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kazakhstan   Programme kazakh 2001

 

L'épopée d'une mère - Aleksandr Karpov - 1963

Les empreintes se perdent à l'horizon - Majit Begaline - 1965

La terre de nos pères - Chaken Aïmanov - 1967

Une matinée agitée - Abdulla Karsakbaiev - 19

Ma soeur Lucie - Ermek Shinarbaev - 1985

Dernier arrêt - Serik Aprymov - 1989

Un petit poisson amoureux - Abaï Karpikov - 1989

Kardiogramma - Darejan Omirbaev - 1995

Dernières vacances - Amir Karakulov - 1996 .

Et, en ouverture de la rétrospective :
La route - Darejan Omirbaev - 2001

 

 

 

titre

ANCIENNE ET NOUVELLE VAGUE KAZAKHE
( Programme du 23ème Festival des 3 Continents, Novembre 2001)

Les films kazakhs programmés par le festival des 3 Continents représentent de la meilleure façon qui soit les deux plus importantes générations de cinéastes. Ceux-ci ont travaillé dans les années 1960 et à la fin des années 1980 - début des années 1990. "L'ancienne" et la "nouvelle" vagues représentent, d'une part l'époque soviétique et d'autre part la décennie qui a suivi l'indépendance.

Même si le cinéma kazakh a fêté, l'année dernière, ses 70 ans, l'histoire de notre cinéma national, pour moi, ne commence qu'en 1954, lorsque fut tourné le premier long métrage de fiction kazakh. Il s'agit du film Un poème d'amour de Chaken Aïmanov. Le cinéma kazakh n'a donc que 45 ans. C'est une cinématographie relativement jeune, dont on peut être fier.

Les films de cette rétrospective La terre de nos pères (1967) de Chaken Aïmanov, L'épopée d'une mère (1963) d'Aleksandr Karpov, Les empruntes disparaissent à l'horizon (1965) de Majit Begaline et Une matinée agitée (1968) d'Abdulla Karsakbaev ont été réalisés par les cinéastes de la première génération, formés dans les années 40, durant la Deuxième Guerre mondiale.

À cette époque, les studios Mosfilm et Lenfilm furent évacués à Almaty, l'ancienne capitale du Kazakhstan. On y organisa "le Studio central unifié" ou "Tsoks", dans lequel travaillèrent les maîtres du cinéma soviétique comme Sergueï Eisenstein, Dziga Vertov ou Vsevolod Poudovkine... L'influence du Tsoks sur les Kazakhs qui commençaient tout juste à travailler dans le cinéma était considérable. Ce fut une véritable école cinématographique.

Mais avec la fin de la guerre et le départ des cinéastes russes, la production cinématographique est très vite retombée. Durant les neuf années qui suivirent, seuls quatre films de fictions furent réalisés, dont trois par des cinéastes russes. C'est seulement dans les années 50 que Chaken Aïmanov, le fondateur du cinéma national, réalise son premier film.

Dans l'ensemble, c'est surtout dans les années 60 que les cinéastes kazakhs furent très actifs. Le succès cinématographique bat son plein à la fin des années 60. Les films comme Kyz Jibek (1971) de Sultan Khodjikov et La Fin de l'Ataman (1971) de Chaken Aïmanov deviennent alors véritablement populaires. Le film pour enfants Chok et Cher (1971) de K. Kassymbekov reçut la première récompense internationale : le prix d'argent du festival de Monte Carlo. Puis Chaken Aïmanov et Majit Begaline disparaissent tragiquement et le cinéma kazakh décline.

Les années 1970 et le début des années 1980 sont des périodes assez insignifiantes du point de vue artistique, mais elles donnent, en revanche, naissance à de grands films idéologiques commandés par Moscou. On peut considérer la tétralogie Le Goût du pain (1980) du cinéaste russe Alekseï Sakharov, comme l'apogée du cinéma vantant l'idéologie socialiste.

