"Un rêve rose "
Yijian
mei (Une branche de prunier) - Bu WANCANG - 1931
Huoshan
quingxue (Du sang sur le volcan) - Sun YU - 1932
Fenhongse
de meng (Un rêve rose) - Cai CHUSHENG - 1932
Muxin
gzhi guang (Lumière maternelle) - Bu WANCANG - 1933
Xiao
wanyi (Le petit jouet) - Sun YU - 1933
Tianming
(L'aube) - Sun YU - 1933
Dalu
(La route) - Sun YU - 1934
Shen
nü (La divine) - Wu YONGGANG - 1934
Xin
nüxing (Femmes nouvelles) - Cai CHUSHENG - 1935
Mitu
de gaoyang (Les chevreaux égarés) - Cai CHUSHENG -
1936
Cimu
qu (Les larmes d'une mère) - Zhu SHILLIN - 1937
Yaoyuan
de ai (Amour lointain) - Chen LITING - 1947
Yijiang
chunshui xiang dong liu (Les larmes du Yangzi) - Cai CHUSHENG -
1947
Wanjia
denghuo (Dix mille foyers dans la lumière) - Shen FU - 1947
Muqin
(La mère) - Ling ZIFENG - 1956
Nie
Er (Nie Er) - Zheng JUNLI - 1959
Moshushi
de qiyu (Les aventures d'un magicien) - Sang HU - 1962
Bashan
yeyu (Soir de pluie à Bashan) - Wu YONGGANG, Wu YIGONG -
1980
Tongnian
de pengyou (Amis d'enfance) - Huang SHUQIN - 1984
Furong
Zhen (La ville aux hibiscus) - Xie JIN - 1986
Aofeisi
Xiaojie (Trois destins, trois femmes) - Bao ZHIFANG - 1994
"Nie
Er"
"Femmes
nouvelles"
"Les
larmes du Yanzi"
Bien que le premier
film chinois soit né à Pékin, c'est à Shanghaï,
quinze années plus tard, que l'industrie cinématographique
voit le jour. Ce n'est pas aussi paradoxal que l'on pourrait le croire.
Au début du siècle, la Chine ne possède pas encore
les ressources nécessaires, aussi bien techniques que financières,
pour développer une industrie aussi nouvelle que celle du cinéma.
Après la chute de la dernière dynastie impériale
en 1911, le centre politique et économique de Chine commence
à se déplacer vers le Sud, et Shanghaï, que certains
occidentaux surnomment "Le paradis des aventuriers", devient
dans les années 20, le plus grand port commercial et le plus
grand centre financier de Chine.
Avant les années 20, des Chinois ont, à plusieurs reprises,
essayé de produire des courts métrages tant documentaires
que comiques. La plupart de ces essais avaient bénéficié
de l'appui financier ou technique d'étrangers. Le succès
de ces courts métrages et surtout de trois longs métrages
de fiction* produits en 1921, encourage largement les investisseurs
chinois à créer leurs propres entreprises cinématographiques.
Dès lors, fleurissent en Chine de nombreuses compagnies cinématographiques.
D'après un document historique, on en compte plus de 170 au milieu
des années 20, dont plus de 140 à Shanghaï. On est
en présence d'un véritable engouement et le cinéma
apparaît comme quelque chose qui peut être très rentable.
Néanmoins, seules 3 ou 4 compagnies peuvent supporter la concurrence
et s'imposer : "Mingxing" (Etoiles), "Tianyi" (Ciels
unis), et "Dazhonghua-Baihe" (La Grande Chine - Lys). Vers
1930, "Linhua" (Alliance chinoise) se joint aux autres pour
essayer d'exercer un véritable monopole sur la production, l'exploitation
et la distribution.
D'après les traditions confucianistes, les Arts et Lettres n'existent
que pour leur fonction d'éducation. Or, chaque compagnie se donne
un objectif : Mingxing, celui de réveiller la conscience sociale,
Tianyi de sauvegarder l'éthique traditionnelle et Dazhonhua-Baihe
de prêcher l'esthétisme. "Lianhua", la plus ambitieuse,
s'engage à diriger le public dans la voie de l'évolution
!
