1997 - CINÉASTES DE L'OUZBEKISTANAvant le lever du soleil (Tong oldidan) - Soleiman KHODJAEV - 1933
Les cigognes blanches, blanches (Belye, belye ajsty) - Ali KHAMRAEV - 1966
Tendresse (Neznost') - Elier ICHMOUKHAMEDOV - 1967
Tachkent, ville du pain (Taskent, gorod hlebnyj) - Choukhrat ABBASSOV - 1968
Le sauvage (Dikar') - Kamara KAMALOVA - 1989
Qui es-tu, toi ? (Siz kim siz ?) - Djakhonguir FAIZIEV - 1989
Une histoire de soldat (Soldatskaja skazka) - Zoulfikar MOUSSAKOV - 1989
Le mystère des fougères (Kirk kulok siri) - Rachid MALIKOV - 1992
Le coquillage (Denguiz tchiganogui) - Anatoli GAZIEV - 1991
La sélection
des réalisateurs
ouzbeks proposée au Festival des 3 Continents, avec un film
par réalisateur, reflète en quelque sorte l'évolution
de l'histoire du cinéma ouzbek. Cette histoire a elle-même
épousé d'assez près l'histoire du pays, longtemps
liée au pouvoir soviétique.
Au début du siècle dans le khanat de l'ancienne Khiva,
la cour du khan avait son photographe, Khoudaibergan Divanov, qui devient
le premier cinéaste professionnel. Il achète l'appareil
français "Pathé" et fait ses premières
prises de vue de la vie quotidienne de l'aristocratie d'un état
d'Asie centrale. Pendant 20 ans, Divanov fera une oeuvre documentariste
de grand intérêt.
Survient la Révolution de 1917, dont les vagues atteignent le
cinéma ouzbek en 1924 avec la fondation du Boukhino et la naissance
du 1er film de fiction. L'année suivante, une grande mosquée
est transformée en studio. Une dynamique de création s'instaure
autour d'un cinéma engagé, à l'instar des cinéastes
de l'époque, avec Nabi Ganiev et Soleiman Khodjaev. Ce dernier,
auteur d'un "film comète", "Avant l'aube"
en 1933, sera envoyé au goulag.
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les cinéastes russes
émigrent à Tachkent pour y réaliser leurs films,
mais peu de films proprement ouzbeks y seront produits. Ce n'est que
dans les années 50, qu'Ouzbekfilm est enfin autorisé à
tourner 3 ou 4 films par an (au lieu de 1). Les oeuvres doivent être
exemplaires et les héros positifs.
La "Nouvelle Vague" naît dans le milieu des années
60, suite au dégel kroutchevien et à l'émergence
des "Nouvelles Vagues" dans le monde. De jeunes réalisateurs
formés à l'Ecole cinématographique de Moscou vont
créer des oeuvres personnelles, parlant enfin de leur pays et
de leur culture : Choukrat Abassov avec "Tachkent, ville du pain"
en 1968, Ali Khamraev avec "Des cigognes blanches, blanches"
en 1966 et Elier Ichmoukamedov avec "Tendresse" en 1967, ces
deux derniers films étant scénarisés par Odelcha
Aguichev.
Dans les années 70, pendant le période brejnevienne, seule
la réalisatrice Kamara Kamalova émerge et poursuivra avec
persévérance une oeuvre marquée par un univers
personnel, dont "Le sauvage" en 1989. Il faudra attendre 1985
et le début du changement politique qui allait mener à
l'indépendance de l'Ouzbekistan pour qu'une nouvelle dynamique
voit le jour avec de jeunes cinéastes révélés
par des courts métrages parfois provocateurs et qui passent ensuite
au long métrage : Djakhonguir Faiziev avec "Qui es-tu toi?"
en 1989 et Zulficar Moussakov avec "Une histoire de soldat"
en 1989 également. Aujourd'hui, le cinéma ouzbek a survécu
à la crise économique particulièrement aiguë
des années 93 et 94, où l'aide de l'Etat s'est réduite,
amenant des recherches de financement privé parallèles.
Cette crise s'est traduite par une désaffection du public pour
les films locaux (avec fermeture de salles) et par des difficultés
pour la création originale. Rares sont ceux qui mènent
à bien des films personnels : Rachid Malikov avec "Le mystère
des fougères" en 1992 et Anatoli Gaziev avec "Le coquillage"
en 1992 également, tandis qu'une autre partie du cinéma
ouzbek tente d'écrire ou de réécrire l'histoire
nationale telle qu'elle apparaît après l'indépendance,
le "Grand prince Timour" (1997) en est l'exemple le plus frappant.
Philippe Jalladeau