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films de sabre

 

Les films présentés :

The Magnificent Trio/Le trio magnifique - Chang Cheh - 1966

Dragon Gate Inn/L'auberge du dragon- King Hu - 1967

The New One Armed Swordsman/La rage du tigre- Chang Cheh - 1967

Golden Swallow/L'hirondelle d'or - Chang Cheh 1968

Mad, Mad, Mad Sword/Un sabre fou, fou, fou...- Wang Tianlin - 1969

Cold Blade/Lame froide - Chu Yuan - 1970

The Sword/Le sabre - Patrick Tam - 1972

The Butterfly Murders/Meurtres aux papillons- Tsui Hark - 1979

The Enigmatic Case/L'énigme - Du Qifeng - 1980

Romance Of Book And Sword/Histoire du livre et de l'épée - Ann Hui - 1987

The Blade/La lame- Tsui Hark - 1996.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LES FILMS DE SABRE DE HONG KONG
( Programme du 23ème Festival des 3 Continents, Novembre 2001)

Au cours des vingt deux éditions précédentes, le Festival des 3 Continents a préféré privilégier les auteurs, acteurs, actrices, à travers des hommages ou bien à l'occasion de rétrospectives consacrées à des pays, plutôt que les genres cinématographiques. Néanmoins, quelques exceptions ont été faites : en 1986, "Désir et érotisme dans le cinéma japonais : roman porno"; en 1987, "Films indiens de musique et de danse" ; en 1992, "Vingt ans de rumberas, Mexique" ; en 1994, "Les Chanchadas, Mexique" et enfin, en 1996, "Les mélodrames argentins".
2001 consacrera un genre qui est le fleuron du cinéma de Hong Kong : les films de sabre ou Wu (Martial) Xia (Chevalerie) Pian (Film)

Le désir de réaliser ce programme remonte au début des années quatre-vingt. Lors d'un premier voyage à Hong Kong en 1980, il, m'avait été donné de voir sur grand écran "Come Drink With Me" de King Hu. J'avais été complètement ébloui par ce film et j'en avais gardé un souvenir tellement fort que j'ai toujours eu l'intention de projeter ce film. Cela n'a jamais pu se faire, bien que nous l'ayons inscrit une année dans notre programme, "Hommage aux réalisateurs" (1988), lorsque King Hu, qui était venu à Nantes, l'avait choisi comme son film préféré ; malheureusement je n'avais pas pu obtenir l'autorisation des producteurs, en l'occurrence les Shaw Brothers. La découverte de ce film m'avait ouvert les yeux sur un genre que je connaissais mal, le Wu Xia Pian, proche des films de cape et d'épée pour nous. Ensuite, j'ai eu le plaisir de découvrir d'autres films enthousiasmants, notamment "Touch of Zen" de King Hu, interprété par la talentueuse Hsu Feng, devenue par la suite une proche du Festival.
Une autre raison m'a incité à vouloir présenter ce programme, c'est le succès du film de Ang Lee "Tigres et dragons". Pourquoi, soudainement le monde entier découvrait un film de Wu Xia Pian, lui réservant l'accueil que l'on sait, alors que dès les années soixante, le public chinois voyait sur ses écrans de nombreux chefs d'&brkbar;uvres du genre, principalement produits par les Shaw Brothers. Ce programme ne comprend pas tous les films que j'aurais souhaité presenter comme : "Come Drink With Me", "The Sentimental Swordsman", "The Magic Blade", "Intimate Confessions of a Chinese Concubine", "Killer Constable" etcÉ, les Shaw Brothers n'ayant pas souhaité présenter ces films. Par contre, ils ont pu mettre à ma disposition les premiers films de Chang Cheh, inédits en France.
J'espère que ce programme permettra à un large public de découvrir un genre (les films de sabre, à ne pas confondre avec les films de Kung Fu (combats à mains nues) rendu populaires par Bruce Lee et Jacky Chan) et aux amateurs éclairés ­ et ils sont nombreux ­ de voir enfin des films mythiques qu'ils n'ont jamais pu voir et aussi de rencontrer deux des acteurs les plus célèbres de ce genre : Cheng Pei Pei et Wang Yu et de partager le plaisir que j'ai eu à voir ces films.