L'industrie du cinéma chinois naît et se développe
dans les années les plus tourmentées de l'Histoire de
Chine. Les forces féodales ne sont pas retirées de l'arène
politique avec la chute de la dynastie impériale. Les seigneurs
de guerre se disputent sans cesse leurs domaines. Les puissances impérialistes
continuent à exploiter et à oppresser le peuple chinois.
La victoire révolutionnaire sur les seigneurs de guerre est suivie
du règne de la terreur blanche, que la trahison du Kuomintang
impose au peuple. En 1931, les militaires japonais attaquent la Chine
du Nord-Est, puis au début de l'année 1932, bombardent
Shanghaï ! Toute la nation s'alarme, malgré la politique
de non-résistance appliquée par les autorités réactionnaires,
l'appel des masses à la défense nationale prend de l'ampleur,
et quand les Japonais envahissent la Chine en 1937, la guerre de résistance
contre les Japonais éclate. Elle dure huit ans et entraîne
la mort de 35 millions de Chinois.
Le cinéma est un art populaire, mais onéreux. Son existence,
sans parler de son développement, dépend largement de
l'audience. Seuls les films qui font recette permettent aux studios
de continuer leurs productions, et seuls les films appréciés
par le peuple font recette. De même, seuls les cinéastes
qui partagent les opinions des masses deviennent célèbres.
Entre 1921 et 1937, Shanghaï produit plus de 1100 films ; ce nombre
prouve la prospérité de l'industrie pendant ces années.
La production cinématographique de chaque période est
très révélatrice de la vie et de l'opinion des
masses. Par exemple, avant 1927, les films tournés portent sur
le destin des femmes, des enfants et des autres personnes "faibles"
dans une société patriarcale. Ces films reflètent
le désir ardent d'un changement radical de cette situation. La
population attend que les expéditions de l'armée révolutionnaire
dans le Nord en finissent avec les seigneurs de guerre et les autres
forces féodales, afin d'unifier le pays et d'établir le
pouvoir républicain et démocratique. Mais la victoire
de 1927 est suivie de la terreur blanche. Dès lors, les films
de cape et d'épée ont du succès, car les autorités
au pouvoir étouffent la création de films à thèse.
Peut-être aussi parce que le public désenchanté
et impuissant trouve une consolation dans les faits et gestes de ces
héros mystérieux, qui pour rendre justice, sont capables
de réaliser l'impossible.
Zhang Shichuan et son partenaire Zheng Zhengqiu, deux grands pionniers
du cinéma chinois, réalisateurs de "L'orphelin a
sauvé son grand-père" (1923) ou d' "Une dame
à Shanghaï" (1925), tournent en 1928 "L'incendie
du temple du lotus rouge" (Huo Shao Hong Lian Si), un des films
de cape et d'épée chinois qui remporte le plus de succès.
Les critiques n'apprécient guère ces films,, surtout parce
qu'ils tendaient à se transformer en mystère et superstition.
Mais leur influence est si grande que l'esthète Shi Dongshan
et le talentueux débutant Sun Yu les prennent pour modèle.
Bien sûr plus tard ils ne reviendront jamais à ce genre
de films.
L'invasion japonaise en 1931, indigne le peuple chinois et les cinéastes
chinois reviennent aux thèmes sociaux. Cette fois, réunis
autour des gauchistes, ils cherchent, d'une part à se parer contre
la censure rigoureuse du gouvernement réactionnaire, qui s'oppose
à toute expression révolutionnaire et de résistance
anti-japonaise, et d'autre part à dénoncer sinueusement
la réalité ténèbreuse. Et c'est l'époque
des chefs-d'oeuvre ! L'époque où l'art du cinéma
chinois atteint sa maturité.