Au début des années 1980 naît l'idée de former au VGIK [Institut de Cinéma de Moscou] par Sergueï Soloviev un groupe spécial de réalisateurs originaires du Kazakhstan. C'est ainsi que s'est formé le noyau dur de la Nouvelle Vague kazakhe, largement représentée au festival de Nantes : Terminus (1989) de Serik Aprymov, Ma s&brkbar;ur Lucie (1985) d'Ermek Chinarbaev, Un petit poisson amoureux (1989) d'Abaï Karpykov, Dernières vacances (1996) d'Amir Karakoulov et Jol (2001) de Darejan Omirbaev.

Lorsque l'on regarde côte à côte les films de ces deux générations, on peut faire des parallèles ou au contraire voir leurs différences. Le cinéma, de par sa nature, ne reflète pas seulement telle ou telle histoire ou tel ou tel événement, mais il transmet l'esprit de ces générations.

Nous pouvons voir par exemple dans cette rétrospective trois films relatifs au voyage : La terre de nos pères (1967), Terminus (1989) et Jol (2001). Le premier film est séparé du second par une vingtaine d'années, et entre le second et le troisième il n'y a qu'une dizaine d'années. Mais c'est à chaque fois un regard nouveau sur l'époque et une philosophie nouvelle.

Dans La terre de nos pères de Chaken Aïmanov, le vieil homme et son petit-fils font un long voyage à travers tout le Kazakhstan. Ils découvrent la réalité difficile qui les entoure, mais leur c&brkbar;ur est bientôt rempli d'amour et de fierté envers leur peuple et leur patrie. Dans Terminus de Serik Aprymov, il est encore question de voyage, mais cette fois-ci non pas vers le lointain mais plutôt vers les profondeurs et les entrailles d'un village typiquement kazakh. Après son service militaire, un jeune homme retourne dans son village natal et découvre avec le recul et l'objectivité de son point de vue, que les gens de sa génération sont devenus de véritables ivrognes. Tout n'est que corruption et vol, les femmes sont dépravées et plus personne ne respecte les anciens. Voilà où tout cela nous a menés ! D'où le titre du film Terminus. Jol de Darejan Omirbaev, troisième long métrage relatif au voyage, se définit comme un film où la réalité se mélange aux visions du héros, à son imaginaire. Ce dernier ne pense qu'à son nouveau film, bien qu'il se rende chez sa mère malade. Il arrivera finalement pour son enterrement. Ainsi, le réalisme socialiste de La terre de nos pères qui a évolué vers un néoréalisme kazakh représenté par Terminus, se transforme en un road movie post-moderne contemporain, Jol.

La Nouvelle Vague kazakhe, sur le plan esthétique a anéanti le réalisme socialiste. En fin de compte, le film Terminus ne peut pas vraiment être considéré comme un film néoréaliste car l'humour, l'ironie et le sarcasme y sont beaucoup trop présents. C'est comme si tout cela n'était pas sérieux. Cette même légèreté est également présente dans le film Un petit poisson amoureux d'Abaï Karpykov qui plaira, je pense, tout particulièrement au public français puisqu'il est réalisé dans un style impressionniste. Ici, ce n'est pas l'histoire qui est importante mais l'esprit du temps, l'atmosphère de la ville, qui n'est déjà plus soviétique mais qui commence à changer et qui fait en vérité d'Almaty une ville universelle sans frontière.

Ce qui est intéressant dans cette rétrospective consacrée au cinéma kazakh c'est que l'on peut y découvrir combien les changements sont rapides. Si, Ma sœur Lucie (1985) d'Ermek Chinarbaev représente l'école classique du cinéma soviétique, alors, apparaît, 10 ans après, un "film rétro" sur l'époque soviétique au Kazakhstan, Dernières vacances d'Amir Karakoulov. Ces deux films sont remplis de poésie, de talent et de charme.

Pour reprendre les mots de Flaherty, "dans chaque peuple il y a une graine de grandeur et le rôle du cinéaste est de trouver ce cas unique, ce mouvement unique, dans lequel se manifeste cette grandeur". Chaque film de cette rétrospective est un morceau de mosaïque qui crée un tableau général de la grandeur et la beauté du peuple kazakh.

Gulnara Abikeeva,
Critique de cinéma,
Docteur ès art