Alain Jalladeau

 

Jiang Hu, Chevaliers et Brigands de la Chine ancienne

Alors qu'il effectuait en juillet 2000 sa tournée promotionnelle pour la sortie de Rush Hour 2, Jackie Chan se trouvait systématiquement questionné sur l'incroyable carrière du film d'Ang Lee, Crouching Tiger Hidden Dragon. "Je suis bien sûr très content du succès d'Ang Lee aux USA et en Europe. Mais en Asie, on a un peu de mal a comprendre ce phénomène puisque ce genre de film passe en boucle nuit et jour sur toutes nos chaînes câblées. Nous faisons des Wuxia Pian depuis des décennies, et j'ai moi-même fait mes débuts de cascadeur en 1966 sur le film de King Hu Come Drink With Me." L'étonnement de Jackie Chan est compréhensible. Le "film de combat chevaleresque" (traduction littérale de Wu Xia Pian) fait effectivement partie du patrimoine commun de tous les chinois n'ayant pas connu la révolution culturelle. Mais s'il n'a rien d'exotique pour les spectateurs de Hong Kong, le film d'Ang Lee, présente au moins un atout majeur pour les cinéphiles amateurs de réflexion sur le genre: à travers les personnages incarnés par Michelle Yeoh et Chow Yun-fat, Crouching Tiger remet sur le devant de la scène les "Biao Shi", ces authentiques "agents de sécurité" escortant les convois que la littérature puis le cinéma ont transformé en preux chevaliers redresseurs de tort.

Dans The Red River et The Tall Men (1955), Howard Hawks et Raoul Walsh redonnent aux cow-boys leur véritable profession, celle de gardiens et de conducteurs de troupeaux. La superbe Louise Brooks fit en 1938 ses adieux au cinéma en tournant au côté de John Wayne dans un western de la Republic intitulé Overland Stage Raiders : "Les trois cents dollars de cachet dont j'avais grandement besoin ne me consolaient guère de l'idée d'avoir à faire un western hollywoodien, genre qui me paraissait scandaleux par son manque de concordance avec la réalité historique". John Brooks, le grand-père de Louise avait réellement participé à la conquête de l'ouest, et il avait dépeint à sa petite fille les cow-boys du Texas sous les traits de brutes alcooliques et violentes, à peine moins dangereuses que les bandes de hors la loi. "Nourrie de cette histoire authentique, je ne pouvais évidement pas adhérer à l'image hollywoodienne du cow-boy, héros romanesque". Ce qui n'empêcha pas Louise de succomber hors caméras au charme du "Duke". "J'étais pour la première fois en présence d'un prince fait pour régner". Dans le Chine médiévale, le décalage fut à peu près équivalant entre les véritables Biao Shi et les preux chevaliers errants magnifiés dans les fictions littéraires telles que Au Bord de l'Eau, le roman épique du xiii ème siècle qui fonda les canons du genre.

Héros ou Mercenaires ?

Les premiers chevaliers errants historiques apparaissent dans les Annales du Printemps et de l'Automne (775-475 av. JC) puis dans la période des Royaumes Combattants (475-221 av. JC). Les incessantes guerres féodales laissent régulièrement sur les routes des hordes de mercenaires devenant incontrôlables en temps de paix. Les commerçants des grandes cités font construire des manufactures qui fournissent à bas prix les objets usuels autrefois fabriqués par les artisans des campagnes et des petites villes. Cette "globalisation" avant la lettre ruine nombre de familles modestes qui viennent grossir les rangs des routiers enragés. Cette situation aboutit à la création de grandes corporations de brigands à peine moins structurées que l'administration impériale. Si ces brigands ne dédaignent pas, de temps à autre, piller un pauvre village de paysans, leur cible favorite reste cependant les imposantes caravanes commerciales reliant les grandes cités de l'empire. La police et l'armée sont incapables de faire face. Les commerçants constituent donc à prix d'or leurs propres milices, composées par les fameux Biao Shi. Et naturellement, ces mercenaires s'avèrent à peine moins dangereux que les brigands qu'ils sont censés combattre. Tout ces maîtres d'armes vivent dans un monde sauvage - équivalant du Wild West - appelé "Jiang Hu", le monde des rivières et lacs, désignant les no man's land ruraux, côtiers ou montagnards échappant au contrôle du pouvoir central.