Quelques titres significatifs de cette période : "Torrent
et courroux" (Kuangliu, de Cheng Bugao, 1932), "La lumière
maternelle" (Muxing Zhi Guang, de Pu Wancang, 1933), "La divine"
(Shen Nü de Wu Yonggang, 1934), "Le petit jouet" (Xiao
Wanyi de Sun Yu, 1934), "La route" (Dalu, de Sun Yu, 1934),
"Femmes nouvelles" (Xin Nüxing, de Cai Chusheng, 1935),
"Les chevaux égarés" (Mitu de Gaoyang, de Cai
Chusheng, 1936), "Le carrefour" (Shizi Lukou, de Chen Xilin,
1937), "Les anges du boulevard" (Malu Tianshi, de Yuan Muzhi,
1937)... Lors d'une rétrospective de films chinois à Turin
en 1982, un critique italien s'écria d'étonnement : "Mais
c'est dans les années 30 en Chine que le néo-réalisme
est né !" Rien n'est plus bel éloge que l'on ne pourrait
faire à propos du cinéma de Shanghaï.
Mais malheureusement la guerre a tout détruit ! Si l'on peut
encore, de 1938 à 1940, profiter des concessions anglaises ou
françaises de Shanghaï (soit-disant îlots isolés)
pour tourner quelques films patriotiques, l'éclat de la guerre
du Pacifique rend cela impossible, sauf pour le tournage des films de
collaboration. Il faut encore attendre quatre ans pour voir le cinéma
chinois se rétablir. La guerre anti-japonaise se termine en automne
1945 par la capitulation de l'envahisseur. L'expérience vécue
dans les années de guerre, la lutte des classes et les conflits
sociaux qui se multiplient de plus en plus à la veille de la
chute du pouvoir du kuomintang ; tout cela fournit des thèmes
riches aux cinéastes de Shanghaï, qui ayant subi l'épreuve
du feu, sont devenus plus sensibles, plus combatifs et plus mûrs
dans leur art. Et ce fut l'autre époque des chefs-d'oeuvre. La
compagnie Kunlun devient le foyer des cinéastes progressistes,
la compagnie Wenhua et d'autres petites entreprises cinématographiques
rassemblent les intellectuels modérés. Les uns et les
autres créent des films de qualité ; ce qui n'empêche
pas aussi de voir quelques chefs-d'oeuvre produits par les studios contrôlés
par les autorités réactionnaires : "L'amour lointain"
(Yayuance Ai, de Chen Liting, 1947), "Le rêve du Paradis"
(Tiantang Chunmeng, de Tang Xiaodan, 1947), "Dix mille foyers de
lumière" (Wanjia Denghuo, de Shen Fu, 1948), "L'espoir
existe dans le monde" (Xiwang Zai Renjian, de Shen Fu, 1949), "La
vie errante de San Mao" (Sanmao Liulang Ji, de Zhao Ming et Yan
Gong, 1949)... Tous ces films sont comparables avec n'importe quels
films contemporains étrangers. Mais, selon moi, les films chinois
les plus remarquables sont "Les larmes du Yangzi" (Yijiang
Chunshui Xiang Dongliu, de Cai Chusheng et Zeng Junli, 1947), "Le
printemps d'une petite ville" (Xiaocheng Zhi Chun, de Fei Mu, 1948),
"Le corbeau et les moineaux" (Wuya Yü Maque, de Zhang
Junli).
"Les larmes
du Yangzi" est une sorte d'épopée. A travers les
vicissitudes d'une famille ordinaire, le film montre des événements
historiques des années de guerre et décrit les scènes
de la vie des différentes classes sociales. L'aliénation
du jeune patriote fait réfléchir le spectateur. "Le
printemps d'une petite ville" est un cas contraire. C'est une histoire
simple qui décrit la vie de cinq personnages dans une petite
ville déserte. Mais aucun autre moyen d'expression autre que
le cinéma ne pouvait décrire aussi subtilement une telle
situation riche de la mentalité purement chinoise.
"Le corbeau et les moineaux" est-il une comédie ? Une
comédie larmoyante ? Les locataires de la maison constituent
un microcosme de la société qui va se désagrèger.
Il est vrai qu'à la sortie du film, la société
est différente. En le voyant, ne pense-t-on pas au fameux vers
de Beaumarchais : "Vive le son, vive le son du canon ?"
