En choisissant
douze pays arabes du Moyen-Orient d'Asie, ayant la même culture
de base , modelée par la langue et l'Islam, pouvions nous espérer
une unité dans un art qui reflète la modernité
et l'évolution différente de ces pays, d'autant plus,
que nous avons privilégié les cinéastes-auteurs
qui introduisent dans les films leurs préoccupations et leur
sensibilité personnelles ?
Seule une lecture historique permet parfois de rapprocher ce que l'espace
sépare. Bien sûr, pour les longs métrages de fiction
qui ici nous intéressent, cette lecture qui commence en 1931
pour finir à nos jours, ne concerne que six pays sur douze. Les
vingt-quatre films que nous avons sélectionnés témoignent
donc, à un instant donné, des préoccupations culturelles,
esthétiques et idéologiques de chacun des auteurs, inscrites
dans celles de leur pays. Que pouvons-nous constater ? par exemple qu'un
même mouvement de création de cinéma d'auteur a
traversé au début des années soixante-dix tous
les pays du Moyen-Orient produisant des films, sauf paradoxalement le
Liban. La conjonction d'une politique gouvernementale de production
et la naissance de cinéastes - influencés indirectement
par les nouvelles vagues qui déferlaient sur le monde entier
dans les années soixante - a abouti à des créations
originales, celles-ci restent encore parmi les plus intéressantes,
en Syrie, en Irak et au Koweit. Curieusement au Liban, pourtant traditionnellement
tourné vers l'Europe, particulièrement vers la France,
la Nouvelle Vague n'a pas su à cette époque renouveler
les premiers cinéastes inspirés des années cinquante.
Conjoncture culturelle, idéologique et politique, il aura fallu
les années de guerre pour que l'énergie de la lutte se
transfère dans la création cinématographique, comme
d'ailleurs en Palestine (contrairement à l'Irak où la
guerre et la situation politique ont sclérosé la création
et mis fin à celle-ci).
Aujourd'hui, avec la fin de la guerre et une liberté de pensée
retrouvée, cette énergie se poursuit avec l'apparition
de jeunes auteurs et la naissance à Beyrouth de quatre écoles
de cinéma. On peut espérer des lendemains qui chantent
pour la création cinématographique au Liban, mais aussi
dans toute la région, tant l'intérêt pour le cinéma
y est grand. Il en est ainsi dans la péninsule arabique où
des réalisateurs de télévision écrivent
des histoires et rêvent de faire des films pour le cinéma,
pourvu qu'un support de production vienne appuyer leur projet.
Cinéma d'hier ici, cinéma d'aujourd'hui là, cinéma
de demain, ici, là et ailleurs, le Moyen-Orient reste en mouvement.
Philippe Jalladeau
1999