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LES FILMS 1937


Besos brujos (Baisers ensorcelés)
José Agustin Ferreyra

1938
Puerta cerrada (Porte close)
Luis Saslavsky

1943
Safo, historia de una pasion (Safo, histoire d'une passion)
Carlos Hugo Christensen

1945
Se abre el abismo (Descente aux enfers)
Pierre Chenal

1945
El canto del cisne (le chant du cygne)
Carlos Hugo Christensen

1946
El angel desnudo (L'ange nu)
Carlos Hugo Christensen

1947
La gata (La chatte)
Mario Soffici

1947
Dios se lo pague (Dieu vous le rendra)
Luis César Amadori

1947
Pobre mi madre querida (Ma pauvre mère chérie)
Homero Manzi et Ralph Pappier

1947
Los Pulpos (Les pieuvres)
Carlos Hugo Christensen

1947
Los verdes paraisos (Les paradis verts)
Carlos Hugo Christensen

1953
Armino negro (L'hermine noire)
Carlos Hugo Christensen

1953
Maria Magdalena (Marie-Madeleine)
Carlos Hugo Christensen

1954
Guacho (Le bâtard)
Lucas Demare

1955
La orquidea (L'orchidée)
Ernesto Arancibia

1955
Mas alla del olvido (Au-delà de l'oubli)
Hugo del Carril

1961
Bajo un mismo rostro (Sous un même visage)
Daniel Tynaire

 

melodrames argentins
1947
La gata (La chatte)
Mario Soffici  

 

melodrames argentins

1947
Dios se lo pague (Dieu vous le rendra)
Luis César Amadori  

 

melodrames argentins

1955
La orquidea (L'orchidée)
Ernesto Arancibia

 

 

LES GRANDS MÉLODRAMES ARGENTINS
(Programme du 18ème Festival des 3 Continents, Novembre 1996)

melodrames argentins

A l'heure où le mélodrame semble revenir à la surface sous des formes nouvelles, il est bon de revoir les "vrais" mélos, ceux dont la violence n'était pas exhibée mais intériorisée, ceux des désirs inassouvis, des destins impossibles des femmes émérites, des garces inavouées et pourquoi pas ceux des larmes essuyées non seulement à l'écran mais aussi dans la salle.
L'Argentine des passions exacerbées, l'Argentine du tango s'est pleinement retrouvée de 1937 à 1962, dans le mélodrame cinématographique mettant en valeur de grands cinéastes, Amadori, Tinayre, Saslavsky, Demare, del Carril etc.... et surtout Carlos Hugo Christensen auquel un hommage est rendu, avec pour la première fois l'intégrale des mélos qu'il a réalisés en Argentine entre 1943 et 1955.

Philippe Jalladeau

 

Le mélodrame se situe en général, dans un contexte sentimental, et comme les sentiments et l'affectivité sont toujours apparentés à ce qui est commun, le mélodrame fut donc totalement discrédité par la "haute culture". Tout au long de ses innombrables mutations historiques, le mélodrame s'est toujours inspiré des sentiments et des drames individuels : ces deux concepts sont à la base de la communication avec le public.

Le spectateur, qui n'a pas sa place dans la vie publique, se trouve dans un espace connu et privilégié, étant donné que le mélodrame prend la vie réelle comme toile de fond. C'est à cause de cette popularité que le genre mélodramatique fut méprisé. Touchant un public très large et hétérogène, le mélodrame se base sur des conflits simples oscillant entre le bien et le mal.

Le mot "mélodrame", peut être vu comme un monstre à deux têtes. Mais cette vision se modifie lorsqu'on considère que l'affectivité est aussi une forme culturelle. C'est dans ce cheminement de pensée que le mélodrame apparaît comme un modèle de représentation, qui fonctionne à la façon des processus historiques et culturels, comme une toile d'araignée.

Lorsqu' apparaît le cinéma parlant en Amérique latine, on assiste, avec l'utilisation des stéréotypes et de la musique populaire, à la mise en place immédiate d'un système de références auquel le public, en grande partie analphabète ou semi-analphabète, s'identifie totalement. Les immigrants ruraux, témoins des prémices de l'urbanisation, voient dans le mélodrame, un moyen de comprendre le monde moderne. En ce sens, le mélodrame cinématographique fut l'école sentimentale de plusieurs générations.

"...Tu serais si bien ici, à aider ton père. Pourquoi aller à Buenos Aires, si loin..." dit une mère à son fils, avant qu'il ne parte pour la capitale dans "Safo, histoire d'une passion". On trouve ici, de façon très explicite, une des clefs de l'histoire argentine : l'exode rural.

"...Attaché au souvenir, je continue de l'attendre..." chante Tita Merela dans "La fuite". L'attente est présentée comme étant une vertu féminine par excellence, et ce, pendant les premières décennies du cinéma parlant. Si on transpose cette vertu au mélodrame argentin, l'action se situera dans un cabaret portuaire avec le tango en musique de fond. A la fin de "Chèvrefeuille", Libertad Lamarque chante, en gros plan, l'Ave Maria de Schubert. Autour de sa tête, les fleurs blanches lui donnent un air de vierge souffrante.

La dévouée Blanca -prénom lié à la chasteté- chante alors que sa soeur se marie avec l'homme qu'elle aime. La résignation, comme image de l'amour, est une autre vertu féminine : cette scène en est l'illustration parfaite.

Dans "L'hermine noire", Laura Hidalgo descend le grand escalier de sa demeure, dans un plan d'ensemble. Elle donne des ordres à ses domestiques tout en médisant sur les invités de la soirée précédente. Le "statut social" de cette femme imposante qui descend le grand escalier de son formidable "living" est immédiatement reconnu par le public, qui a rapidement pris connaissance des codes établis dans et par le mélodrame.