Deux, trois années après la libération (1949),
l'industrie du cinéma est nationalisée. La plupart des
cinéastes de Shanghaï s'en réjouissent, mais s'adaptent
difficilement aux exigences du nouveau régime. La politique domine
la scénarisation et la production des films ; le choix des thèmes
est limité. Certains renoncent à l'originalité
qu'ils ont acquise tout au long de leur carrière. Tout devient
homogène. On ne reconnaît plus les films de Shen Fu et
de Sun Yu. Mais dans les années 50, un jeune réalisateur
se fait remarquer, c'est Xie Jin. Sa "Basketteuse n°5"
(Nu Lan Wuhao) apporte, avec son dynamisme, fraîcheur et vivacité
à l'écran et ses "Soeurs de scène" (Wutai
Jiemei, 1965) prouve qu'il est habile à réaliser des films
de moeurs. C'est déjà la veille de la Révolution
culturelle, qui malheureusement allait complètement arrêter
la production cinématographique dans toute la Chine pendant au
moins dix ans. Ici, je me permets néanmoins d'attirer l'attention
sur le film à ne pas ignorer : "Nie Er" de Zheng Junli
(1959). Ce film retrace la vie de l'auteur de l'hymne national, chanson
apparue trente ans auparavant dans un film. À l'origine, "Nie
Er" est produit en l'honneur du dixième anniversaire de
la fondation de la République populaire, mais c'est aussi un
hommage nostalgique au cinéma de Shanghaï des années
trente. Ce film est d'autant plus émouvant qu'il est réalisé
et interprété par des amis de Nie Er.
Ce n'est qu'au milieu des années 70 que la Chine recommence à
produire des films. Vers la fin des années 70, la Chine adopte
une politique d'ouverture et de réforme, et le cinéma
chinois prend de l'essor. Certains films ont pour sujet l'histoire de
la République populaire et celle de la Révolution culturelle.
Les studios de Shanghaï révèlent leur puissance effective.
"Soir de pluie à Bashan" (Bashan Yeyu, de Wu Yonggang
et Wu Yigong, 1980), "La légende du mont Tianyun" (Tianyunshan
Chuanqü, de Xie Jin, 1981), "Le gardien de chevaux" (Wumaren,
de Xie Jin, 1982) et surtout "La ville des hibiscus" (Furong
Zhen, de Xie Jin, 1986) sont les meilleurs films de ce genre. Le thème
des femmes et des enfants est un thème traditionnel du cinéma
de Shanghaï. C'est le thème favori de Zhang Shichuan, Zheng
Zhengqiu et de Zhu Shillin, pour ne citer qu'eux. Mais il faut voir
"Amis d'enfance" (Tongniande Pengyou, 1984) et "Humain,
démon et affection" (Ren, Gui, Qing, 1988) de Huang Shuqin
! La réalisatrice traite ce thème sous un angle différent.
Certains reprochent aux studios de Shanghaï d'être trop conservateurs
et ne pas laisser de place aux réalisateurs de la "cinquième
génération". Ce n'est pas tout à fait juste
car Zhang Jianya, camarade de classe de Chen Kaige et de Zhang Yimou,
a pu réaliser des films grâce aux studios de Shanghaï.
"San Mao va-t-en guerre" (Sanmao Congjunli, 1992) et "M.
Wang brûle de désir" (Wang Xian shen Yuho Fensheng)
sont deux films caricaturaux, parodiant intelligemment les films chinois
et étrangers, classiques et non classiques. On pourrait dire
que c'est du post-moderne !
Si les premières années de l'indusrtie du cinéma
chinois sont indéniablement liées à Shanghaï,
si cette ville a été le témoin des splendeurs et
des misères du cinéma chinois, verra-t-on une nouvelle
ère du cinéma chinois s'ouvrir encore dans cette ville,
surtout lorsque cette même ville espère redevenir un des
plus grands centres financiers d'Extrême-Orient ?
Li Hengji
China Film Archive