "Nihonhashi", un film de geisha tiré d'un roman de Kyoka Izumi, mais surtout dans "La salle du châtiment" (Shokei no heya, 1956), adaptation d'un roman à scandale de Shintaro Ishihara, où, jeune fille violée par un étudiant, elle symbolise la pureté de la jeune japonaise "éternelle" souillée par la brutalité masculine de l'après-guerre.
Elle tourne alors de cinq à dix films par an, comme n'importe quelle actrice sous contrat, et traverse tous les genres d'un cinéma japonais en plein épanouissement artistique et commercial. Parmi les dizaines de titres de cette période faste, souvent inconnus ici, on peut retenir les quelques films qu'elle a tournés sous la direction de grands cinéastes. "La lueur des lucioles" (Hotaruhi) pour Heinosuke Gosho (1958), où elle ne tient pourtant qu'un rôle modeste aux côtés dc Chikage Awashima ; "Le visage de la nuit" (Yoru no sugao), de Kozaburo Yoshimura (1958), "Au revoir et bonjour" (Sayonara, konnichiwa, 1959) et "Bonchi" (Le fils à papa, 1960) deux comédies de Kon Ichikawa, mais surtout l'admirable "Herbes flottantes" (Ukigusa, 1959), Ie seul film de Yasujiro Ozu tourné pour la Daiei, où elle incarne la jeulle actrice (Kayo) d'une troupe de theâtre ambulant, dans ce remake d'un classique muet de I'auteur (1934).

Masumura-Pygmalion
Au tournant des années cinquante/soixante, Ayako Wakao commence à endosser sa nouvelle personnalité : elle n'est déjà plus "la petite fiancée du Japon", mais devient peu à peu cette "beauté fatale" pour qui les hommes japonais ont les yeux de victimes consentantes.
Et c'est sans aucun doutc Yasuzo Masumura qui va devenir son Pygmalion des studios Daiei, plus que Kawashima ou d'autres cinéastes de la compagnie. Ce jeune cinéaste (1), qui avait été condisciple de Mishima à l'université impériale de Tokyo pendant la guerre, s'était fait remarquer à la fin des années cinquante, en publiant des textes dans la revue "Higa Hyôron" ("Critique de cinéma"), ou il exprimait sa volonté de peindre des personnages assumant dynamiquement leur ego et leurs désirs ce qui était alors proprement révolutionnaire au Japon. II affirmait aussi I'existence physique de la femme japonaise, en contraste avec un homme "dévalorisé" : "Contrairement à l'homme, qui n'est qu'une ombre, la femme est un être qui existe réellement, c'est un être extrêmement libre. Voila l'érotisme tel que je le vois", déclarait-il alors au critique Koichi Yamada (2). Sa première égérie fut Hitomi Nozoe, interprète de nombre de ses premiers, films (1957/1959), mais il put totalement concrétiser ses théories avec Ayako Wakao, pendant une dizainc d'années. II sut, mieux que personne, capter les rayons fatals d'Ayako aveuglant les hommes jusqu'à leur perte morale ou à leur mort.
Apparue dès 1957 dans "Une fille sous le ciel bleu (Aozora musume), et dans plusieurs films du cinéaste en 1958/1959, elle connut son premier grand rôle "masumurien" dans "Confessions d'une épouse " (Tsuma wa kokuharu suru, 1960) la même année que le fameux "Un gars dans la bourrasque" (Karakazze yaro) dont Ie protagoniste principal n'était autre que Yukio Mishima en Yakuza fataliste et que "Le faux universitaire" (Nise dai gakusei).
Masumura y peaufine déjà une écriture très calligraphique, qu'il perfectionnera et apurera dans ses films suivants.
Ayako Wakao y devient son modèle de femme "moderne" et libérée, dont la beauté est alors un piège pour les hommes qui se perdent dans son regard, ou dans son corps. Il faut donc découvrir ces films insolites et superbes que sont "Confessions d'une épouse", où Ayako rampe, blessée et humi- liée dans une scène finale inoubliable, "Le mari a tout vu " ou "Le mari était là" (Otto ga mita, 1964), le bouleversant "La femme de Seisaku" (Seisaku no tsuma, 1965, d'après le puissant roman de Gen- jino Yoshida), ou encore "Syastika" (Manji, 1966, d'après l'oeuvre de Tanizaki), où elle incarne une meurtrière ambiguë.
Mais le point culminant de la double carrière Masumura/Wakao est peut-être le fameux "L'Ange rouge" (Akai tellshi, 1966) où, dans le rôle de l'infirmière Sakura elle exerce un rapport de domination absolue avec l'homme (Ie Dr Okabe) jusqu'à lui rendre sa virilité perdue en endossant son uniforme, dans une scène érotique jugée très osée à l'époque. Film fascinant et ambigu, souvent aux limites du supportable, l'Ange Rouge" résumc toute la thématique de Masumura, selon laquelle la femme moderne japonaise est plus énergique que l'homme, au-delà des apparences. Même dans un film plus académique comme "La femme de Seishu Hanaoka" (Hanaoka Seishu no tsuma, d'après le roman de Sawako Ariyoski, 1967), c'est grâce à son épouse Kae que le Dr Hanoka peut mener à bien ses recherches sur l'anesthésie, quitte à la rendre aveugle...
La collaboration unique entre Masumura et son actrice-fétiche semble avoir pris fin en 1969 avec une adaptation curieuse dc "Nuée d'oiseaux blancs" ou "Mille grues sauvages" (Senbazuru) de Kawa- bata, alors que la Daiei etait au bord de la faillite Entretemps, elle avait aussi tenu des rôles importants dans certains films de Yuzo Kawashima, notamment le très beau "Le temple des oies sauvages" (Gan no tera, 1962) et "Une femme née deux fois," (Onna wa nidô umareru, 1961), de Kon Ichikawa "La vengeance d'un acteur" (Yukinojo henge, 1963 ou elle incarne la sublime Namiji, amoureuse de I'oyama Yukinojo jusqu'au tragique), ou de Kozaburo Yochimura "La poupée de bambou" (Echizen take ningyô, 1963, un mélodrame paysan et social).
Bientôt, au cours des années 70, en plein déclin du cinéma japonais artistique, elle abandonnera pratiquement le grand écran pour le petit, se faisant l'interprète de plusieurs séries télévisées, et elle épousera un architecte renommé, Kisho Kurokawa. Elle reviendra de temps à autre au cinéma pour des rôles de composition élégants comme "La légende de la princesse de la lune" (Takctori nonoga- tari, 1987), un fable historico-fantastique d'un Ichikawa en perte de vitesse.
Mais pour tous ses admirateurs japonais ou autres, Ayako Wakao restera "L'Ange rouge" et l'héroïne irremplaçable de Masumura, qui ne fut pourtant pas tendre pour elle . "C'est une femme très égoïste et calculatrice. A un certain moment, elle était pleine de vitalité. Je crois avoir su utiliser son égoïsme et sa vitalite. Ce n'est pas une femme pure et elle le sait très bien... " (3) Le maître aurait-il failli être lui aussi dominé par son "esclaveé " ? C'est un secret bien gardé dans le chemin sinueux du cinéma japonais. Quoiqu 'il en soit, le mot de la fin sera "Ayako forever ?"