On peut remarquer que le mélodrame réunit les espaces divisés par la culture. Ainsi, le mélodrame argentin des années 30, 40 et 50 fait figure d'allégorie nationale. Par ailleurs, il contribua à élaborer une image qui, pour le spectateur, fait référence à son propre univers familial : ses "idoles" parlent, s'expriment comme lui et ont les mêmes préoccupations que lui. C'est dans cette perspective que l'on peut considérer que le mélodrame est une métaphore de l'histoire nationale ; les 30 premières années du cinéma parlant argentin illustrent bien cette idée.

Silvia Oroz

SUR QUELQUES FILMS RESCAPÉS DE L'OUBLI

Jamais aussi délirant ou saugrenu que le mélodrame mexicain, un mélo argentin a bel et bien existé, dans un temps antérieur au cinéma d'auteur. Epousant selon les moments les aléas d'une production sauvage, d'abord, et ensuite ceux d'une industrie protégée et contrôlée par l'Etat, le genre devait s'éteindre, plutôt sous l'emprise de la télévision que par l'effet des secousses politiques et économiques des cinquante dernières années de l'Histoire du pays.

"Besos brujos" présente Libertad Lamarque au milieu des années 30, vedette de la chanson dans sa première fraîcheur, avant que Atelio Mentasti, le puissant et visionnaire patron de l'Argentina Sono film, engage Luis Saslavsky, à l'époque jeune réalisateur aux ambitions artistiques, pour lui façonner des mélos plus stylisés, dont "Puerta cerrada". Devenue la vedette la plus populaire de toute l'Amérique latine, Libertad choisit de s'exiler pendant le premier péronisme pour affirmer une carrière continentale à partir du Mexique.

Carlos Hugo Christensen, à ses débuts le plus jeune réalisateur du cinéma argentin, aussi rapide qu'irrégulier, laissa vite transparaître une sensibilité particulière. Ses films les plus personnels sont hantés par des femmes mûres éprises de jeunes hommes ("Safo", "El canto del cisne") où des femmes jeunes et dévorantes menant à la mort leurs victimes ("Los pulpos"). Avant de se fixer au Brésil au milieu des années 50, il avait confectionné sur mesure pour la statuesque Laura Hidalgo les deux derniers vrais mélos du cinéma argentin : "Armino negro" et "Maria Magdalena", où la vedette souffrait et faisait souffrir sur un fond de paysages exotiques, péruviens dans le premier film, brésiliens dans le second.

En 1950, Laura Hidalgo avait été dressée par le même Mentasti pour détrôner Zully Moreno, l'épouse de Luis Cesar Amadori. Cette vedette, ce réalisateur, bien que déjà consacrés, devinrent le couple fort du premier péronisme et firent la loi dans l'Argentina Sono Film. Ils avaient pour cela un atout imparable : le succès hors toute mesure de "Dios se lo pague", dont la fable populiste et le glacé très Cinecitta en ont fait le film le plus représentatif de l'époque. Profitant de leur influence, mais las de leurs caprices, Mentasti demanda à Ernesto Arancibia d'essayer d'imposer avec "La Orquidea" une presque débutante qui pourrait concurrencer la Moreno. La vérité est que les deux actrices se sont partagées un terrain. Douées toutes les deux pour leur inexpression, Hidalgo apporta une certaine sensualité trouble, là où la Moreno s'installait dans sa beauté placide.

Très tard, Daniel Tynaire devait faire un film curieux : "Bajo un mismo rostro", où une Mecha Ortiz vieillissante, loin de "Safo", trouve un certain élan rhétorique pour animer une intrigue de Guy des Cars. Tinayre avait réussi, plus tôt, de réjouissants exercices de style, dont "La vendedora de fantasias" reste le point le plus haut d'une carrière qui devait sombrer dans des productions de plus en plus coûteuses, le confirmant comme l'émule transatlantique des deux Henri, Decoin et Verneuil. Quant à Mecha, à la fin de sa carrière elle retrouva sa flamme sous la direction de Torre Nilsson, dans "Boquitos pintadas" et "Piedra libre", deux films qu'on pourrait considérer comme la seule possible descendance des vieux mélos argentins.

Hidalgo devait trouver son meilleur rôle dans l'un des films les plus insolites de l'industrie : "Mas alla del olvido". Séduit par le constat social, animé souvent par un élan revendicateur, l'ancien chanteur de tangos devenu acteur, Hugo del Carril fit une carrière de réalisateur à part dans le cinéma argentin de son époque. Ce film est unique dans sa filmographie. Adapté de "Bruges la morte" de Georges Rodenbach, il accumule les poncifs du mélo en costumes dans des décors poussiéreux. Produit en 1955, c'était un film décalé à son origine. Le grand écrivain cubain Guillermo Cabrera Infante y voit non seulement une préfiguration de "Vertigo" mais reconnaît son caractère de culture de série, fleurie dans une atmosphère étanche, asphyxiante.

Enfant, je n'ai pas vu ces films, souvent "interdits aux mineurs". Jeune étudiant, je les méprisais, les yeux rivés sur les horizons lointains du cinéma d'auteur international. Maintenant je peux les regarder sans nostalgie aucune. Ils sont nouveaux pour moi. Ils me découvrent l'imaginaire, les désirs inavoués. Le contrejour du pays où je suis né, où j'ai grandi, avec cette force que seul le cinéma industriel avait : celle de percer, avec les conventions elles-mêmes pour instrument, les profondeurs non-dites d'une société.

Edgardo Cozarinsky
Réalisateur
Paris, novembre 1996