REGARDS SUR LE CINÉMA SUD-AFRICAIN
A la
recherche d'un cinéma sud-africain
(par Philippe Jalladeau)
Le cinéma sud-africain n'apparaît guère sur les écrans français, et
seulement épisodiquement. Pour beaucoup, il se limite à "Les dieux sont
tombés sur la tête". Certains festivaliers ont pu voir quelques films
en plus, ici ou là, souvent orientés vers - ou sous-tendus par - l'engagement
politique et la lutte anti-apartheid. Sur place, car il est toujours
nécessaire de voir les choses de près, l'histoire du cinéma sud-africain,
qui effectivement existe, témoigne de 3 paramètres.
Le premier est que l'Afrique du Sud a été jusqu'à ces dernières années
un pays isolé. N'oublions pas sa géographie : c'est le bout du monde,
là où les immigrants sont venus sans idée de retour ou de regard vers
l'Europe (à la différence de l'Argentine comparable géographiquement).
Les premiers immigrants se sont d'ailleurs eux-mêmes appelés Afrikaaners,
marque de leur désir de créer une culture propre et autonome. L'isolement
sud-africain accentué par la politique de l'Apartheid a contribué à
couper l'Afrique du Sud des échanges cinématographiques mondiaux.
Le deuxième paramètre est que l'Afrique du sud est aujourd'hui essentiellement
un pays anglo-saxon dans son regard sur la culture cinématographique.
Ce n'est pas un pays de cinéphiles. Même s'il y a un public pour le
cinéma, les succès publics et même critiques sont souvent ceux de films
que l'on peut qualifier en France de commerciaux, relevant dans le meilleur
cas d'une esthétique académique, plus prête à être oscarisée qu'à renouveler
le langage cinématographique. On peut ainsi comprendre pourquoi le plus
important producteur de toute l'Afrique se trouve en Afrique du Sud,
mais aussi pourquoi aucun auteur véritable n'a pu émerger.
Le troisième paramètre, et peut-être le plus important, est la composante
multiculturelle de l'Afrique du Sud. Elle aurait pu - ou pourrait apporter
- une diversité cinématographique pour aboutir non pas à un unique cinéma,
mais à des cinémas sud-africains.... sauf que pendant de nombreuses
années, cette diversité n'a été que le reflet incomplet d'une idéologie
imposée (apartheid) qui a laissé sur la touche, ou presque, la culture
cinématographique noire.
L'ensemble du programme choisi illustre ces considérations, démenties
toutefois au début des années 50, où d'une part un cinéma métissé est
fugacement apparu dans un moment euphorique ("The Magic Garden") et
d'autre part un film d'auteur est né reflétant le plaisir de filmer
("Daar Doer in die Bosveld"). Le cinéma de demain ira-t-il vers un cinéma
d'auteur entraîné par la France et l'Europe (à l'exemple de "Fools"
de Ramadan Suleiman) ou continuera-t-il à être celui de productions
académiques mais rentables, à l'instar d'un certain cinéma américain.
Philippe Jalladeau