Max Tessier

(1) 1924-1986
(2) Traduit dans les "Cahiers du cinéma" n°224 (octobre 1970) dans un des rares dossiers publiés en France sur Masumura.
(3) Cf "Cahiers du cinéma" n°224

 

Filmographie essentielle (A Wakao a tourné environ 90 films de cinéma)

Née à Tokyo en 1933, Ayako Wakao suivit les cours de l'école d'acteurs de la Cie Daiei, où elle fut séléctionnée par Masaichi Nagata, alors président de la Daiei.
Elle tourna ses premiers films en 1952, dans des rôles de "jeune fille japonaise typique", mais c'est Kenji Mizoguchi qui lui donna sa véritable chance en 1953 avee "Gion bayashi" (Les musiciens de Gion).

Principaux films

1952
"Nagasaki no uta wawasureji" (Jamais je n'oublierai le chant de Nagasaki) de Tomotaka Tasaka (1er film)

1953
"Gion bayashi" (Les musiciens de Gion) de Kenjj Mizoguchi (sorti en France)

1954
"Aru onna (Une certaine femme) de Shiro Toyoda,
"Bara ikutabi" (Plusieurs fois une rose/A girl isn't allowed to love) de Teinosuke Kinugasa

1955
"Maboroshi no uma" (Le cheval fantôme) de Koji Shima

1956
"Shokei no heya" (La chambre de punition) de Kon Ichikawa"
"Nihonbashi" de Kon Ichikawa, "Akasen chitai" (La rue de la honte) de Kenji Mizoguchi (sorti en France)

1957
"Yunagi" (Sérénite du soir) de Shiro Toyoda,
"Aozora musume" (Une fille sous le ciel bleu) de Yasuzo Masumura.

1958
"Hitotsubu no mugi" (Un grain de ble) de Kozaburo Yoshimura,
"Yoru no sugao" (Le visage nu de la nuit/The ladder of success) de K. Yoshimura,
"Hotarubi" (La lueur des lucioles) de Heinosuke Gosho.

1959.
"Sayonaa, konnichiwa" (Au revoir, bonjour) de Kon Ichikawa,
"Saiko shukun fujin" (Femme de champion) de Yasuzo Masumura,
"Hanran" (Débordements) de Yasuzo Masumura,
"Ukigusa" (Herbes flottantes) de Yasujjro Ozu,
"Bibo ni tsumi ari" (C'est la faute de la beauté) de Yasuzo Masumura.

1960
"Jokyo"/ou "Nyokyo" (Testaments de femmes) épisode de K. Yoshimura,
"Karakkaze yaro" (Un gars dans la bourrasque/Afraid to die) de Yasuzo Masumura,
"Bonchi" (Un fils a papa) de Kon Ichikawa,
"Nise daigakusei" (Le faux universitaire) de Yasuzo Masumura.