La plupart des Biao Shi passaient des accords financiers avec les bandits ravageant les régions traversées par les caravanes qu'ils étaient chargés d'escorter. De telles pratiques contribuaient naturellement à brouiller les frontières morales entre les hors-la-loi et les défenseurs de l'ordre. Les négociations, les bannières et les mots de passe revêtaient ainsi une importance toute particulière afin de remettre un semblant d'ordre dans toute cette confusion. Cependant, une minorité de Biao Shi ne comptaient que sur leur habileté à l'épée pour garantir la sécurité des convois qu'ils escortaient. Pour ces gens-là, la réputation martiale représentait le cœur de leur existence. Les meilleurs escrimeurs, ceux qui avaient remporté le plus de défis, étaient ceux qui se voyaient confier les charges les plus rémunératrices et qui en outre, courraient le moins de chances de se faire attaquer. Le cinéma Wuxia regorge ainsi, sans que le spectateur occidental en comprenne toujours l'enjeu, de combats engagés pour une simple question de réputation, tel que celui qui ouvre The New One Armed Swordsman.

Le genre de tous les excès

Ces sources historiques s'avèrent ainsi fort éloignées de ce monde mythique des nobles chevaliers chinois régulièrement évoqué par John Woo dans ses entretiens avec les journalistes occidentaux. Mais, outre l'exemple du western, il faut se rappeler que le monde des samouraïs au Japon et celui des chevaliers de l'Europe médiévale ont connu un semblable processus de glorification travestissant bien des réalités historiques. Mais foin des considérations pédagogiques. Ce qui plaît dans le Wuxia Pian, ce n'est pas son arrière plan historique, mais c'est le style flamboyant de ses récits, sa violence décalée, l'extraordinaire vibration des corps, des âmes et des armes. On n'y compte pas les amants déchirés, les amitiés trahies, les membres arrachés, les geysers de sang, les combats à vingt contre un. Fétichiste, racoleur et outrancier, le film de sabre chinois est le genre de tous les excès. L'horreur la plus sanguinolente et le fantastique le plus échevelé y côtoient le sentimentalisme le plus désuet, le mélodrame le plus déchirant. Si les excès graphiques ne caractérisent guère le style intériorisé de King Hu dans Dragon Gate Inn, les débordements constituent la matière même du cinéma de Chang Cheh dans One Armed Swordsman, Golden Swalow tour comme dans ses films de Kung Fu ultérieurs. Cette flamboyance visuelle totalement baroque continue de nourrir les films américains de John Woo, aussi bien les grands tels que Face/Off que les petits tels que Hard Target ou MI2. Les exploits - et les malheurs - de héros plus grands que nature ont toujours été au centre de toutes les traditions épiques de l'humanité, et il n'y avait aucune raison que le cinéma chinois échappe à une telle fascination décalée pour sa propre histoire pluri-millénaire.

Petite histoire du Wuxia Pian

Les hostilités ont commencé à Shanghai en 1921 par la fondation de la compagnie Mingxing, par le réalisateur Zhang Shichuan. À cette époque le public chinois ne jure que par le cinéma américain. Et plus particulièrement par Le Voleur de Bagdad de Raoul Walsh (1925) où Douglas Fairbanks développe son personnage de bretteur bondissant, précédemment créé pour La Signe de Zorro et Les Trois Mousquetaires. On ouvre les vieux livres comme le mythique roman Au Bord de L'Eau où l'on raconte comment des bandits d'honneur, les chevaliers aux 108 étoiles, se sont réfugiés dans les montagnes bordées de marécages de Lian Shang Po pour mener leurs raids vengeurs contre les mandarins corrompus de la cour des empereurs Song. Les jeunes intellectuels chinois, tout comme les homologues japonais de la même époque, admirent Walter Scott, Victor Hugo et Alexandre Dumas. Ils vont eux aussi se plonger dans l'histoire de leur pays pour faire vibrer leurs contemporains. Leurs récits Wuxia vont paraître en feuilleton dans les grands quotidiens de Shanghai, puis de la Chine entière. Les lecteurs veulent bien-sûr retrouver leurs héros sur grand écran. Et c'est naturellement le texte majeur du genre, Au Bord de L'Eau qui sera adapté dès 1923 par la Mingxing. Suivirent ensuite The Thief In The Wagon, The Story of the Flying Sword, Three Swordsmen, Loving Hero, et surtout, Tale of the West Chamber tiré d'un texte du dramaturge Wang Shifu (xivème siècle) où l'on raconte comment la jeune Hongniang et ses deux compagnons Zhang Sheng et Yingying se révoltèrent contre l'ordre féodal. Et The Heroine in Red qui présenta un personnage d'escrimeuse particulièrement redoutable. Fait important : tous les films shanghaiens (toute la production chinoise étant jusqu'en 1937 concentrée dans cette seule cité) d'arts martiaux des années 20 reposent sur des récits chevaleresques basés sur les exploits d'escrimeurs vivants sous d'anciennes dynasties (généralement Song et Ming). La grande affaire de l'année 1928, ce fut bien sur le mythique Burning of the Red Lotus Monastery inspiré du roman feuilleton populaire Legend of the Stranges Heroes. Près de 250 films d'arts martiaux présentant des escrimeurs chevaleresques furent produits au cours de cette période par une cinquantaine de compagnies de Shanghai. Le seuil de saturation avait été dépassé. Les écrivains proches du parti communiste arrivent en douceur dans les studios, profitant de l'overdose de chevaliers volants et d'épées magiques. Ils imposèrent à l'avènement du parlant, un nouveau courant cinématographique à base de comédies urbaines et de mélodrames sociaux, proche du cinéma hollywoodien et du réalisme poétique français.