1961
"Tsuma wa kokuhaku suru" (Confessions d'une épouse) de Yasuzo Masumura,
"Onna no kunsho" (La décoration de la femme) de K. Yoshimura,
"Koshoku ichidai onna" (La vie d'une amoureuse/All for love) de Yasuzo Masumura,
"Onna wa nido umareru" (Une femme naît deux fois) de Yuzo Kawashima,
"Konki" (L'âge du mariage) de K Yoshimura,
"Gan no tera" (Le temple des oies sauvages) de Yuzo Kawashima

1962.
"Tadare" (Démangeaisons/Stolen pleasure) de Yasuzo Masumura,
"Sono yo wa wasurenai" (Je n'oublierai pas cette nuit-là) de K Yoshimura,
"Futen rojin nikki" journal d'un vieux fou) de Keigo Kimura.

1963
"Yukinojo henge" (La vengeance d'un acteur) de Kon Ichikawa (sorti en France),
"Shitoyakana kedamono" (Une bête élégante) de Yuzo Kawashima,
"Echizen take ningyo (La poupée de bambou d'Echizen) de K. Yoshimura.

1964
"Manji" (Svastika/Passion) de Yasuzo Masumura,
ŅOtto ga mita" (Le mari a tout vu/Le mari était là) de Yasuzo Masumura,
"Kizudarake no sanga" (Montagnes et rivières criblées de blessures/A public benefactor/Tycoon) Satsuo Yamamoto

1965
"Seisaku no tsuma" (La femme de Seisaku) de Yasuzo Mawmura,
"Namikage" (L'ombre des vagues) de Shiro Toyoda

1966
"Irezumi" (Tatouages/Spider girl) de Yasuzo Masumura,
"Hyoten" (Le point de congélation) de S Yamamoto,
"Akai tenshi" (L'ange rouge) de Yasuzo Masumura (sorti en France)

1967
"Satogashi ga kowareru toki" (Lorsque le gâleau s'émiette) de Tadashi Imai,
"Tsuma futari" (Deux épouses) de Yasuzo Masumura"
"Hanaoka Seishu no tsuma" (La femme du docteur Hanaoka) de Yasuzo Masumura

1968
"Teppô denraiki" (Histoire de l'importation des fusils de Tanegashima/The saga of Tanegashima) de Issei Mori

1969.
"Senbazuru" (Mille grues sauvages/Nuée, d'oiseaux blancs) de Yasuzo Masumura

1970 "Zatoichi to Yojimbo" (Zatoichi et Yojimbo) de Kihachi Okamoto,
"Suparuta kyoiku - Kutabare oyaji" (Education spartiate - A mort le père !) de Toshio Masuda (Nikkatsu)

1971 . "Otoko wa tsuraiyo - Junjo hen" (C'est dur d'être un homme - Les amours pures) de Yoji Yamada (Shochiku)

1975 . "Aru eiga kantoku no shogaj - Mizoguchi Kenji no kiroku" (Kenji Mjzoguchi, vie d'un cinéaste) de Kaneto Shinto.

1987 "Taketori monogatari" (Histoire de Taketori/The legend of the princess of the moon) deee Kon Ichikawa.

Films de télévision
A partir des années 1970, Ayako Wakao a tourné plusieurs téléfilms et séries de télévision, dont:

1970 "Kokekokko" (Cocorico) TBS 197I. "Nanatsu chigai" (Sept ans de différence) NTV.

1972 "Sin heike monogatari" (Histoire du clan Heike/remake du Héros sacriège) NIIK, "Akahige" (Barberousse) NHK 38

]973 "Sayonara o watashi ni" Dis-moi au revoir) TBS, "Wakare no asa" (Le matin de la sépararation) TBS.

1974 "Onna no kimochi" (L'humeur d'une femme) Fujj TV

1975 "Genroku Taiheiki" (Chroniques guerrières) NHK, "Kai" (L'aviron) NET TV

1976. "Onna no ashi oto" (Le bruit des pas d'une femme) Fuji TV

1978 " Mizuki no hana no niou toki" ( Quand se répand le parfum des fleurs de mizuki) Asahi TV

1979 "Tabidachi wa ai ka" (Le départ, est-ce I'amour ?) TBS.

198O "Fuyu no koibito" (L'amant de l'hiver) Fuji TV.

Ayako Wakao a également interpreté de nombreux rôles au théâ- tre dans les années 70 et 80. Ellc a obtenu trois fois le prix " Kinema Jumpo" de la meilleure actrice. En avri11971, après la faillite de la Daici, elle a fondé une maison de production appelée Murai Jimusho (Le bureau Muraj). Elle s'est remariée avec l'architecte Kisho Kurokawa.

Filmographie établie par Max Tessier, avec la collaboration de Cécile Sakaj

 

 



f3c
Copyriqht © 2005 Festival des 3 Continents - Tous droits réservés - All right reserved for all countries - festival@3continents.com