Le Wuxia Pian ne réapparaît à Hong Kong qu'en 1949, au travers de récits inspirés du folklore cantonnais notoirement moins favorables aux héroïnes que les romans chevaleresques issus de la tradition de l'Opéra de Pékin. Ce n'est qu'au début des années 1960, lorsque le cinéma cantonnais sera supplanté pour une bonne décennie par les films mandarins, que les femmes d'épée retrouveront le devant de la scène. Plusieurs réalisateurs donnèrent le premier rôle à des héroïnes chevaleresques dans des histoires certes passionnantes, mais dont l'impact était souvent amoindri par la fadeur des scènes de combat. Chang Cheh va considérablement faire évoluer l'image des combats à l'épée avec son film Tiger Boy (1965) interprété par Wang Yu. Sous l'inspiration des films de Kurosawa et des chambaras de la Daiei, les cadrages deviennent plus précis, le montage plus nerveux et la violence, sans renoncer à la grâce issue de la tradition scénique de l'Opéra, devient plus physique. Mais c'est bien sûr à King Hu que l'on va devoir la mise en gloire des reines de l'épée : Quatre des cinq plus grandes stars féminines de l'époque vont en effet être magnifiées par sa caméra : Cheng Pei-pei, Shang-kuan Ling-fung, Hsu Feng et Angela Mao. Les films construits autour de la personnalité d'une femme combattante, si l'on excepte les variations sur le mythe particulier de Jeanne d'Arc, sont quasi inexistants dans le cinéma occidental. Elsa Martinelli ferraillant aux côtés de Jean Marais dans Le Capitan (1964), et Jean Peters menant l'abordage dans le rôle titre du magnifique Ann of the Indies (1959) font figures d'exceptions. Il n'en va pas de même dans le Wuxia Pian qui fait la part belle aux héroïnes combattantes. Le visage impénétrable, le regard fixe, l'Hirondelle d'Or fait face, l'épée à la main, aux hommes du Tigre. Sur le parvis du temple, dans le fracas des lames, l'Hirondelle d'Or va faire triompher le bien et la justice. L'Hirondelle d'Or, c'est Cheng Pei-pei, l'héroïne du dyptique Come drink with me et Golden Swallow, la reine du cinéma de cape et d'épée de Hong Kong, que tout les afficionados connaissent sous l'apparence spectrale de la belle vengeresse vêtue de blanc du chef d'oeuvre de Ho Meng-hua Lady Hermit..

À partir de 1972, Bruce Lee et ses successeurs vont à nouveau renvoyer les chevaliers errants dans les limbes du box-office. Malgré les efforts méritoires de Chu Yuan, de Patrick Tam, de John Woo et - déjà - de Tsui Hark, le genre ne réussi pas à retrouver un second souffle commercial au cours de la période 1972-1985. C'est le triomphe international en 1986 de Chinese Ghost Story qui relance la machine. Une machine qui va tourner à plein régime jusqu'en 1995. Mais cette fois, le tout venant de la production sera plus proche du décervelage épileptique propre aux jeux vidéos que de la beauté flamboyante des chefs-d'&brkbar;uvre de la période 1966-1971. C'est à nouveau Tsui Hark qui donne le mot de la fin en 1996 avec le sidérant et révolutionnaire The Blade, remake avoué des meilleurs Wuxia Pian de Chang Cheh.

Christophe Champclaux